Quand Buisson réécrit « Les Manants du roi »

Lu dans Présent du 20 juillet 2018. Les manants du roi est l’un des meilleurs livres de La Varende. Par le biais de onze nouvelles, il nous raconte de façon romancée différents épisodes de l’épopée royaliste, survenus entre 1793 et 1950 (paradoxalement, le livre fut écrit en 1936 !). On rêverait, aujourd’hui, d’un livre de même facture, nous racontant « les aristocrates de l’identité », par exemple.

Patrick Buisson, lui, pour la chaine Histoire, a repris cet excellent titre, pour nous raconter purement et simplement l’histoire des guerres de Vendée, cet épisode terrible qui ravagea une région, entre 1793 et 1796, et fit 180 000 victimes chez les Vendéens. Il a donc réalisé un film, avec l’aide de Guillaume Laidet, film projeté le 28 juin dernier au Grand Rex, à Paris, puis présenté sur la chaine Histoire.

Plus que d’un film, il s’agit d’une « docufiction », une sorte de reconstitution très étudiée, très fidèle a la réalité historique, en tout cas pour tous les propos mis dans la bouche de six excellents acteurs. Les textes ont d’ailleurs été fignolés par Michel Chamard. C’est un travail très réussi, d’une rare intelligence. Quant aux acteurs, ils sont tellement bons qu’on aimerait pouvoir le leur dire de vive voix, suivre leur carrière, les voir jouer à nouveau. Une mention toute spéciale pour Stanislas de La Tousche, Alain Pochet, Jean-Pierre Leroux et Jean-Louis Cassarino, qui s ‘identifient formidablement à leurs personnages, héros ou salauds : le vieux chouan, le curé réfractaire, le révolutionnaire, le bourgeois accapareur de biens nationaux, etc. Notons que sur la scène du Grand Rex, les acteurs — tous présents, à l’exception de Delphine Depardieu, en arrêt maternité — ont rendu un chaleureux hommage à Patrick Buisson, à son érudition, et à sa façon de diriger l’équipe, pour la réalisation du film.

Il faut dire que Buisson ne découvrait pas la guerre de Vendée à travers ce projet de réalisation. Il avait publié quelques mois plus tôt, une Grande Histoire des guerres de Vendée. Et l’écriture du scenario du film en avait été facilitée d’autant.

« Sur ma mobylette, avec le guide rouge de l’abbé Billaud »

Il est d’ailleurs exact que le film nous permet de mieux comprendre cette guerre, qui fut cachée pendant près de deux siècles, ou racontée de façon orientée (rappelons-nous le « Bara, enfant soldat » de nos livres d’histoire de l’école primaire), mais qui est aussi une guerre compliquée, avec sa part de trahisons, de revirements, de disputes et d’erreurs.

Patrick Buisson, extraordinaire touche-à-tout, à la culture quasiment diabolique, tant elle est vaste, a eu l’occasion d’expliquer, dans Le Courrier de l’Ouest, comment il en était venu à s’intéresser aux guerres de Vendée : « Cette histoire me touche depuis que j’ai l’âge de 16 ans, dans les années 1960 […]. Un jour, je suis parti sur ma mobylette, avec le guide rouge de l’abbé Billaud pour voir tous les lieux de la mémoire des guerres de Vendée. »

Il se trouve que ce petit guide d’une centaine de pages, avec sa couverture toilée caractéristique, mon père me l’avait offert, et nous avons visité tous les deux, lors de vacances à La Baule, en 1968, le pays de Retz, ces mêmes lieux décrits par Buisson !

Les jeunes gens d’aujourd’hui ont plus de chances ou du moins plus de facilités qu’à l’époque. Les guerres de Vendée sont sorties du non-dit de l’histoire, grâce à Philippe de Villiers, grâce à la visite de Soljenitsyne, grâce a Reynald Secher et quelques autres, grâce aux Vendéens d’abord, qui se sont réapproprié leur histoire. Des panneaux, des itinéraires, jalonnent à présent les sites. Et pour ceux qui séjourneront cet été en Vendée, il y aura en outre la possibilité de voir le film de Buisson, projeté dans les salles de cinéma de la région. Une magnifique mise en jambes », avant le grand parcours, sur les pas des héros de l’épopée vendéenne.

Par Francis Bergeron

 

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Vendée, du génocide au mémoricide
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