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Les panthéonisés du 27 mai

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Les panthéonisés du 27 mai
By Cabby (Own work) [<a href="http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0">CC BY-SA 3.0</a>], <a href="https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3ALe_D%C3%B4me_du_Panth%C3%A9on_(Paris).jpg">via Wikimedia Commons</a>

Une fois de plus a été confirmée l’assertion pleine de finesse de Jacques Bainville : « La République enterre bien ». Régulièrement les présidents de la République font travailler leurs équipes pour établir des listes de gens courageux dignes d’un hommage national au Panthéon. Mais avec une condition limitative : n’entrent dans la nécropole dédiée aux « grands hommes », « par la patrie reconnaissante » que ceux qui ont servi la République.

On remarque qu’il y a peu de militaires mais plutôt des politiques, des écrivains socialisants. [1. A part les écrivains ayant inspiré les révolutionnaires (Voltaire, Rousseau…) on n’y trouve aucun des grands auteurs classiques, ni les compositeurs, artistes, etc.] Aux yeux des gouvernements, les héros ne courent pas les rues. Depuis quelques années, on nous a expliqué à maintes reprises que l’histoire « nationale » (adjectif déjà douteux à éviter) ne commençait même pas en 1789. Certes les poilus de 14-18 ont, jusqu’aux derniers, été justement fêtés, voire décorés.

Mais on sentait des réticences. Il n’était pas question d’évoquer ceux qui se firent tuer pour la France dans les rizières ou les djebels, encore moins les colons, les ingénieurs, les médecins, les instituteurs, les missionnaires… qui accomplirent des travaux –au sens herculéens- utiles au plus grand nombre…sauf pour dénoncer le colonialisme honni, tout en exigeant la repentance continuelle.

Non, après avoir bien « épluché le salsifis » dans tous les sens, les gouvernants estimèrent que l’histoire nationale commençait non au début de la seconde guerre mondiale, mais le 18 juin 1940. Les seuls Français dignes d’admiration furent les résistants. Ce que disent d’ailleurs les livres, les documentaires, les films. L’ennui c’est que la Résistance ne fut pas monolithique. Elle fut traversée de courants, de tendances, de partis, d’individualités contrastées et de vives rivalités. Il n’empêche. Le gisement des grands hommes se trouvait là.

C’est pourquoi, furent mis cette année au Panthéon deux « grands hommes » et deux   « grandes femmes » répondant aux critères. Le 27 mai dernier, comme cela avait été prévu depuis des mois, furent donc présentés quatre cercueils portant les noms des « héros » choisis. L.F. en a déjà parlé, je n’y reviens pas. Chantal Delsol a fort bien parler de cette canonisation laïque [2. « Il faut vraiment se trouver dans la continuité de 1793 pour penser que c’est le gouvernement qui désigne les saints » (Valeurs actuelles, n°4097)] qui singe les cérémonies religieuses tout en employant les formules de la Convention. Ce qui peut faire « tiquer » des hypercritiques aux non-dits réactionnaires honteux voir nauséabonds, c’est l’aspect matériel de la cérémonie.

Je m’explique. On a montré, déplacé et inhumé quatre cercueils aux contenus parfois incertains. Déjà Jean Moulin entré au Panthéon en 1964 avait posé des problèmes. Ce fut De Gaulle qui décida d’utiliser des cercueils, plus émouvants pour les cérémonies. Le corps de Moulin ne fut pas identifié avec certitude et son cercueil contient du sable pris sur ses cendres présumées. Pour Antoine de Saint- Exupéry, faute de corps, son cercueil fut laissé vide. Ce sont donc plus exactement des cénotaphes. Revenons aux courageux honorés et à ce que contiennent leurs cercueils.

Ceux de Mesdames Germaine Tillon et Geneviève Anthonioz-De Gaulle, étaient vides car leurs familles s’étaient opposées à leur exhumation des cimetières familiaux. De la terre prise dans ces cimetières fut donc néanmoins placée dans les cercueils.

Pour les hommes, l’affaire est plus hésitante. Pierre Brossolette fut en effet un chef remarquable et ce rival de Moulin préféra mourir plutôt que de parler sous la torture. En 1944, les Allemands placèrent ses cendres et celle d’un autre jeune homme au Père Lachaise. Seulement l’urne n’avait ni nom, ni numéro. Sa fille dit pourtant qu’elle était sûre de s’être recueillie sur la tombe de son père.

Pour Jean Zay, les media n’ont pas parlé de l’opposition très vive dont ce choix fut l’objet de la part des quelque 30 associations d’anciens combattants et de militaires. La Saint-Cyrienne en tête. Outre ses poèmes orduriers sur le drapeau, lui était reprochée une partie de son rôle politique. Après bien des tribulations, son cadavre a été identifié (grâce à sa fiche dentaire et des mensurations données par son tailleur). Il a donc été le seul sur les quatre à être inhumé au Panthéon.

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