Du mauvais usage des données biométriques

En quelques années, la question est passée du rang de la curiosité à celui d’urgence personnelle, économique et morale. La biométrie est un ensemble de technologies dont certaines sont utilisées lors de la délivrance d’un passeport ou de carte d’identité, à l’origine pour lutter contre le crime et le terrorisme, ou pour la vidéosurveillance de lieux publiques. Pendant des années, la biométrie était cantonnée aux détections de sécurité (visage, iris, ADN…). Seulement, il a suffi de quelques semestres pour que les trusts géants du capitalisme se procurent les données en question : empreintes digitales, visages… Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), ainsi que leurs semblables asiatiques et autres, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaom, etc.), assimilent vite les techniques. Leur but est de pouvoir identifier les clients, afin de les bien connaître et de leur vendre toujours plus de produits. La France abrite des industries de pointe dans ces recherches : Gemalto, racheté par Thalès, et Idemia, filiale de Safran Identity and Security.

Depuis cinq ans, Apple, suivi par les autres, a rendu accessible d’abord la reconnaissance d’empreintes digitales, puis en 2017, avec « Face ID », la reconnaissance faciale par caméra. Si ces techniques ont été acceptées par les citoyens, c’est parce qu’elles dispensent les usagers de mémoriser chiffres et mots de passe, Les clients ne rechignent même pas à enregistrer leurs voix, leur visage, leurs empreintes, pour acheter en ligne  – c’est le but – ou consulter leurs comptes bancaires. Mais aussi accéder à des locaux, des ordinateurs, des moyens de paiements… ou l’enregistrement des votes des électeurs. Ces données vont être proposées dans les voitures (contrôle de la fatigue, de l’énervement…), etc. Et cela est déjà présent dans le monde entier, bien que la biométrie puisse présenter des erreurs.

Tout un chacun peut s’inquiéter sur le stockage et l’utilisation de ces données. D’autant plus que les règles diffèrent d’un pays à l’autre. L’Europe, semble-t-il, va en profiter pour imposer un règlement général en mai prochain. Mais ailleurs c’est différent. Il faut savoir que ceux qui stockent les données, en tirent profit. D’autres les protègent contre argent comptant. Reste toujours des possibilités de fuites. Les multinationales associent leurs informations, y compris numéros de téléphone, de carte de crédit, l’âge, l’adresse, la consommation… ce n’est plus un cauchemar de cinéma. Ensuite elles les revendent et les échangent contre d’autres données. C’est le filtrage systématique.

Alibaba, le géant chinois, concurrent des Américains, reconnaît avoir 450 millions d’utilisateurs de ses services. En ayant racheté l’entreprise américaine Confirm, Facebook est devenu le [greffier] de plus de 2 milliards d’individus, « c’est lui qui peut maintenant attester de l’identité de ces personnes ». Comme le fait remarquer la journaliste Sophie Caulier (in Le Monde, 13/03/2018), « Personne ne sait si Mark Zuckerberg sera candidat à la présidentielle américaine en 2020, mais une chose est sûre, Facebook en sait plus sur ses utilisateurs que n’importe quel gouvernement ». Ce fignolage dans l’espionnage individuel, que ce soit dans un but bassement commercial ou – tout aussi sordide – dans un but politique, est angoissant. On finirait par envier ceux qui vivent isolés dans un coin perdu, sans électricité, ni téléphone et correspondent par lettres ou pigeons voyageurs.

Winston SMITH

 

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