Philippe : un an d’inexistence à Matignon

Lu dans Présent du 17 mai 2018 : Il y aura donc un an qu’Édouard Philippe est passé, sans transition, de la gestion d’une ville de 180 000 habitants, Le Havre, au gouvernement d’un pays de 67 millions de citoyens. Il n’avait pas, jusque-là, occupé la moindre fonction ministérielle, il était encore plus néophyte qu’Emmanuel Macron qui lui, au moins, avait fait un passage à Bercy. Le fondateur d’En  Marche était sûr, de cette-façon, que le chef du gouvernement ne lui ferait pas d’ombre et, en fait d’ombre, Édouard Philippe n’est que celle du président qui seul existe politiquement. Nicolas Sarkozy avait qualifié de « collaborateur » François Fillon gui n’apprécia guère mais fit du « collabo » un résistant à l’emprise du président jusqu’à l’affronter victorieusement lors de la primaire de la droite et du centre.

L’actuel chef de l’Etat n’appelle pas son Premier ministre « collaborateur » mais si le mot n’y est pas, la réalité qu’il recouvre s’y trouve bien. C’est un exécutant, son autonomie est inexistante. Tout se décide à l’Élysée, c’est ce que les macronistes appellent la « verticalité » de la fonction présidentielle, ce qui implique l’horizontalité de son Premier ministre laquelle se manifeste dans la position couchée. Le chef de l’Etat fait tout et Philippe le reste. La seule fois où il a pris une décision de son propre chef, Emmanuel Macron a aussitôt pris ses distances. II s’agit de la limitation de vitesse à 80km/h sur certains axes routiers, l’idée « vient d’Édouard Philippe », a-t-il confié à des journalistes. Le président, n’était pas chaud pour une mesure que, non sans raison, il ressentait impopulaire. C’est pourquoi il s’est ouvert une porte de sortie dans une interview à TF1 : « Si ça ne marche pas, on ne continuera pas ».

La nomination d’Édouard Philippe à Matignon fut une surprise et d’abord pour lui-même, il cherchait du travail, en plus de sa fonction de maire, dit-on, quand l’Élysée l’appela après que d’autres pressentis d’une plus grande notoriété eurent décliné le poste.

Personnage terne et sans envergure, la seule vertu qui lui a valu de se voir promu chef du gouvernement était d’être un homme de droite. Sa mission était d’abord de « casser » cette dernière avant de gérer le pays, ce dont Macron s’estime seul capable. De ce point de vue, il a réussi à semer la discorde dans le parti dont il était membre, quoique nombre de juppéistes, comme lui, n’ont pas attendu sa nomination pour rejoindre Emmanuel Macron. Toutefois, on ne saurait qualifier d’exploit politique le retournement de veste express d’Édouard Philippe. Mais voilà que cette seule « qualité », celle d’être de droite, lui est contestée ! Laurent Wauquiez, président de LR, l’assure : « il n’a jamais été de droite » et, en conséquence, on ne peut lui faire 1 procès en traîtrise, dit-il, puisqu’il « n’a pas trahi ses idées ». Accessoirement, on apprend, à cette occasion que Philippe avait des idées à lui, ce qu’on n’avait pas perçu jusqu’ici, sauf celle de limiter la vitesse des automobiles sur les routes de province. Avec des idées aussi courtes peut-on faire une longue carrière ?

par Guy Rouvrais

 

 

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