Le palais du Reichstag, siège du Parlement allemand depuis le retour des institutions à Berlin en 1999 (Licences : https://megapixel.click - betexion - photos for free de Pixabay)
7 novembre 2021

Le résultat des élections allemandes, prélude aux élections françaises

Par Olivier Destouches

Vous avez sans doute suivi d’un œil distrait les élections législatives allemandes du 26 septembre 2021, retenant seulement que les sociaux-démocrates (SPD) étaient arrivés en tête et que Madame Merkel, l’inoxydable chancelière allemande, renonçait à la vie politique après 16 ans (de 2005 à 2021) passés à la tête de la première puissance économique et politique de l’Union européenne.

Rappelons brièvement les résultats et tirons-en, ensuite, quelques leçons pour nous Français, à cinq mois de l’élection présidentielle. Le SPD obtient 25,74 % des voix et 206 députés (+53) dont 33 issus de l’immigration ; la CDU-CSU (les démocrates-chrétiens) obtient 24,07 % et 196 députés (-50) [1]; les Verts obtiennent 14,75 % et 118 députés (+51) ; les libéraux (FDP) obtiennent 11,45 % et 92 députés (+12) ; l’AfD (Alternative für Deutschland) obtient 10,35 % et 83 députés (-11) et enfin Linke (le parti communiste) n’obtient que 4,89 % et 39 députés (-30).

Quelques commentaires sur ces résultats : la CDU réalise le plus mauvais score de son histoire (33 % en 2017) en raison du retrait de Madame Merkel et de la mauvaise campagne de son successeur, Armin Laschet qui aurait, sans nul doute, mieux fait de laisser sa place à Markus Söder, le chef de file des chrétiens-démocrates bavarois. Ce dernier a, du reste, qualifié la campagne de Laschet de « campagne de wagons-lits ». Les « peaux de banane » ne sont pas le propre de la France ; chaque pays et chaque parti peut s’illustrer avantageusement dans ce domaine. Quant au SPD, il revient de loin (20,51 % en 2017). À la dérive au printemps dernier, il a retrouvé avec Olaf Scholz, le clone de Merkel, un candidat efficace, à défaut d’être brillant, qui a surtout profité des erreurs de ses adversaires. Ce fut le cas des Verts qui, longtemps en tête dans les sondages (jusqu’à 28 % cet été) se sont effondrés pour terminer à moins de 15 % ce qui ne fait pas l’affaire des Verts français qui espéraient bien se servir du résultat allemand comme tremplin et exemple à suivre pour la présidentielle d’avril 2022. N’oublions pas, cependant, que les Verts progressent par rapport à 2017 où ils n’avaient réalisé que 8,94 % des voix. Les libéraux progressent légèrement par rapport à 2017 où ils avaient obtenu 10,75 % tandis que les communistes, victimes du vote utile (battre le successeur de Merkel) s’effondrent, passant de 9,24 % en 2017 à moins de 5 %. Leçon à retenir pour Mélenchon qui suit une trajectoire parallèle vers… la sortie. Nous parlerons plus loin de la droite allemande.

La majorité absolue étant à 368 sièges, à l’exception de la reconduction d’une grande coalition (SPD et CDU-CSU) comme c’était le cas jusqu’ici, aucune majorité n’est possible sans l’apport d’au moins trois partis, fait nouveau dans la vie politique allemande. On assiste, d’une certaine manière, à un « émiettement » des voix favorisé par le scrutin proportionnel et la fin de la bipolarisation à l’allemande. Dans cette configuration (les extrêmes étant exclus, AfD à droite et Linke à gauche), les Verts et les libéraux deviennent les partis charnière ou pivot pour former une future majorité. Olaf Scholz qui était vice-chancelier et ministre des Finances dans le gouvernement Merkel, en tant que vainqueur des élections, va former un gouvernement de coalition avec les Verts et les libéraux, avec la bénédiction d’Angela Merkel qui l’a chaleureusement félicité après son succès. « Mutti » réglait quelques comptes avec sa propre formation politique !

Deux éléments sont particulièrement intéressants à souligner dans ces élections allemandes, éléments que l’on risque fort de retrouver dans les élections françaises, surtout si Éric Zemmour est candidat.

En juillet 2021, de graves inondations ont ravagé l’Allemagne (près de 200 morts et une aide prévue de 30 milliards d’euros de la part du gouvernement allemand) remettant au centre du jeu les questions climatiques avec le soi-disant réchauffement climatique. Cela permit aux Verts et à leur sémillante candidate Annalena Baerbock d’être, un temps, en tête des sondages devant les grandes formations de la CDU et du SPD. On se préparait à un tsunami politique en Allemagne et même en Europe, avec des effets boomerang dévastateurs même si, il faut le souligner, les Verts allemands n’ont rien à voir avec leurs homologues français. Ils sont écoloréalistes tandis que les nôtres sont écolo-islamogauchistes. Néanmoins, devant le risque économique, les milieux financiers, économiques et industriels allemands ont réagi, soutenus par quelques grands journaux comme le Faz ou Bild [2]. Il y a eu, dans les derniers mois, un recentrage des électeurs vers les trois grandes formations traditionnelles, les sociaux-démocrates, les démocrates-chrétiens et les libéraux.

Pourquoi l’AfD, parti de droite assumé, surtout présent en ex-Allemagne de l’Est, parti anti-immigrés, a-t-il reculé à ces élections (il avait obtenu 12,64 % en 2017) alors qu’il avait le vent en poupe et que personne en Allemagne n’a oublié le million d’immigrés moyen-orientaux que Madame Merkel a fait venir en 2015 sans concertation avec ses voisins européens et sans aucune justification sérieuse ? Certes, des conflits internes, comme souvent dans les partis de droite, ont affaibli l’AfD et sapé sa crédibilité mais, surtout, les media et les partis politiques institutionnels n’ont pratiquement pas abordé pendant la campagne les thèmes de prédilection de l’AfD, à savoir l’immigration et son corollaire l’islam. Faute de munitions, les arguments de la droite allemande étaient peu ou pas repris par les media et donc portaient moins auprès du peuple.

Quelles leçons peut-on tirer des élections allemandes pour la future échéance présidentielle française ?

Macron gouvernant déjà avec les Verts et les centristes (le MoDem de Bayrou) est dans la même position qu’Olaf Scholz : ils entendent, tous les deux, gouverner avec les Verts et les libéraux pour faire la même politique libérale (pour plaire aux libéraux) libertaire (pour plaire aux Verts). Mais surtout, attendons-nous à voir en France les thèmes qui préoccupent les Français (insécurité, immigration, Islam) totalement ou partiellement occultés pendant la campagne présidentielle au profit de thèmes favorables au président sortant ou aux Verts. L’autre jour à la télévision, une journaliste interrogeant Éric Zemmour lui demanda son avis sur le pouvoir d’achat, première préoccupation des Français (sic) ! La désinformation est en ordre de bataille ! Elle va s’amplifier au cours des prochains mois en s’appuyant sur une propagande de type totalitaire. Macron va, une nouvelle fois, nous démontrer combien il a bien géré la crise du Covid et protégé les Français et, comme divertissement, les media vont nous servir à toutes les sauces une pincée d’environnement agrémentée d’un zeste de réchauffement climatique. Le bon peuple, lobotomisé, en oubliera, devant cette déferlante médiatique et présidentielle, ses préoccupations premières : l’insécurité et l’immigration qui sont étroitement liées. Macron, maître du jeu et des horloges, s’appuyant sur les « gros media », distillera le message non que les Français veulent entendre mais qu’il a décidé de faire passer afin d’être réélu sans coup férir.

N’oublions pas qu’à partir du 1er janvier 2022, la France assurera la présidence de l’Union européenne pour 6 mois. Occasion rêvée pour le président candidat de disserter à longueur de journée sur sa vision de l’Europe, sur la place de la France en Europe et sur la souveraineté européenne qu’il appelle de ses vœux [3]. À nous de dénoncer cette supercherie, cette démocratie d’opérette, cette dictature de moins en moins « soft » ou feutrée où l’égalité entre les candidats est un leurre et où le candidat qui dérange est présenté par les journalistes comme le retour de la « peste brune », du « fascisme » et autres jugements tout aussi équilibrés. Jean-Marie Le Pen, en son temps, a subi les mêmes attaques ignominieuses et viles. Il disait, en souriant, qu’il avalait son bol de crapauds chaque matin. Rien de nouveau sous le soleil de Satan ! Ceux qui gouvernent veulent garder leurs prébendes et sont prêts à tout pour les conserver. À bon entendeur, salut !



[1] – Madame Kramp-Karrenbauer, désignée par Madame Merkel comme son successeur à la tête de la CDU avait démissionné de la présidence du parti en février 2000, suite aux mauvais résultats des européennes de 2019.

 

[2]Faz (Frankfurter Allgemeine Zeitung), le grand journal conservateur allemand, un peu l’équivalent du Figaro. Bild est un journal populaire à sensation, sorte de France-Soir.

 

[3] – Un bel exemple de désinformation est le fameux couple franco-allemand qui ne profite qu’à l’Allemagne qui dicte sa loi en tant que puissance dominante. Quand Macron parle d’armée européenne, les Allemands répondent OTAN; quand Macron parle de coopération économique ou industrielle, les Allemands répondent «made in Germany»; quand Macron parle déficit budgétaire, les Allemands répondent équilibre budgétaire, etc.

 

La lecture de cet article extrait du numéro 775 (novembre 2021) de Lectures Françaises vous est offerte en intégralité. Pour découvrir le sommaire du numéro et le commander, c'est ICI !

Découvrez nos offres d'abonnement