Trump/Syrie : escalade ou coup de bluff ?

La rapidité d’exécution des frappes alliées sur la Syrie à la suite de « l’attaque chimique » du 7 avril dernier dans la ville de Douma en a surpris plus d’un. Ou pas… En effet, Faits & Documents nous livre ici une analyse originale des motivations profondes susceptibles qui ont pu pousser Donald Trump à agir ainsi (tout en s’entendant avec Poutine pour que ces frappes ne gênent pas trop les Russes et leurs alliés syriens et ne débouchent pas sur un conflit généralisé). Il semble avoir voulu détourner les critiques et menaces intérieures qui fusent contre lui en se conformant aux attentes de l’establishment et de l’Etat Profond, par une démonstration de force politiquement correcte, bien qu’illégale du point de vue du droit international…

Lu dans Faits & Documents n°450 du 1er au 30 avril 2018.

Comment comprendre l’emballement ayant conduit aux frappes du 13 avril si ce n’est comme une conséquence du discours du 29 mars où Donald Trump annonçait, à la surprise générale, le retrait imminent des troupes américaines déployées en Syrie ? Mieux, c’est au moment où Russes, Iraniens et Turcs affichaient leur victoire à Astana (Kazakhstan) que Dan Coats, le directeur du renseignement américain, a été prié de confirmer la décision. C’était le 4 avril, soit trois jours avant l’ « attaque chimique ». Depuis, une fuite opportune de la Maison-Blanche a présenté Donald Trump comme extrêmement belliqueux dans la phase de préparation de I ’opération du 13 avril : secondé par le « faucon » John Bolton, nommé à la fin du mois de mars conseiller à la sécurité nationale en remplacement de H.R. McMaster (cf. F&D 448), Trump aurait insisté pour qu’un coup fatal soit porté au gouvernement syrien (frappe du palais présidentiel, des états-majors, etc.). Un point de non-retour évité grâce au secrétaire à la Défense James Mattis et au chef d’état-major des armées Joseph Dunford, ces derniers ayant fini par faire entendre raison au président grâce à « l’aide d’Emmanuel Macron » (Le Figaro, 15 avril). Bref, cette « fuite » autorisée prouve que pour Donald Trump, passer pour un fou furieux est un moindre mal, comme l’atteste son activité sur Twitter.  Jusqu’à un certain point cependant puisque, quand Emmanuel Macron, pendant sa communication sur BFMTV (15 avril), s’est vanté d’avoir réussi à convaincre son homologue américain de maintenir ses troupes en Syrie, Donald Trump a vivement démenti en réaffirmant « ne pas rester indéfiniment en Syrie, en aucune circonstance ». Tout cela ressemble donc à un subtil jeu d’acteurs dans lequel le président américain, harcelé sans discontinuer par le tam-tam – (menace permanente de destitution, campagne anti-armes à feu, scandales sexuels, sortie du livre de l’ancien directeur élu FBI James Comey), largement entretenu à l’international (Bernard-Henri Lévy, par exemple, le qualifie d’ « antisémite de ressentiment » dans Le Point du 4 avril) » – s’est  offert un peu de répit en faisant mine d’obéir à certaines injonctions et en frappant des cibles périphériques. Relevons, en marge de cette séquence, plusieurs événements, a priori sans rapports les uns avec les autres, mais qui analysés chronologiquement font sens : d’abord l’avertissement d’Israël lancé au monde via la reconnaissance officielle de l’attaque d’Al-Kibar (présenté comme un « réacteur nucléaire syrien ») en septembre 2007. Puis, la visite dans le bureau ovale d’une importante délégation du Habad-Loubavitch (cf. notre dossier) pour s’entretenir avec John Bolton, le 27 mars, c’est-à-dire entre sa nomination et sa prise de fonction. Notons enfin, le 9 avril, la perquisition par le FBI des bureaux de Michael Cohen, l’avocat de Donald Trump, dans le cadre de l’enquête sur la supposée ingérence russe, au moment même où le président des Etats-Unis posait, à la Maison-Blanche, entouré du commandement militaire américain, dans une mise en scène pleine de gravité et de symboles.

 

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