Les manipulations anti-Poutine, prélude à des recompositions ? De l’affaire Skripal au destin de la Syrie.

Les manipulations anti-Poutine, prélude à des recompositions ? De l’affaire Skripal au destin de la Syrie.

Les observateurs qui suivent avec attention les actualités militaires et diplomatiques, y compris les citoyens lambda, ont été frappés par la « montée en régime » depuis trois ans d’une sorte d’unanimité des media dans les jugements négatifs à l’encontre de la Russie et de son président. Certes, il y a eu les interventions russes en Crimée, puis en Ukraine qui ont servi de prétexte à cette mise à l’index. Certes la Russie a participé efficacement à chasser Daech de la Syrie avec laquelle elle entretient un lien solide depuis des décennies. N’oublions pas que des riches États arabes ont financé ou financent les islamistes. Mais le ton a monté à nouveau, à la suite de deux événements apparemment sans rapport.

D’abord quelques jours avant l’élection présidentielle russe, l’annonce d’une tentative d’assassinat d’un ancien espion russe et de sa fille à Londres. Et, près d’un mois plus tard, à propos de bombardements – avec des gaz, de la Ghouta, la banlieue rebelle de Damas, qui vient d’être reprise par Bachar el-Assad et ses alliés. Dans les deux cas, presque simultanément, les media reprirent en boucle les accusations de Trump, de Theresa May, premier ministre britannique, du président Macron, etc. Le président Trump, Mme May, suivis, avec plus de nuances, par le président français, avaient annoncé qu’ils allaient lancer des missiles contre les Syriens. Et, pour Trump, en menaçant le président Poutine, qu’il désigne par allusions claires, comme étant le commanditaire des bombardements au gaz qui ont frappé des civils. Celui-ci nia et proposa que son pays participât aux enquêtes réclamées. Ce qui lui fut refusé.

Les media surenchérirent : Poutine étant coupable désigné, devait payer son crime, immédiatement. Dans la nuit du 13 au 14 avril, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne lancèrent une centaine de missiles contre les usines, laboratoires, zones de stockage des bombes au gaz syriens. Ils avaient prévenu le Kremlin et les militaires russes ont pu se mettre à l’abri. Furent détruits des bâtiments, des hangars. On ne parle pas encore des dégâts collatéraux. Voyons les deux sujets qui, par leur simultanéité, visent plus loin que ces tirs de missiles devant désigner « les méchants ». C’est le début de changements géostratégiques et diplomatiques au Proche-Orient.

L’affaire Skripal

Avec un peu de recul et de logique, il nous faut reprendre quelques objections de bon sens présentées par des personnes d’expériences. Une des meilleures synthèses est celle du général (2S) D. Delawarde [1] et d’autres analystes. La Russie est-elle coupable ? Si elle ne l’était pas, qui aurait un mobile et les moyens de réaliser une telle opération ? Skripal est un ancien colonel des services de renseignement russes. Ayant été recruté comme agent double par les Britanniques, il fut condamné dans son pays pour trahison en 2004. Il fut envoyé en prison pour 8 ans puis, sa peine terminée, il fut échangé avec d’autres agents en 2010.

L’ancien agent double et sa fille vinrent s’installer en Angleterre. Ils ont été empoisonnés, le 4 mars, sur un trottoir dans la ville de Salisbury par un « produit » (gaz ?) qui aurait été mis au point par un chimiste russe passé aux États-Unis où il a fait connaître ses travaux dans des livres (donc publics). D’autres chimistes (britanniques) déclarèrent que la composition du gaz (nommé alors Novitchok) leur était inconnue. Les enquêteurs le désignèrent comme étant le poison, alors que leurs meilleurs chimistes n’en connaissaient pas la composition ! Affirmant sans preuve la responsabilité de la Russie, les politiques le répétèrent et les média battirent le tambour. Or les experts de l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ne confirmèrent que le 12 avril l’utilisation du Novitchok.

Remarque élémentaire : à qui profite le crime ? Alors qu’il est connu comme un fin politique, on voit mal Poutine délaisser les graves problèmes diplomatiques et économiques de son pays, au moment où il allait se présenter aux élections pour ordonner, quinze jours avant, une « manip » sans intérêt pour lui, contre un agent qui ne pouvait plus lui nuire. La piste de l’État russe n’est pas crédible. Mais il y a des maffias russes ou ukrainiennes tout à fait capables de ce genre d’intervention pour n’importe quel commanditaire. Une précision : les deux « empoisonnés » ne sont heureusement pas morts. Ils sont soignés et isolés. Ils auraient encore des douleurs.

[1] – Le général (2s) Dominique Delawarde connaît bien les méthodes, les mentalités et les objectifs géostratégiques des partenaires diplomatiques de la France. Il a été le chef « Situation – Renseignement – Guerre électronique », à l’état-major interarmées de planification opérationnelle. Pour ses hypothèses plus détaillées, cf. son site ou celui de Polémia (18/03/2018).

Lire la suite dans notre numéro…

Conversations avec Poutine
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