Enfin des solutions pour les crises sociales : les appels du généreux Borloo

Un des défauts de notre prestigieuse nation, reconnaissons-le, est l’ingratitude. Plongés dans des manifestations variées – de grévistes, d’étudiants, de casseurs professionnels –, dans des contraintes quotidiennes de transports, dans les soucis récurrents de coexistence avec des exogènes peu amènes, nos concitoyens des villes s’en prennent facilement aux policiers, aux professeurs, aux administrations, aux politiciens. Chacun sait que, dans les enquêtes d’opinion, les journalistes rejoignent les hommes politiques dans les plus mauvais résultats. Il est vrai que les uns, comme les autres, sont considérés comme – osons le mot – des paltoquets, voire des menteurs au service d’intérêts obscurs. Cependant il faut prendre en compte certaines personnalités qui, « interpellées quelque part » par les grands sujets, ont su prendre le vent de la modernité, notamment dans la compassion pour les migrants dans leurs diverses métamorphoses et exigences. Parmi ces visionnaires, arrêtons-nous sur un de ces frères de la Charité parfois un peu brouillons, qui ont traversé notre époque en passant pour des hommes de bons conseils. Vérifions avec M. Jean-Louis Borloo.

Cet homme politique centriste a eu des mandats électoraux avant d’être, avec quelques éclipses depuis les années 1980, membre de nombreux gouvernements, de Mitterrand à Sarkozy. Ce printemps, avec le soutien enthousiaste des maires concernés, il a proposé au président Macron un nouveau plan social en direction des « banlieues », sources de nombreuses dérives, violences et de trafics mortifères. Oui, depuis une trentaine d’années, M. Borloo est en effet persuadé qu’un plan d’aide peut, sinon régler les difficultés, du moins manifester la bonne volonté de son concepteur.

Né à Paris en 1951, il effectua de bonnes études (en économie) avant de se spécialiser comme avocat du droit des faillites. Certains jaloux voient dans cette activité l’origine d’une solide fortune. Quoi qu’il en soit, il dirigea un cabinet d’une cinquantaine de personnes et acquit un des plus gros carnets d’adresses du monde politique, médiatique et économique, pas seulement français. Il fut conseiller de Bernard Tapie, de Vincent Bolloré, Henri Morel, etc. Il entra en politique en se présentant à des élections dans le Nord après avoir fait un examen méthodique des villes « prenables ». Il devint donc maire de Valenciennes et le resta de 1989 à 2002.

Familier des « coups de g… », il s’en prenait aux technocrates et se flattait de soutenir la « France réelle » ! Il devint député (Parti radical puis UDI), ministre (de 2002 à 2010). À la suite d’ennuis de santé, il démissionna en 2014 de ses différents mandats politiques. Il a été – et reste – très critiqué pour ses méthodes, sa gouaille souvent vulgaire. Déjà, il y a vingt ans, Philippe Séguin dénonçait sa « politique d’esbroufe, d’imposture, des années fric, des années de strass et de paillettes » (Le Point, 04/08/1998). M. Borloo tint à prendre des positions progressistes : il se déclara favorable au vote des étrangers, pour, a-t-il précisé, « faciliter l’intégration ». Ayant montré ses capacités à Valenciennes alors en grandes difficultés, il se rallia à l’UMP chiraquienne et fut nommé ministre de la Ville. Il défendit des plans d’aides aux quartiers dont les résultats restent un peu vagues (nous les évoquerons plus loin).

Ces dernières années, il s’est surtout illustré dans la nouvelle « doxa » : la lutte contre le dérèglement climatique avec le « Grenelle environnemental » et ses réglementations tatillonnes concernant les maisons, les diagnostics, le Sommet de Copenhague et ses déclarations sans suite… Ces dernières années, M. Borloo lança un projet bien plus ambitieux : une « Fondation Énergies pour l’Afrique » afin d’électrifier l’Afrique. Ce qui nécessite, pour débuter, 3 milliards d’euros de subventions pendant 15 ans et 200 milliards de prêts.

Ayant été soutenu par Jean-Louis Borloo dans sa candidature présidentielle, Emmanuel Macron l’a propulsé à la tête d’un chantier digne de Sisyphe : « Le plan de bataille pour la politique de la ville ». Faute de vouloir freiner l’immigration, les gouvernements français ont tous choisi d’améliorer à coups de milliards, les cités délabrées, présentées comme sources principales de la délinquance qui y prospère. Le dernier rapport de Jean-Louis Borloo qui s’intitule « Vivre ensemble, vivre en grand », est le quatorzième plan banlieue depuis les années Giscard-Chirac. Élaboré par une dizaine de groupes techniques, il propose 19 programmes touchant à tous les problèmes : sécurité, questions sociales, urbanisme, éducation, emploi… selon l’auteur, qui a classé les « cas » des 216 quartiers en « graves difficultés », tous ces plans devraient démarrer simultanément ! Un comité devrait suivre les réalisations. La décision devait être « arbitrée » par le président de la République le 22 mai.

par Pierre ROMAIN

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