1970 : Servan-Schreiber au secours du Parti radical, ou Turlupin à l’assaut du pouvoir1970 : Servan-Schreiber au secours du Parti radical, ou Turlupin  à l’assaut du pouvoir

La France souhaite être gouvernée au centre », avait déclaré Valéry Giscard d’Estaing en présentant au public son livre-programme Démocratie française (14 octobre 1976). Contrairement à ce que voulait alors donner accroire le président VGE, élu contre l’union de la gauche en tentant de contrer à droite la fronde néo-gaulliste menée par Chirac, cette présumée volonté des Français d’être gouvernés « au centre » était, et demeure, avec Emmanuel Macron et le macronisme, une vieille lune de la vie politique française.

Elle correspond probablement chez les Français à l’inavoué et impossible deuil de la figure du roi, gouvernant et rassemblant la France et les Français contre les grands féodaux et les intérêts partisans. Mais dès lors que la monarchie a fait place à la démocratie et donc à l’inévitable régime des partis, le centre n’est tout au mieux qu’un parti de plus, et généralement le conglomérat des gauches d’hier et d’avant-hier, rejetées vers le centre des hémicycles par des gauches plus résolument à gauche et avant que de devenir la « droite » d’après-demain. Pour ceux qui se retrouvent au centre de l’échiquier partisan, il importe d’en tirer profit et de personnifier aux yeux des Français le désir de rassemblement. Selon les clientèles ou selon l’air du temps, il y en a pour tous les goûts. Le César botté pour tous les Ratapoils. Le Cicéron républicain pour les sourcilleux de la République. Le magicien des finances, pour les petits épargnants. Et le Kennedy français, pour les cadres dynamiques.

Lorsque vint à se profiler la succession du César de Colombey, on vit fleurir au centre les Kennedy français. De la tentative avortée de « Monsieur X » à VGE, l’ascension du pouvoir par la face centre connut un pic de fréquentation. La recette était généralement la même : incarner tout à la fois l’alternance par rapport au gaullisme finissant et l’alternative par rapport à la menaçante union de la gauche socialo-communiste ; s’appuyer sur une structure partisane du centre gauche ou du centre droit ; soigner sa communication ; représenter la clientèle de L’Express et autres faiseurs d’opinions des énièmes « nouvelles couches sociales ». En 1965, Jean Lecanuet, chef de file du Centre démocrate, avait été le Kennedy « aux dents blanches » des démocrates-chrétiens et des modérés, mais il échoua à transformer l’essai. S’appuyant sur le centre droit, Giscard y parvint en 1974. Au tournant des années 1970, on vit apparaître sur le marché un nouveau Kennedy français en la personne du sémillant journaliste et patron de presse Jean-Jacques Servan-Schreiber (1924-2006), surnommé J-J S-S : le fondateur et maître de L’Express. (…)

Vincent CHABROL

Renaissance ou mort du radicalisme ? No 155 de mars 1970 [1]

Le vieux parti qui domina la IIIe République et végéta sous la IVe, va-t-il rajeunir sous la Ve ? Ou, au contraire, le remède du docteur Jean-Jacques Servan-Schreiber précipitera-t-il sa fin ?

Nos confrères de droite et de gauche ont analysé, prôné ou critiqué le fameux « programme de Wagram » qui sera présenté au monde sous la forme d’un livre intitulé, en toute modestie : « Ciel et terre » [2].

Pour Réforme, le nouveau secrétaire général du Parti radical-socialiste propose un mariage de la carpe et du lapin : « On aurait préféré à cette utopie technocrate, écrit M. Daniel Bruneton, une œuvre plus vaste, plus “radicale”, s’attaquant aux maux profonds de notre société industrielle. »

« Maints passages de ce document, explique M. Gabriel Bergougnoux dans Témoignage chrétien, nous paraissent péniblement naïfs, typiquement néo-capitalistes ou d’une étrange banalité. » […]

« Ce projet, estime Pierre Pujo, d’Aspects de la France, repose sur une philosophie politique fausse, celle-là même d’une démocratie teintée des couleurs de la technocratie. Il prétend libérer l’homme, mais, en poursuivant le vieux rêve de l’égalité, il l’asservit en réalité davantage. L’État que nous annonce Jean-Jacques Servan-Schreiber serait une dictature effroyable. » (…)

Henry COSTON

Extraits du n° 755 (mars 2020) – Pour lire l’intégralité de cet article, commandez ce numéro ou abonnez-vous !

[1] – Ce numéro est encore disponible au prix de 6,50 € l’unité.

[2] – Publié par un grand éditeur parisien, filiale de Gallimard.

 

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Histoire du parti radical
1970 : Servan-Schreiber au secours du Parti radical
Le procès de la démocratie

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