24 juin 2017

« M » et le troisième secret

Par Lectures Francaises

Dans le cadre du centième anniversaire des apparitions de Fatima, après le long-métrage «Le treizième jour », un documentaire portant sur le même sujet a été proposé dans les salles obscures dès 2014.

Lu pour vous dans Fideliter

Apocalypse now… Sous la forme d’un documentaire qui prend des allures de reportage d’investigation, un journaliste, Pierre Barnerias, décide de percer le troisième secret de Fatima. Comme la cinéaste Natalie Saracco (La Mante religieuse en 2014), Pierre Barnerias est un peu excessif dans sa démonstration et donne l’impression de se laisser emporter par l’enthousiasme du jeune converti ou reconverti. D’où un film qui est parfois maladroit, en tous les cas bien loin d’atteindre l’ambition qu’il s’était fixée.
Disons-le tout de suite, M et le troisième secret accouche d’un secret de polichinelle « Priez, récitez le Rosaire, convertissez-vous car sinon un grand châtiment surviendra »… Bref, une catastrophe apocalyptique. En fait, rien que le spectateur catholique et quelque peu averti ne sache déjà. Pendant près d’une heure trois quarts, sans suite logique, dans un style documentaire et journalistique exagéré, ménageant une espèce de suspense sur le fameux troisième secret de Fatima, assaisonnant son propos d’un peu de mysticisme reposant sur l’idée d’un Dieu vengeur, Pierre Barnerias part à la découverte des apparitions les plus marquantes de la sainte Vierge, mêlant les véritables et les supercheries : Lourdes, Fatima, La Salette mais aussi Medjugorje en Yougoslavie et Akita au Japon (1973-1975). Au milieu, filmé façon journalisme d’investigation, il est question de l’Église qui est pénétrée par la franc-maçonnerie, de la mort mystérieuse du Pape Jean-Paul de l’allégeance de Karl Marx au diable, de l’attentat sur la personne de Jean-Paul II, etc. Autant de choses connues mais qui sont ici présentées par un moine qui se nomme « le moine sans nom », à la mine plus patibulaire que celles de ceux qui peuplaient le funeste Da Vinci Code de Ron Howard (2006), des choses connues qui sont montées par petits morceaux comme une sorte de film à suspense qui devrait déboucher sur une extraordinaire révélation. Force est alors de constater que le spectateur s’y perd un peu, voir beaucoup, comme le réalisateur, du reste, qui est partagé — et cela crève l’écran — entre une analyse sérieuse des messages apocalyptiques délivrés par la Sainte Vierge et la volonté de faire de celle-ci une artisane de paix interculturelle et interreligieuse dans une séquence finale complètement « New-Age » et d’une bêtise confondante. Cette séquence met en scène des enfants qui peignent des œufs géants laissés à leur disposition par un riche illuminé, propriétaire du Château de Chailly en Côte d’Or, et qui a récupéré au Japon une statuette d’une vierge dénommée « Notre Dame de la bombe » (comprenez la bombe de Hiroshima ou celle de Nagasaki). Le syncrétisme religieux est également clairement revendiqué dans ce qu’on peut appeler le « logo » du film : un croissant musulman et une étoile juive qui surplombent un « M » comme Marie avec une croix. Ainsi, en, dépit de quelques bons passages comme le récit d’une guérison inexpliquée de Lourdes et quelques images d’archives, la montagne accouche d’une souris. Pire, le peu qui pouvait être bon dans le film est vain si l’on veut bien considérer que, s’agissant d’un sujet religieux, «Bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu» (Le bien provient d’une intégrité, mais en revanche si l’un des éléments d’une action est mauvais, l’ensemble est mauvais). À une époque où la soif de spirituel est très grande, ce n’est pas parce qu’une œuvre cinématographique parle de Dieu, de la sainte Vierge, de ses messages, d’amour et de conversion, qu’il faut lui décerner, ipso facto, un label de qualité chrétienne. Ce n’est pas non plus parce que les intentions et le but apparent sont louables qu’il faut négliger d’y regarder de près et d’en discuter la forme aussi bien que le fond. Bien au contraire, en un siècle où l’erreur se répand comme une traînée de poudre, il convient de redoubler d’attention et de prudence avec les productions cinématographiques qui se parent d’un label de catholicité. Les spectateurs athées ou agnostiques trouveront dans cette présentation de quoi alimenter leur critique d’une religion catholique qui manipulerait les foules par la menace d’une catastrophe apocalyptique. Ceux qui sont chrétiens et d’une sensibilité « apparitionniste » trouveront leur compte dans M et le troisième secret. Ceux enfin qui abordent la religion catholique avec un esprit de recherche d’équilibre entre foi et raison, sans remettre en cause les bons desseins du réalisateur, ne se satisferont pas d’un film qu’ils jugeront syncrétique, un peu racoleur, pour le moins brouillon et peut-être aussi légèrement immature.

Fideliter n°237 de mai-juin 2017

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