Le cinquantenaire de Mai 68

Dans les débuts de sa parution, notre revue Lecture et Tradition comptait parmi ses rédacteurs Camille Bouchard (qui avait été, une dizaine d’années auparavant, un ami et compagnon de Robert Martel, lorsque celui-ci menait le combat contrerévolutionnaire en Algérie). Il possédait le talent d’observer les événements politiques et d’en tirer une analyse réaliste sans tomber dans les pièges de l’immédiate réaction qui s’avère généralement stérile (les nombreux exemples historiques l’ont suffisamment confirmé).

Ainsi, dès le mois de juin 1968, il avait rédigé un texte ayant trait aux « événements » du printemps, intitulé Mai 1968, nouvelle phase de la Révolution ? paru et diffusé sous forme d’un supplément à Lecture et Tradition.

Aujourd’hui, nous le constatons et cela ne peut échapper à personne, ce cinquantenaire fait l’objet de toutes les unes des media, toutes les évocations, voire les plus émouvantes nostalgies, afin de nous ressasser à satiété les idées reçues, les clichés, les lieux communs et autres poncifs de tous ordres. Que n’entendons-nous ! Grâce à Mai 68, la France est sortie de l’obscurantisme, libérée de sa gangue paysanne, conservatrice, catholique, réactionnaire… Ce grand coup de balai fut un inestimable bienfait, nous conduisant vers le progrès et l’évolution. Or, avec 50 ans de recul, que constatons-nous ? Oui, la France est sortie de ses « vieilleries », mais pour tomber dans quel état ! N’en dressons pas la nomenclature complète, ce serait fastidieux et confirmerait en tous points ce que nous ne cessons d’exprimer dans Lectures françaises depuis tant d’années.

Bornons-nous à constater que de Mai 68 sont issus la plupart des maux qui minent la France d’aujourd’hui : les « libérations » de tous ordres, en particulier celle de la femme (qui en avait tant besoin, « esclave » qu’elle était de la domination masculine…), avec la contraception et l’avortement légalisé, celle des mœurs, la dégradation de l’enseignement (voir dans quel état se trouvent en 2018 les établissements scolaires et les universités !), l’éducation dévoyée, les familles explosées, les enfants sans repères, l’union officialisée des homosexuels, l’immigration sans limite, l’anéantissement du sentiment religieux, etc. En quelques mots, les fruits gâtés de ce qu’Éric Zemmour nomme, dans son livre Le Suicide français (Éd. Albin Michel, 2014), les « quarante piteuses » :  la « subversion de l’État et de la nation par ce qu’il appelle la société, c’est-à-dire les élites avec leurs ramifications, associations antiracistes, lobbies gays, féministes, communautaristes, media bien-pensants, intellocrates, sociologues, qui prétendent fabriquer l’opinion, la surveiller, la punir en cas de déviance » ; concluant : « Mai 68 aura été à la République gaullienne ce que 1789 fut à la monarchie capétienne : le grand dissolvant ». Le phénomène symptomatique de cette décadence générale est l’ « humoriste » Coluche, « maître en matière de dérision et d’irrévérence dévastatrice ; héritier de Mai 68, il se révéla l’arme atomique d’une génération qui imposa par son intermédiaire à la France entière ses obsessions et ses anathèmes : hédonisme libertaire, farouche individualisme, mépris des flics, de l’autorité, de l’Église, de la nation, de la famille… » 1.

L’ensemble de ces conséquences déplorables de la révolution de Mai 68 avait été décelé par Camille Bouchard, dès son apparent achèvement. Nous pensons pouvoir dire que très peu nombreux furent les observateurs ou « politologues » qui ont effectué une analyse semblable et nous nous permettons de souligner que notre très jeune équipe provinciale (âgée de deux ans à l’époque) peut légitimement en tirer une certaine fierté, en relisant ce texte dont nous reproduisons ci-dessous le contenu intégral.

Jérôme SEGUIN

1 – Extraits cités par Danièle Masson, dans son récent livre Éric Zemmour. Itinéraire d’un insoumis (Éd. Pierre Guillaume de Roux, 2018, pp. 184, 189, 197).

Chroniques 1968 
Mai 68 – Vu d´en face
Les journées de mai 1968

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