25 juin 2016

État : divorce avec le divorce ?

Par Lectures Francaises

L’État a pour vocation de gérer le bon agencement des diverses cellules de la société. En aucun cas de faire de l’ingérence dans des cercles ayant leur propre autonomie naturelle. En revanche, il est le garant du respect des principes moraux et de leur application : que le divorce soit affaire d’État ou de notaire, il n’y a aucune différence, c’est immoral.

Lu dans Présent :

L’État plus compétent que les parents ?

LA RÉCENTE RÉFORME du divorce, « dé-judiciarisant » le divorce par consentement mutuel, fait couler un peu d’encre. Fini, le juge : conseillés par deux avocats aboutissant à une conven­tion commune, les époux officiali­seraient leur divorce devant notaire. Certains critiquent la méthode, re­grettant l’absence de débats ; d’autres mettent en avant le bien de l’enfant, privé du soutien objectif et impartial du juge.

Pour ce qui est du débat, rappe­lons quatre choses :

  • le divorce par consentement mutuel existe de­puis 1975, et visait clairement à faci­liter le divorce, socialement et judi­ciairement ;
  • se passer du juge est en fait une proposition régulièrement avancée et discutée, et les arguments sont connus (Ségolène Royal, mi­nistre de la Famille en 2004, avait fait l’éloge du divorce sans juge, ainsi que Rachida Dati, quand elle était garde des Sceaux) ;
  • le mariage a fini sa mue d’institution à contrat, et de façon éclatante, avec la loi Taubira ;
  • croire aux vertus du débat, en France, en 2016, c’est volontaire­ment ignorer qu’il n’est qu’une co­médie faussement représentative.

Préserver la vie familiale

Venons-en au fond du pro­blème : l’enfant sera-t-il lésé par l’absence du juge ? C’est la position de belles âmes, comme l’Union na­tionale des associations familiales, le Barreau de Paris ou la Conférence des évêques de France, etc. Le juge serait seul capable de déterminer le réel intérêt de l’enfant, « partie faible ou sous emprise ». Une fois encore, on nous explique que l’institution étatique est plus intelligente, par principe, que les parents : elle est meilleure éducatrice en toutes choses. L’État est-il si bon éducateur quand on voit l’indigence de l’Éducation nationale, dans ses pro­grammes et dans sa gestion (et la rage de L’État de se substituer par­tout aux parents) ?

L’État est-il si bon garant des intérêts familiaux, lui qui s’acharne précisément à ne pas faire de la famille une institution mais, au contraire, à indi­vidualiser chacun dans le couple ? Rappelons un fait : en quarante ans, on est passé de plus de 400 000 ma­riages par an à moins de 250 000 (près d’un tiers des couples ne sont pas mariés et plus d’un quart de ces mariages sont des remariages pour un conjoint au moins), et de 50 000 divorces à un peu plus de 120 000 (source INSEE). Voilà ce qu’est de­venue l’institution du mariage, grâce à l’action de l’État.

Pourquoi veut-on nous faire croire qu’un juge (qui a d’ailleurs tendance à accepter l’intégralité des conventions qui lui sont pré­sentées) serait mieux capable que deux parents de décider de ce qui est bien pour l’enfant, quand les parents veulent préserver un « couple éducatif » ? Au nom de quelle science de l’éducation, et au nom de quelles valeurs républi­caines, pourtant si constamment opposées au mariage-institution, à la famille cellule de base de la société ? Cela fait longtemps que, par les lois et sous l’action de la Justice, l’ordre public est menacé et l’enfant mis en péril, dès avant sa naissance.

Pour­quoi ne pas faire confiance à des pa­rents, au nom précisément de ce que la famille est censée être, plutôt qu’à l’État ? La vie privée est constam­ment menacée par un Etat qui se veut l’agent moral d’un ordre nou­veau, qu’il veut imposer jusqu’au cœur de chacun en éliminant tout ce que la famille peut apporter. Allons-nous refuser la liberté qu’il nous donne enfin d’être maître de notre destin sans sa censure vigilante ? Car le culte du juge, c’est l’abdication de la responsabilité personnelle. Or c’est elle qui protège l’enfant ; et même évite le divorce…

Hubert Champrun

Présent, n°8631, 17 juin 2016, p.3.