L’anti-Soros qui veut fédérer les droites populistes en Europe

Lu dans Présent du 26 juillet 2018. Il est américain comme Soros et il veut faire à droite ce que le spéculateur d’origine juive hongroise a fait à gauche : soutenir les organisations conservatrices et populistes. On ne mettra pas ici « populistes » entre guillemets puisqu’il revendiquait fièrement cette appellation lors du dernier congrès du Front national, devenu Rassemblement national, où il est intervenu en tant qu’invité spécial. Nous parlons ici du catholique sans complexe Steve Bannon, l’homme du site phare de la droite alternative américaine Breitbart News auquel on attribue au moins une partie du succès électoral de Donald Trump et qui voit en Soros un homme « malfaisant mais brillant ». Devenu conseiller spécial du nouveau président américain, il avait été limogé l’été dernier, mais avait estimé qu’il pouvait faire plus pour le retour de la droite nationale, et aujourd’hui des droites nationales, hors de la Maison blanche.

« L’histoire est de notre côté » « L’histoire est de notre côté et va nous mener de victoire en victoire. Vous faites partie d’un mouvement mondial qui est plus grand que la France, plus grand que l’Italie, plus grand que la Hongrie, plus grand que tout ça. L’histoire est avec nous, c’est pour ça qu’ils ont tellement peur de vous », avait lancé aux frontistes français en mars (voir Présent du 13 mars) cet homme qui estime qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel sont aujourd’hui les deux grandes figures vulnérables de l’Establishment européen.

De l’aveu même de Bannon, interrogé la semaine dernière par le site américain The Daily Beast, c’est au congrès du FN qu’il a eu l’idée de fédérer les droites nationales européennes disparates, en leur apportant un soutien financer et de l’expertise. « Je n’avais pas eu cette idée jusqu’à ce que Marine Le Pen m’invite à prendre la parole à Lille au Front national. Je lui ai dit : que voulez-vous que je dise ? ». Et Marine Le Pen lui aurait alors répondu : « Tout ce que vous avez à dire, c’est que nous ne sommes pas seuls. »

Le projet de Steve Bannon pour l’Europe, c’est de créer une fondation appelée The Movement (le Mouvement) pour susciter une révolte populiste à travers tout le continent, un peu à la manière dont la fondation OSF de George Soros cherche à imposer sa vision d’une société sans frontières multiculturaliste et libérale-libertaire. La fondation de Bannon veut pouvoir mettre des ressources en commun, encourager des réflexions, coordonner des études, fédérer des projets et assister les mouvements de droite qui surgissent un peu partout en Europe avec souvent trop d’amateurisme et pas assez de moyens.

Pour les élections au Parlement européen du printemps prochain, il vise à favoriser l’émergence d’un bloc populiste qui pourrait rassembler au moins un tiers des députés. Le siège de The Movement sera à Bruxelles. Comme modèle à suivre pour les leaders des droites nationales européennes, Bannon met en avant le succès de Salvini en Italie. Il est persuadé que la méthode Salvini fonctionnera aussi dans les autres pays européens. Or Matteo Salvini a justement annoncé il y a quelques semaines qu’il voulait faire de la Ligue un mouvement européen et il annonçait vendredi dernier son intention « de rassembler les partis qui formeront la nouvelle majorité au Parlement européen ».

Début juin, le nouvel ambassadeur des États-Unis en Allemagne, lecteur assidu du site Breitbart et admirateur du jeune chancelier autrichien Sebastian Kurz, suscitait la colère des élites outre-Rhin en promettant lui aussi de soutenir les vraies droites en Europe.

On peut bien sûr y voir de nouvelles ingérences américaines, mais avec désormais les Soros et les anti-Soros, ces ingérences ont au moins le mérite de devenir plus équilibrées qu’à l’époque de Barack Obama.

Par Olivier Bault

 

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