Seehofer se tourne vers l’Autriche et l’Italie pour arrêter l’immigration.

Lu dans Présent du 10 juillet 2018. Le ministre allemand de l’Intérieur, le Bavarois Horst Seehofer (CSU), s’est certes dit satisfait de l’accord obtenu la semaine dernière avec la chancelière Angela Merkel (CDU), y compris après sa dilution sous la pression des sociaux-démocrates (SPD) membres de la coalition gouvernementale. En effet, ceux-ci ne voulaient pas entendre parler de « centres de transit » à la frontière avec l’Autriche pour faire le tri entre immigrants illégaux et refouler ceux qui ont déjà été enregistrés dans un autre pays de l’UE ou qui se sont déjà vu refuser l’asile. Finalement, ces « centres » seront localisés dans les locaux de la police et cela ne devrait concerner que quelques personnes par jour. Berlin a également promis à l ‘Autriche de ne rien faire à ses dépens, c’est-à-dire de ne pas se mettre à renvoyer des immigrants en Autriche sans avoir signé un accord avec Vienne pour régler cette question. Car depuis le sommet européen des 28 et 29 juin qui n’a pas permis d’avancer sur la réforme du règlement de Dublin, ce sont des accords bilatéraux qu’Angela Merkel cherche à obtenir avec ses partenaires européens pour régler le problème de l’immigration secondaire, c’est-à-dire des déplacements d’immigrants illégaux entre pays de l’UE.

N’ayant donc finalement pas pu véritablement régler cette question chez lui, Seehofer se tourne vers le chancelier autrichien Sebastian Kurz et le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini pour fermer la route de la Méditerranée centrale comme cela a été fait, sans passer par Bruxelles, pour la route des Balkans début 2016. Le ministre allemand l’a fait savoir jeudi après sa rencontre avec Kurz, en annonçant pour cette semaine une rencontre entre les ministres de l’Intérieur des trois pays. Il n’est pas sûr toutefois que Salvini accepte la demande de Seehofer de reprendre les immigrants arrivés par l’Italie. En revanche, le ministre italien de l’Intérieur a annoncé ce week-end qu’il souhaitait discuter lors de la rencontre jeudi des ministres de l’Intérieur de l’UE à Innsbruck, en Autriche (qui préside pour six mois le Conseil de l’UE), de la question du débarquement en Italie des « migrants » récupérés en mer par les navires militaires non italiens de la mission européenne EUNAVFOR MED (opération Sophia). L’exigence de Salvini sera que les immigrants clandestins récupérés par les navires d’autres pays européens ne soient plus débarqués en Italie. La ministre de la Défense, qui appartient au Mouvement 5 étoiles (M5S), a toutefois réagi à l’annonce du chef de la Ligue en rappelant que la question des navires militaires et de l’opération Sophia – sous commandement italien – relevait de ses compétences et pas de celles de Salvini. Des scissions au sein du gouvernement italien sur la question de l’immigration ne sont donc pas à exclure, mais Salvini compte bien aller de l’avant et mettre le sujet sur la table jeudi prochain, ainsi qu’il l’a confirmé à une fête de son parti dimanche.

Angela Merkel estimait jeudi à l’issue d’une rencontre à Berlin avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban que l’Europe devait certes protéger ses frontières, mais sans devenir « une sorte de forteresse » et en faisant preuve d’humanité vis-à-vis des arrivants. Ce à quoi le Hongrois lui a rétorqué : « Si nous voulons agir humainement, alors il ne faut pas créer d’appel d’air. Et pour cela, il n’y a qu’une solution : fermer les frontières et apporter de l’aide dans les pays d’origine. »

Par Olivier Sault

 

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