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Brève biographie de Jean Vaquié

ByChristian Lagrave

Mar 9, 2022
Brève biographie de Jean Vaquié

Jean Vaquié était un homme très modeste et très discret par nature ; de plus il avait travaillé dans la clandestinité, à l’époque de la Résistance et même après, ce qui n’avait pu que renforcer ses dispositions naturelles. En conséquence, il ne parlait presque jamais de lui-même, et jamais de ses exploits qui ne nous sont connus que par de discrètes allusions faites par de rares témoins, ce qui fait que les éléments biographiques dont nous disposons sont peu nombreux. Nous savons qu’il est né à Bordeaux, en 1911, et que sa famille était originaire de Foix, dans l’Ariège. Dès sa jeunesse (dans les années 1930) il s’est intéressé aux questions qu’il allait traiter plus tard : la Révolution, la Franc-Maçonnerie, la Gnose et l’Occultisme, la réforme liturgique, la subversion dans l’Église.

Sur sa formation nous savons peu de choses ; il est évident qu’il avait reçu dès sa jeunesse une solide formation religieuse. En ce qui concerne la subversion, il est vraisemblable qu’il avait lu dès l’avant-guerre Léon de Poncins, dont douze livres consacrés aux forces secrètes de la Révolution, à la Franc-Maçonnerie et au Judaïsme avaient paru entre 1928 et 1939. A-t-il fait sa connaissance à cette époque ou seulement pendant l’Occupation, nous l’ignorons. Je crois par ailleurs me souvenir qu’il m’avait dit avoir connu des gens de la Revue internationale des Sociétés secrètes de Mgr Jouin, mais je ne peux l’affirmer.

Jean Vaquié était officier de réserve et fit la guerre de 1939-40. Après sa démobilisation il s’engagea dans un réseau de résistance, le réseau Roy de l’abbé Georges Lapouge [1] qui a travaillé en 1941-1942 au profit du SR Guerre (le Service de renseignements de l’armée française). Jean Vaquié, qui ne fut jamais gaulliste, travaillait donc pour le SR de l’armée de l’Armistice ; il est probable que c’est à cause de l’invasion de la zone libre, en novembre 1942, que le réseau Lapouge dut cesser ses activités. Quant à Jean Vaquié il fut contraint de rejoindre un maquis, à une date et dans une zone que j’ignore, et il y combattit les Allemands jusqu’à la Libération. Je sais – par une confidence de son épouse – qu’à son retour du maquis, sa santé était assez gravement altérée. C’est peut-être à cette époque qu’il fut fait chevalier de la Légion d’Honneur à titre militaire.

Jean Vaquié connaissait peut-être déjà Léon de Poncins avant la guerre, sinon il l’a forcément rencontré à l’occasion de ses activités de résistant puisqu’il en témoigna par la suite. En effet, à la déclaration de guerre, en 1939, Léon de Poncins avait été affecté au 2e Bureau de l’Etat Major de l’Armée, et, après sa démobilisation, il était resté en liaison avec les services de renseignements militaires clandestins ; il fut un des agents du réseau Jade-Amicol. Ce qui ne l’empêcha pas d’être arrêté, à la Libération et inculpé d’atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat, c’est-à-dire de trahison, pour la publication de son livre L’Énigme Communiste, paru en 1942. Son procès n’eut lieu qu’en 1949, à Paris, et il fut acquitté, à la suite notamment du témoignage de Jean Vaquié qui vint en uniforme, à la barre des témoins, confirmer ses activités de résistant.

Les relations solides qui s’étaient établies entre Jean Vaquié et Léon de Poncins se sont poursuivies par une très longue amitié qui dura jusqu’à la mort de Poncins en 1975, si bien que Jean Vaquié peut être légitimement considéré non seulement comme le disciple de Léon de Poncins, mais comme en quelque sorte son fils spirituel.

Après la guerre, Jean Vaquié se fit modestement visiteur médical pour le compte des laboratoires Clin. En 1953, il abandonna son Aquitaine natale pour venir habiter Lyon où il demeura jusqu’à sa mort, le 30 décembre 1992, à l’âge de 81 ans.

Il avait choisi son métier parce qu’il lui laissait « la liberté d’esprit nécessaire pour étudier à fond la Théologie catholique et réfléchir à tous les grands problèmes de l’heure. » [2] Outre l’Écriture sainte, il lut assidument nombre d’auteurs mystiques : il avait une prédilection pour le bienheureux Jean Duns Scot, pour saint Louis-Marie Grignion de Montfort et pour le bienheureux Barthélémy Holzhauser, auteur d’un commentaire de l’Apocalypse dont Jean Vaquié s’est beaucoup inspiré. C’est vraisemblablement dès cette époque qu’il commença à suivre l’enseignement du bénédictin dom de Monléon dont il présenta l’œuvre à plusieurs reprises dans Lecture et Tradition. On peut dire que Jean Vaquié fut l’élève de dom de Monléon en théologie, comme il fut celui de Léon de Poncins en politique, ce qui signifie qu’en matière religieuse il était loin d’être un autodidacte, comme l’ont prétendu certains critiques malveillants.

Les années d’après guerre de Jean Vaquié furent marquées par une intense activité de parole et de plume : conférences, articles de revues, livres, lettres à de nombreux correspondants, il se dépensa sans compter pour la défense de l’Église et de la civilisation chrétienne.

Doté d’un remarquable esprit de synthèse, nourri de l’Écriture Sainte et des grands auteurs catholiques, il joignait la froide analyse de l’officier d’état-major à l’ampleur de vue du mystique. On peut classer ses nombreux écrits en trois thèmes principaux : la défense de l’Église et de la foi catholique, la lutte contre la gnose contemporaine et contre l’ésotérisme pseudo-chrétien, enfin la stratégie et la tactique du combat politique contre-révolutionnaire.

Christian LAGRAVE

 

[1] – P. de Place, « Adieu à Jean Vaquié », Monde et Vie, 14 janvier 1993. L’abbé Lapouge (1914-2013) fut après la guerre, juge auprès de la Sainte Rote. Officier de la Légion d’honneur, il fut l’aumônier de l’Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale. En 1961, il devait permettre l’exfiltration vers l’Espagne du colonel Lacheroy, un des chefs de l’OAS, condamné à mort par contumace. L’abbé Lapouge était membre du Comité d’Honneur du Cercle Renaissance fondé par M. de Rostolan.

[2] – Michel Martin, « In Memoriam Jean Vaquié », De Rome et d’ailleurs, n° 122, février 1993, p. 2.

La lecture de cet article extrait du numéro 776 (décembre 2021) de Lectures Françaises vous est offerte en intégralité. Pour découvrir le  sommaire du numéro et le commander, c’est ICI !

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