Zemmour et BHL : un antisémite peut en cacher un autre !
2 novembre 2021

Zemmour et BHL : un antisémite peut en cacher un autre !

Par Vincent Chabrol

Après avoir franchi la barre des 10 % dans le courant du mois de septembre, Éric Zemmour, selon les instituts de sondage, a réussi à griller la priorité aux candidats potentiels des Républicains (Bertrand, Pécresse, ou Barnier) et dispute la deuxième place à Marine Le Pen, entre 13 et 18 %.

S’agit-il d’une irrésistible ascension ? Captant d’un côté les déçus de Marine Le Pen et ralliant de l’autre les électorats conservateurs (type « Manif pour tous ») et gaullo-bonapartiste qui ne peuvent que difficilement se reconnaître dans les candidats interchangeables « de la droite et du centre », candidats dont le centrisme est tout juste moins à gauche que le macronisme, Zemmour est en passe de réussir non pas, certes, son élection à la présidence de la République (il ne faut pas insulter l’avenir, mais nous n’en sommes pas encore là), mais l’atomisation du mur de la honte dressé dans les années 1980 par un Chirac aux ordres entre la droite nationale réputée « raciste et antisémite » et la « droite de gouvernement », RPR-UDF, soumise aux lobbies et crevée au fil de l’eau, de ses querelles d’ego et de ses reniements.

Est-ce une bonne chose ? Si la chute du mur consacre l’émancipation intellectuelle et morale des conservateurs et des gaullo-bonapartistes (débarrassés de toute attache au personnel menteur qui les représentait) et leur permet, notamment aux plus jeunes d’entre eux, d’aller plus loin dans la bonne direction, en se défaisant peu à peu des inhibitions imposées par le terrorisme intellectuel et par plus de deux siècles de règne occulte des sectes, alors, quelles que soient ses intentions, et s’il parvient au moins à cette fin, Zemmour aura fait œuvre utile. Il ne faudra cependant pas se masquer qu’à vue humaine la route vers la contrerévolution est encore longue !

Mais submergée par ce « grand remplacement », qu’on nous dit fantasmé, bien que tout le monde puisse le constater, la France a-t-elle encore le temps de patienter ? De ce point de vue, la carte Zemmour, si elle s’avérait gagnante, pourrait-elle au moins juguler l’immigration-invasion ou tout au contraire précipiterait-elle la submersion en provoquant par réaction un soulèvement des banlieues qu’un peuple apostat serait moralement et matériellement incapable d’écraser dans l’œuf ?

Car c’est bien là le vrai problème. Si nous sommes envahis et en passe de disparaître, c’est d’abord parce que notre civilisation s’est effondrée sur elle-même, faute d’un peuple réuni dans la profession publique de la foi catholique qui a enfanté la chrétienté et la France de nos rois.

Zemmour, qui à la suite de Bonaparte « assume tout », « de Clovis au comité de Salut public », donc la France et l’anti-France, la chrétienté et son contraire, semble, mais à la suite de tant d’autres champions de la droite nationale, ne pas avoir compris ou ne pas vouloir comprendre quel est le mal profond qui ronge la France et l’Europe.

Mais la part de vérité qu’il en comprend et qu’il assume dans le débat public, où il sait être habilement omniprésent, met proprement en transe certains nouveaux grands-prêtres hurlant au blasphème « fait au nom juif ». Et ce n’est sans doute qu’un début.

Tout comme Alain Minc, dont nous parlions le mois dernier, mais avec moins de pondération bourgeoise et des accents proprement hystériques, Bernard-Henri Lévy assigne Zemmour à sa judaïté et lui signifie qu’en raison de cette dernière, il n’a moralement pas le droit de penser ce qu’il pense et de dire ce qu’il dit, offrant en sa personne à « la vieille extrême droite antisémite » « un champion répondant à un type d’homme qui n’était pas précisément son genre » (« Ce que Zemmour fait au nom juif », Le Point, 14 octobre 2021).

Zemmour a beau jeu de rétorquer le lendemain, sur le plateau de Cnews, que BHL est ce faisant « le plus grand fabricant d’antisémitisme au monde », accréditant, ainsi que nous l’écrivions dans ces colonnes au sujet de l’anathème précédemment porté par Minc, la thèse tant reprochée à Maurras des « quatre États confédérés ».

De surcroît, dépassant la stricte problématique de l’antisémitisme d’État, propre au nationalisme français, BHL, par un étrange acte manqué, non content d’invoquer un certain « type d’homme » – ce qui nous renverrait plutôt à l’antisémitisme de peau précisément toujours récusé par ce Maurras que BHL, contempteur-en-chef de « l’idéologie française », fait profession de tant détester – prête à Zemmour la volonté d’ « arracher les yeux de la synagogue sur le fronton martyrisé de Notre-Dame ».

Sur le fronton de Notre-Dame, comme sur tant d’autres cathédrales, la Synagogue porte en effet le bandeau qu’elle s’est imposé à elle-même et à ceux des juifs qui l’ont suivie lorsqu’elle n’a pas voulu reconnaître que Jésus de Nazareth accomplissait les Écritures et disait nécessairement vrai, au regard de la loi de Moise et au regard des prophètes lorsqu’il se disait le Fils de Dieu. Elle se voilait les yeux, à la différence de ces « vrais israélites » qu’étaient les apôtres et les disciples de Jésus-Christ, et à leur suite l’Église fondée sur Pierre.

Mais sous ce bandeau, et c’est encore le symbole qui parle, la Synagogue et ses fils avec elle conservent encore des yeux. Et les chrétiens croient avec saint Paul (Rom, XI, 25-27) que de ces yeux mêmes ils finiront par voir ce qu’ils n’ont pas voulu et ne veulent toujours pas voir. Qui donc veut arracher ou crever les yeux de la Synagogue et de ses fils, sinon ceux qui ne veulent à aucun prix que les juifs deviennent fils de l’Église et Français catholiques ? Qui donc sinon les ennemis acharnés de « l’idéologie française », c’est-à-dire de la nation France et du catholicisme qui l’a irriguée ?

Mais est-ce à dire que Zemmour, lui, a déjà les yeux à moitié ouverts, ou à moitié fermés ?

La lecture de cet article extrait du numéro 775 (novembre 2021) de Lectures Françaises vous est offerte en intégralité. Pour découvrir le  sommaire du numéro et le commander, c'est ICI !

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