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Marine Le Pen constitue un groupe au Parlement européen

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Marine Le Pen constitue un groupe au Parlement européen
<a href="https://flic.kr/p/4Koa4A" target="_blank">Marine Lepen</a> par <a href="https://www.flickr.com/photos/ernest-morales/"target="_blank">Ernest Morales</a> - <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/"target="_blank"> Creative Commons</a>

Il aura fallu attendre plus d’un an après les élections européennes de mai 2014 pour que Marine Le Pen annonce, le 16 juin 2015, la constitution d’un groupe au Parlement européen, baptisé « Europe des Nations et des Libertés ». Rappelons qu’il fallait 25 députés de 7 nationalités pour former un groupe et que le Front National, fort de son succès en 2014 (24 élus), peinait à trouver six autres nationalités. Il est vrai que Marine Le Pen, lancée dans une vaste entreprise de « dédiabolisation » tant au niveau national qu’européen, refusait toute alliance avec des formations réputées extrémistes comme les grecs néo-nazis d’Aube Dorée, l’élu allemand du NPD ou le parti hongrois Jobbik. Le British National Party (BNP), allié du FN dans l’ancienne législature, n’avait pas eu d’élus en raison du succès de UKIP, le parti anti-européen de Nigel Farage.

Le nouveau groupe, coprésidé par Marine Le Pen et Marcel de Graaf, du PVV néerlandais, est constitué du Front National avec 21 élus [1. Le FN avait perdu très rapidement Madame Joëlle Bergeron, élue de la région Ouest, qui permettait à Nigel Farage de constituer un groupe en lui donnant une septième nationalité ; il se prive maintenant de Jean-Marie Le Pen, considéré comme persona non grata lors de la constitution du groupe, et de Bruno Gollnisch qui a refusé d’en faire partie par solidarité avec le vieux chef !], des alliés traditionnels du FN, le PVV néerlandais (Parti de la liberté) de Geerts Wilders avec 4 élus, du FPÖ autrichien de Christian Strache avec 4 élus, de la Ligue du Nord italienne d’Umberto Bossi avec 5 sièges et du Vlaams Belang belgo-flamand de Gerolf Annemans avec 1 siège, littéralement phagocyté par le NVA flamand de Bart de Wever. Les nouveaux venus sont une dissidente de UKIP, la formation britannique anti-européenne, Madame Janice Atkinson, exclue en mars 2015 de son parti pour « des soupçons graves de nature financière » et 2 députés polonais du KPN (parti de la nouvelle droite), MM. Marusik et Zoltek. Le nouveau groupe comprend 38 députés de 7 nationalités et devient le plus petit groupe du Parlement européen, le 8e par ordre d’importance. Il vient grossir le nombre des eurosceptiques, après le groupe « conservateurs et réformistes européens » dominé par les conservateurs britanniques et le groupe « Europe de la liberté et de la démocratie directe » dominé par UKIP, le parti de Nigel Farage. Marine Le Pen, à l’issue de ces longues négociations, déclarait :

Nous voulions être exigeants et ce résultat est évidemment une très bonne nouvelle pour le FN et une très mauvaise pour nos adversaires … Contrairement à Nigel Farage de UKIP, nous n’étions pas prêts à prendre n’importe qui.

Le secrétaire général du groupe devrait être Ludovic de Danne, ancien assistant parlementaire de Carl Lang et conseiller de Marine Le Pen pour les affaires européennes. Il pense que le groupe pourrait s’élargir à d’autres députés dans un avenir proche. Ce groupe donnera à Marine Le Pen à la fois des moyens financiers supplémentaires (plusieurs millions d’euros par an !) et une visibilité certaine à l’intérieur et hors du Parlement européen. Les députés du groupe pourront déposer des amendements en séance plénière, assister à la conférence des présidents de groupe qui fixe l’ordre du jour des sessions et les grandes orientations du Parlement européen (PE), avoir des Présidents ou vice-présidents de commissions parlementaires, être rapporteur de textes législatifs, avoir plus de temps pour les explications de vote, faire des réunions de groupe à l’étranger avec interprètes, engager des fonctionnaires aux frais du PE et avoir des bureaux supplémentaires, avoir une voiture de fonction, etc. Au-delà du succès de l’opération et des avantages inhérents à la constitution du groupe, il convient de se poser légitimement certaines questions. L’opération « normalisation » n’a, pour l’instant, pas fonctionné au sein du PE. Le « cordon sanitaire » que Marine Le Pen voulait faire sauter, en sacrifiant Jean-Marie Le Pen sur l’autel du politiquement correct, fonctionne toujours malgré ses déclarations sur la laïcité ou en direction de la communauté juive.

Comment interpréter l’absence dans le groupede Jean-Marie le Pen, Bruno Gollnisch et, provisoirement Aymeric Chauprade ?

Aymeric Chauprade [2. Aymeric Chauprade, auteur de plusieurs ouvrages de géopolitique (dont Chronique du choc des civilisations, Ed. Chronique 2013) qui font autorité, avait été scandaleusement exclu de l’Ecole de guerre, à la suite de la dénonciation d’un journaliste de gauche. La même mésaventure vient d’arriver à Bernard Lugan qui donnait un enseignement sur l’Afrique aux écoles de Saint Cyr-Coëtquidan. La liberté d’expression est évidemment à sens unique, toute opinion dissidente étant prohibée et même sanctionnée ! (voir notre n° 697, mai 2015).] qui avait accompagné récemment Marine Le Pen en Egypte n’a pas signé, pour l’instant, son adhésion au nouveau groupe, étant en mission avec le PE aux îles Fidji. Rappelons qu’à la suite de ses déclarations sur une « cinquième colonne » qu’auraient constitué les musulmans en France, Marine Le Pen lui avait retiré la présidence de la délégation française du FN au PE. Il avait été remplacé, à ce poste, par Edouard Ferrand, conseiller régional de Bourgogne, dont la notoriété est inexistante mais qui est un « mariniste » servile. Chauprade avait, en outre, perdu la responsabilité des Affaires étrangères. Quant à Jean-Marie Le Pen, suspendu du FN, dans les conditions que rappelle Claude Beauléon dans le dernier numéro de Lectures Françaises (juin 2015), il est victime d’un procès en sorcellerie et sert de « bouc émissaire », de « caution » à tous ceux qui veulent intégrer le système et normaliser le Front National, en commençant par changer son nom ! Exclure Jean-Marie Le Pen du nouveau groupe, c’est plus qu’un crime, c’est une faute. Lui qui, dès 1984, permettait au FN, par son talent et ses idées, d’avoir, pour la première fois, un groupe parlementaire au PE avec 10 députés, ne méritait pas un tel traitement de paria. Si Madame Le Pen est aujourd’hui à la tête d’un groupe, elle le doit essentiellement à Jean-Marie Le Pen et à ses amis qui ont forgé, au cours de ces nombreuses années, une doctrine politique sur le plan européen et permis à la droite nationale de labourer le terrain et de se faire connaître dans toute l’Europe avec le fameux slogan : « Nationalistes de tous les pays, unissez-vous ! ». Un peu de reconnaissance ne serait pas superflu dans ce monde sans foi ni loi qui brûle ce qu’il a adoré avec un esprit partisan et à courte vue détestable. Quant à Bruno Gollnisch, ancien président du groupe ITS (Identité, Tradition, Souveraineté) au PE, il a le courage d’affirmer : « Je ne serai pas membre d’un groupe parlementaire qui n’a pas été proposé à Jean-Marie Le Pen. C’est une certaine conception de l’honneur ». Malmené par la famille Le Pen, Bruno Gollnisch réalise, à ses dépens, qu’il a servi de caution à la branche catholique et traditionnelle du FN. Ayant beaucoup donné, il peut être liquidé comme un vulgaire transfuge. Homme de grande culture, il pourra méditer sereinement l’adage latin : « Sic transit gloria mundi ». Dernier point et non des moindres : Marine Le Pen a intérêt à clarifier rapidement et même normaliser la situation des assistants parlementaires payés sur fonds européens mais travaillant à Nanterre au siège du FN. L’OLAF (Office de Lutte Anti-Fraude de l’Union européenne) a ouvert une enquête préliminaire sur dénonciation de la Présidence du PE. A moins de 2 ans de l’élection présidentielle, les adversaires du FN ne lui feront aucun cadeau, surtout s’il transgresse les règlements qu’il est censé appliquer. Il est parfois des victoires plus difficiles à gérer que des défaites en n’oubliant jamais que la Roche Tarpéienne est proche du Capitole.

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