Brexit : fin de partie provisoireBrexit : fin de partie provisoire

Le 31 janvier 2020 [1], le Royaume-Uni (RU) a, enfin, quitté l’Union européenne (UE) après 3 ans et demi d’un psychodrame marqué par une série de rebondissements, de votes contradictoires aux Communes, d’avancées, de reculs, de reports, de palinodies de la part de Theresa May depuis le fameux referendum du 23 juin 2016. Revenons un peu en arrière pour mieux comprendre la situation actuelle.

Début 2013, David Cameron, Premier ministre conservateur, rend officiel son projet de referendum sur la sortie de l’UE pour prendre de court les eurosceptiques de son parti, particulièrement remontés contre les empiétements progressifs de Bruxelles. Il en fait, du reste, l’un des thèmes principaux de sa campagne législative de 2015 qu’il remporte. L’idée de Cameron était simple : les Anglais ont un pied dans l’UE, un autre en dehors. En effet, ils appliquent le marché intérieur unifié, ont obtenu l’élargissement de l’Europe vers l’Est sans approfondissement pour « tuer » l’Europe politique mais, à l’inverse, ils ont obtenu des clauses dérogatoires aux Traités : ils n’ont pas l’euro, la monnaie unique (s’ils l’avaient eu, leur retrait aurait été beaucoup plus difficile), ils ont obtenu et conservé un rabais sur leur contribution financière au budget européen, ils n’appliquent pas la Convention de Schengen sur la politique migratoire de l’UE ni certaines dispositions relatives à la politique sociale. Bref, ils avaient, pensaient leurs dirigeants, tous favorables à la tenue d’un referendum, atteint ce point d’équilibre qui leur permettait de tirer le meilleur parti de leur appartenance à l’UE.

Les raisons du Brexit

Las, le peuple britannique, malgré la désinformation médiatique, la propagande anti-Brexit, a fait mentir tous les pronostics : 52 % pour le Brexit contre 48 % avec une forte participation de 72,2 %. Le peuple des ouvriers, des classes moyennes (menacées d’être déclassées, comme en France), des laissés-pour-compte, en particulier des anciennes régions industrielles, a voté pour le Brexit, contre les élites mondialisées et les media conformistes. À l’inverse, l’Écosse, à une large majorité, l’Irlande du Nord (l’Ulster) à une plus faible majorité [2] et le Grand Londres, bobo, métissé et mondialisé, ont voté contre le Brexit. Les raisons principales du Brexit sont connues mais il convient de les rappeler. On peut les résumer à trois : la défense de la souveraineté et son corollaire, le contrôle total des frontières, la mondialisation qui a détruit les vieilles régions industrielles [3] et, bien sûr, le contrôle de la politique d’immigration (européenne et extraeuropéenne) surtout après le contre-exemple allemand de 2015 où Madame Merkel avait fait venir en Allemagne plus d’un million d’immigrés, essentiellement d’Irak et de Syrie. Pour les Anglais, toujours pragmatiques et opportunistes, l’Europe n’apparaissait plus comme un continent d’avenir mais comme un «has been » pour utiliser un terme anglais.

Ayant défendu le non au Brexit, Cameron n’avait plus qu’à partir pour laisser la place à Theresa May qui était restée dans une prudente réserve. La seule question qui se posait après le vote était la suivante : ce vote populaire allait-il être respecté par les autorités européennes, Commission européenne en tête, ou bien torpillé comme le fut le vote des Français en mai 2005 [4] sur la Constitution européenne ? La négociation dura 3 ans et demi par la faute des Britanniques qui, par leurs maladresses, imputables essentiellement à Theresa May, facilitèrent la tâche de Michel Barnier et de son équipe, négociateur intransigeant, mandaté par les 27.

La confusion semée par Theresa May

D’après l’article 50 du Traité sur l’UE (TUE), le Royaume-Uni avait 2 ans pour se retirer de l’UE à partir de sa notification au Conseil européen. Madame May l’ayant fait en mars 2017, l’échéance tombait le 29 mars 2019. Ce qui apparaissait relativement long était, en fait, extrêmement court pour régler des problèmes aussi complexes et explosifs que la frontière entre les deux Irlande (Eire et Ulster), le sort des expatriés (3,6 millions d’étrangers vivent au RU) , l’accord de libre-échange ou les relations futures entre le Royaume-Uni et l’UE. Il convenait de régler les 600 accords qui avaient été signés par le Royaume-Uni en 46 ans de présence au sein de l’Europe. Vaste programme !

Les palinodies et les hésitations de Theresa May n’arrangeaient rien ; elle passait d’une position dure : plutôt une sortie (de l’UE) sans accord qu’un mauvais accord, le fameux «no deal » à une position contraire : plutôt un mauvais accord qu’une sortie sans accord. Pour aggraver les choses, Theresa May provoquait des élections législatives en juin 2017 où elle perdait la majorité absolue, devenant l’otage de 10 députés unionistes d’Irlande du Nord (le parti DUP fondé par le pasteur Ian Paisley). La plus grande confusion régnait dans les esprits, plus personne n’y comprenait rien. Les Anglais étaient moqués, humiliés par toute l’Europe pendant que la Commission de Bruxelles et l’UE comptaient les points. C’est à ce moment-là que les travaillistes et les pro-européens du parti libéral proposèrent un second referendum pour sortir de la crise ou, à tout le moins, un report de la date butoir afin d’arriver à un accord acceptable par les deux parties. Un accord, défavorable aux Anglais, est finalement trouvé le 15 novembre 2018 mais il est immédiatement contesté par les « durs » du parti (les Brexiters) et le 15 janvier 2019, ce qui devait rester comme un vote historique à la Chambre des Communes se solde par un revers cinglant : l’accord de sortie difficilement négocié par Madame May est repoussé par 430 voix contre 202, les ultras des deux camps se rejoignaient pour des raisons opposées. En mai 2019, les Anglais n’ayant toujours pas quitté l’Europe, votaient pour les élections européennes et c’était un triomphe pour le parti de Nigel Farage, baptisé Brexit. Vision surréaliste, les 73 députés britanniques élus à Strasbourg ne savaient pas combien de temps ils resteraient en place.

La victoire de Boris Johnson

Bien qu’ayant réussi, avec l’accord des chefs d’État et de gouvernement, à repousser deux fois la date de sortie de l’UE (12 avril 2019 puis 31 octobre 2019), Madame May, lâchée par les siens, n’avait plus qu’à démissionner. La suite est connue. C’est Boris Johnson (surnommé Bojo), ancien maire de Londres et ancien ministre de Theresa May, le champion du Brexit en 2016 qui devenait Premier ministre fin juillet 2019. C’était la revanche de Bojo sur les apparatchiks du parti conservateur. Mais le brillant Premier ministre, ancien d’Oxford, n’était pas au bout de ses peines. En septembre 2019, il avait voulu suspendre provisoirement le Parlement britannique récalcitrant mais cette mesure avait été cassée par la Cour suprême britannique, jeune institution créée en 2005. En outre, il croyait avoir fait le plus dur en signant le 17 octobre 2019 avec Michel Barnier, représentant des 27 et la Commission européenne, un accord bien plus favorable aux Britanniques (…)

Olivier DESTOUCHES

Extrait du n° 755 (mars 2020) – Pour lire la suite de cet article, commandez ce numéro ou abonnez-vous !

[1] – Le Royaume-Uni avait adhéré à la CEE en 1973.

[2] – L’Écosse a voté à 62 % contre le Brexit et l’Irlande du Nord à 56 %

[3] – Aux élections législatives de décembre 2019, les anciennes régions industrielles du nord de l’Angleterre ont voté conservateur.

[4] – Voir notre n° 578, juin 2005 : « La France a dit NON ! à la constitution européenne ».

 

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