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Nucléaire : les vérités cachées – Entretien avec Fabien Bouglé

ByMickaël Savigny

Fév 9, 2022
Nucléaire les vérités cachées – Entretien avec Fabien Bouglé

Lectures Françaises : Élu municipal divers droite de Versailles, vous êtes devenu expert en énergie. Pourriez-vous présenter votre parcours aux abonnés de Lectures Françaises ?

Fabien Bouglé : Il y a 12 ans, j’ai découvert un projet de treize éoliennes de 150 mètres de haut à 800 mètres d’une résidence que je restaurais dans l’Orne. Ce projet a changé ma vie puisque je suis devenu un des spécialistes de la lutte contre la pollution éolienne. J’ai été en relation pendant cinq ans avec le service central de prévention de la corruption du ministère de la Justice avec lequel j’ai dévoilé plus de 250 plaintes pour prise illégale d’intérêt, et fait connaître au grand public les tarifs de rachat des éoliennes en mer qui était à 220 € le mégawattheure alors que le rachat de « spot » [1] habituel était de 45 € le mégawattheure. Ces deux grandes informations importantes ont suscité chez moi l’envie d’écrire un ouvrage : Éoliennes, la face noire de la transition écologique publié en octobre 2019, et réédité en janvier 2022. Compte tenu de la crise sanitaire et de mes réflexions sur le sujet énergétique, j’ai élargi mes recherches sur le système électrique français, basé principalement sur le nucléaire.

J’avais prouvé qu’il y avait eu de fausses informations sur l’éolien, je me demandais logiquement si ce n’était pas le cas sur le nucléaire.

Cette nouvelle enquête, complémentaire de la précédente sur l’éolien, m’a convaincu que nous étions en train de nous fourvoyer sur la question du nucléaire, j’ai donc commis un second livre : Nucléaire les vérités cachées, pour éclairer le grand public sur la désinformation incroyable dans ce domaine. L’objectif de mon livre sur le nucléaire est de remettre tout simplement à l’endroit les idées sur le nucléaire, avec plus de 500 sources documentées, sérieuses sur l’avancée des recherches scientifiques, sur la question de la sûreté nucléaire, sur la question du CO2, etc.

L. F. : Avant de parler plus particulièrement de votre dernier livre, est-ce que vous pourriez détailler un peu les grands points à connaître sur le problème de l’éolien en France ?

F. B. : Le point principal : les éoliennes, ça ne sert à rien (!), n’en déplaise à Barbara Pompili ou à Emmanuel Macron. Pour une raison extrêmement simple que tout le monde peut observer sans rentrer dans les détails techniques qui sont mentionnés dans mon livre : les éoliennes sont intermittentes. Cette intermittence est calculée avec le facteur de charge qui est le rapport entre la production d’une unité de production électrique et sa capacité maximale de production. Pour faire simple, on regarde combien elle aurait produit si elle avait produit toute l’année à sa capacité maximale et on le compare à ce qu’elle a produit réellement. Le facteur de charge pour les éoliennes est 25 % selon RTE (Réseau de transport d’électricité). Les éoliennes produisent donc 25 % de leur capacité maximale de production. Pour compenser l’intermittence des éoliennes, on est obligé d’ouvrir des centrales à gaz et au charbon.

L’Allemagne pratique un mix éolienne-charbon-gaz et elle produit 10 fois plus de gaz à effet de serre que la France ! 400 à 500 g CO2/kWh produit pour l’Allemagne, 40 g CO2/kWh pour la France avec le nucléaire. C’est un paradoxe insensé ! On est censé avoir installé des éoliennes pour sauver la planète, pour sauver le climat, selon ceux qui en font la promotion, alors qu’en réalité toute éolienne installée doit être compensée par une unité de production au gaz complémentaire et donc fortement émetteur de gaz à effet de serre. C’est une véritable imposture. J’explique aussi dans mes deux livres les enjeux de guerre économique qu’il y a entre la France et l’Allemagne. L’Allemagne étant un pays de développement industriel des éoliennes et la France de développement nucléaire.

D’autres problèmes se posent et notamment celui de la composition des éoliennes : un socle de 1500 tonnes de béton, des pales en fibre de carbone, avec du balsa extrait des forêts amazoniennes (ce qui contribue à la diminution du massif forestier amazonien), l’utilisation de terres rares dans les nacelles d’éolienne pour faire les rotors (1 tonne pour les éoliennes en mer par exemple), etc. L’éolienne, symbole de la transition écologique, est en réalité le meilleur symbole de la pollution énergétique !

L. F. : C’est donc pourquoi maintenant vous prenez la défense, dans votre dernier livre [2], du nucléaire…

F. B. : C’est quand même incroyable… Dans toutes les études d’opinion, 70 à 80 % des personnes interrogées, considéraient, par des systèmes de biais cognitif, que le nucléaire émettait des gaz à effet de serre. On a réussi à faire croire à nos concitoyens que les cheminées de refroidissement des centrales nucléaires émettaient des gaz à effet de serre : ce n’est que de la vapeur d’eau ! Les centrales nucléaires sont le mode de production d’électricité le plus vertueux au monde en termes d’émission de gaz à effet de serre. Différentes études ont été réalisées, on est autour de 6 g CO2/kWh produit ; pour le gaz, 500 g CO2/kWh et pour le charbon, 1000 g CO2/kWh. Nous le constatons, le nucléaire est extrêmement profitable dans une logique de baisse d’émission de gaz à effet de serre ; si tant est qu’on ait besoin de baisser les gaz à effet de serre. Je ne rentre pas dans cette question-là. Ma question se limite à l’émission de gaz à effet de serre. Il y a donc là une énorme « fake news » ! Et c’est l’objet du premier chapitre de mon livre qui explique bien comment fonctionnent les centrales nucléaires et qui prouve qu’une centrale nucléaire est absolument vertueuse.

L. F. : À votre avis, comment nos gouvernants ont-ils réussi à faire passer l’idée que le nucléaire était extrêmement dangereux et nocif ? Et souvenons-nous de toute la propagande d’il y a 20 ou 30 ans sur le nucléaire qui en a sans doute dégoûté tous les Français.

F. B. : C’est une anticipation de mon chapitre 10… La France a un plan nucléaire depuis le plan Messmer (1973) qui nous rendait moins dépendants du pétrole, du gaz et des énergies fossiles et qui nous rendait extrêmement compétitifs d’un point de vue industriel. La complicité entre certains États, en particulier l’Allemagne et certaines ONG anti-nucléaire, Greenpeace ou le WWF, a permis de multiplier les opérations de dénigrement du nucléaire français dans l’objectif de développer les énergies renouvelables. Rappelons que l’Allemagne a 200 000 emplois dans les énergies renouvelables et la France a 400 000 emplois directs, indirects et induits dans le domaine nucléaire. C’est tout simplement une guerre économique et industrielle. Chaque État a intérêt à développer son propre modèle. Je cite dans mon ouvrage, vous pourrez le constater, des textes allemands qui démontrent que les grandes ONG environnementales anti-nucléaires ont été au cœur de la politique « Energiewende » allemande pour détruire le modèle français. Toutes ces associations ont mené des opérations de guérillas, à la limite du terrorisme, avec, par exemple, Greenpeace qui a envoyé des drones contre des centrales nucléaires. On a créé de l’anxiété, on a multiplié les messages, Arte, chaîne franco-allemande a été utilisée pour faire des reportages anti-nucléaire, on a fait de la propagande dans les écoles, on a illustré les articles sur la pollution avec des tours réfrigérantes. Tout cet état d’esprit a créé une ambiance difficile pour le nucléaire, qui heureusement connaît un retour en grâce avec différentes personnalités comme Bill Gates, Shellenberger, et même le GIEC lui-même qui revient sur le nucléaire comme solution pour lutter contre le réchauffement climatique.

L. F. : Le gouvernement français n’a-t-il pas renoncé aux intérêts de la France en jouant la carte des Allemands ?

F. B. : Tout à fait ! Après avoir dissous l’Assemblée nationale en 1997, Jacques Chirac a mis au pouvoir Lionel Jospin qui, pour gouverner, devait s’allier aux écolos, qui se sont empressés de saboter la politique énergétique de la France basée sur le nucléaire avec des personnes ouvertement complices. La vérité commence tout juste à percer, les autorités commencent à prendre conscience du jeu trouble de l’Allemagne contre le nucléaire. Il y a quelques jours, Jean-Pierre Elkabbach parlait de mon livre sur CNews devant Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie, il le mettait en avant, il le citait : Bouglé dévoile les ressorts des ONG anti-nucléaire ! Et, personne n’a bronché sur le plateau ! Effectivement le grand public est en train de découvrir cette opération allemande ; de même le gouvernement, puisque je sais que l’Élysée a demandé à un ami la copie du chapitre 10 de mon livre sur les enjeux de guerre économique avec l’Allemagne.

L. F. : Et eux, ne le découvrent que maintenant ?!

F. B. : Oui, ça paraît fou, ils l’ont découvert trois semaines avant la parution officielle de mon ouvrage. Personne n’avait fait d’analyse telle qu’on peut la trouver dans mon chapitre 10 ! Les élus vont devoir se positionner, est-ce qu’ils sont complices de l’Allemagne et vont favoriser le modèle industriel allemand ou est-ce qu’ils veulent favoriser le modèle industriel français ; il va falloir faire un choix. Les choses sont claires, non contestées et non contestables.

L. F. : Au-delà du point de vue économique, et pour ne rester que sur la conception écologique, à votre avis quelle est la meilleure source d’énergie actuellement ?

F. B. : Le nucléaire fait office de système énergétique le plus intéressant non seulement en ce qui concerne le bilan carbone, mais aussi au regard du nombre de décès par térawattheure produit (vous trouverez les démonstrations appropriées dans le chapitre 1 de mon ouvrage). Sans contestation possible et malgré les catastrophes nucléaires, le nucléaire est beaucoup moins mortel que le charbon par exemple. Les Allemands ont beau jeu de dire quand ils parlent du nucléaire : on ne sait pas traiter les déchets ; ils sont excellents, les Allemands, car que font-ils, eux, des déchets de leurs usines à charbon ? Ils les balancent dans l’air ! Et on sait très bien que les fumées de charbon contiennent de l’uranium, du mercure et tout un tas de saloperies. Ils contaminent l’air européen ! Des études montrent que les fumées de charbon ou d’énergie fossile produisent plus de 10 millions de morts par an du fait des infections pulmonaires. C’est tout le système hypocrite de l’Allemagne qui est derrière tout ça. L’Allemagne qui se fait le parangon de l’écologie et qui pollue 10 fois plus que la France : on croit rêver ! Elle se permet de venir donner des leçons à la France et d’affirmer au ministre des Affaires étrangères français que le nucléaire n’intègrera pas la liste des activités vertes de l’Union européenne ! Pas de réaction, aucune fermeté, aucune force…

L. F. : Tout ce qu’on a dit contre le nucléaire, tout ce qu’on a fait croire au commun des mortels, pour vous, il n’y a donc rien de fondé ?

F. B. : Il y a une chose essentielle : le nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre, ça, c’est une vraie information. En revanche, le nucléaire, il est vrai, crée des déchets haute activité très dangereux. En revanche ces déchets haute activité nucléaire ne sont pas de 1,7 million de mètres cubes comme le clame Greenpeace, mais de 4000 mètres cubes ! Les déchets les plus importants, les plus dangereux représentent un cube de 20 m par 20 m par 10 m ! ça représente 50 ans de production nucléaire et 95 % de la radioactivité totale des déchets nucléaires. Voilà les faits. Les chiffres de Greenpeace sont de la foutaise, du mensonge. Ces 4000 mètres cubes sont un réel problème, mais là encore, la propagande omettait un point essentiel : la solution ! Avec le projet Astrid, la France aurait pu gérer le retraitement de ces déchets avec des réacteurs à neutrons rapides de 4egénération. Ce projet continuait celui de superphénix qui permettait de manger les déchets nucléaires en produisant de l’électricité. Emmanuel Macron l’a abandonné en 2019 alors que Bill Gates, aux États-Unis, vient de recevoir 90 millions de dollars du département de l’énergie américain pour développer les petits réacteurs modulaires à neutrons rapides mangeurs de déchets nucléaires.

L. F. : Pour les États-Unis, quelle est la première source d’énergie ?

F. B. : Le mix américain charbon-nucléaire-gaz. Cela dépend beaucoup des États. Par exemple, au moment où nous parlons (18 janvier 2022), le mix de New York se compose de 30 % de nucléaire, 28 % de charbon, 33 % de gaz, 3,5 % d’éoliennes. Celui de la Californie : 15 % de nucléaire, 20 % d’éoliennes, 44 % de gaz et elle émet actuellement 240 g CO2/kWh produit. La France, elle, est à 97 g CO2/kWh produit, parce qu’elle consomme beaucoup de gaz puisque nous avons une baisse de notre production nucléaire ; plusieurs réacteurs arrêtés à cause d’histoires incroyables. Comme les éoliennes ne marchent pas beaucoup… nous sommes à : 62 % de nucléaire, 4 % d’éoliennes, 10 % de gaz, 8 % d’hydro-électricité. Mais la moyenne annuelle est à 40 – 45 g CO2/kWh produit. Vous avez un site qui s’appelle electricitymap.org où vous trouvez tous ces chiffres.

L. F. : À votre avis, qu’ont à gagner toutes ces associations qui se battent contre le nucléaire ? Elles doivent bien savoir que leur combat n’a aucun fondement ?

F. B. : Thibault Kerlirzin a écrit un ouvrage sur le sujet : Greenpeace, une ONG à double-fond(s)? [3] Il l’a publié dans le cadre de l’école de guerre économique, et il traite ses membres de mercenaires verts ! Ils font 400 millions de dollars de chiffre d’affaires quand même ! C’est une multinationale du militantisme. Dans mon livre, j’explique que ce sont des « jet-setteurs » verts, ils se baladent dans les grands hôtels, etc.

L. F. : Ils le font donc sciemment et ils connaissent la vérité sur ce problème énergétique ?

F. B. : Bien sûr ! Ils montent des opérations qui sont pour moi absolument scandaleuses. Quand l’association Greenpeace envoie des drones se faire fracasser contre une centrale nucléaire, elle devrait être immédiatement dissoute. Il n’y a pas une seule association pour laquelle on tolèrerait un tel acte de terrorisme économique. C’est inacceptable ! On reste sans voix de voir que de telles associations existent encore !

L. F. : Un dernier mot pour conclure ?

F. B. : La question énergétique est une question absolument essentielle de la souveraineté nationale, mais aussi du pouvoir d’achat. C’est une question qui va être au cœur de l’élection présidentielle même si ça paraît peut-être surprenant. Jamais cette question n’avait été aussi sensible, à la fois dans les enjeux géopolitiques, mais aussi sur la facture de nos concitoyens. La question énergétique est au cœur de la question sociale. Compte tenu des grands mouvements géopolitiques avec les problèmes en Ukraine, en Biélorussie qui ferme le robinet à gaz, le cours du gaz explose et nous assistons à un nouveau choc pétrolier comme celui de 1974. Nous avons connu 20 ans de sabotage du nucléaire français, or nous ne pouvons plus laisser dénigrer notre système électrique, qui pouvait apparaître comme une belle endormie, avec des concitoyens qui ne se rendaient plus compte que la question de l’énergie était une question d’approvisionnement évident. On respire de l’air, on reçoit de l’eau et de l’électricité et le confort électrique est tel que jamais personne ne s’est posé la question de possibles coupures d’électricité à grande échelle. L’idée germe pourtant et on commence à entendre parler de restriction…

Ne nous leurrons pas, c’est organisé, structuré par les écolos-bobos, par ces dogmatiques qui servent les intérêts de pays étrangers au détriment des intérêts de la France. Jamais la question énergétique n’avait été une question aussi sensible et au cœur de la vie politique française. Je crains malheureusement que peu de personnes en aient conscience, y compris au plus haut niveau de l’État. Si rien n’est fait pour y remédier, pour recréer une politique énergétique fondée sur l’atome, on va au-devant de graves crises politiques et sociales. C’est pour cette raison que je plaide pour un grand plan de poursuite nucléaire : remise aux normes des anciennes centrales, de réacteurs, d’EPR2, d’EPR1200 pour justement relancer notre industrie nucléaire, mais aussi relancer notre industrie tout court. Le cours de l’électricité a un impact très fort sur la compétitivité de nos industries. On est au cœur d’une question-clé de la campagne électorale. Il faut être très vigilant sur cette question.

Propos recueillis par Mickaël SAVIGNY

 

[1] – Marchandise (matière première, fourniture d’énergie) payée dans un marché au comptant, au coup par coup, c’est-à-dire pour une livraison immédiate.

[2]Nucléaire : les vérités cachées. Face à l’illusion des énergies renouvelables (Éditions du Rocher, octobre 2021, 288 pages, 15,90 €).

[3] – Éditions VA Press, 2018, 24 pages.

La lecture de cet article extrait du numéro 778 (février 2022) de Lectures Françaises vous est offerte en intégralité. Pour découvrir le  sommaire du numéro et le commander, c’est ICI !

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