NDLR : Lorsque la France fut frappée en novembre 2015 par les attentats islamistes,  certains de nos compatriotes ont cherché dans le corpus des valeurs occidentales lesquelles pouvaient être opposées à la détermination des terroristes allant chercher aux sources des textes sacrés de l’Islam les motivations de leur « sacrifice » et de leur combat. Les seules valeurs que l’on trouva fut le « modèle de vie occidental » qui devait être défendu en allant « boire sur les terrasses des cafés » son petit café, ou même, comble de l’audace, son verre d’apéritif, de vin ou son « demi »… Sont-ce là les seules « valeurs » que la République nous propose de défendre contre la barbarie ? Pourquoi personne n’a-t-il pensé à parler de nos « valeurs républicaines » ?… Peut-être parce qu’elles sont mal connues, car trop mal définies… Claude Beauléon nous permet grâce à une étude historique approfondie de revenir sur ces valeurs tant évoquées mais si mal définies.

« Ce qui constitue la République, c’est la destruction de tout ce qui lui est opposé » Saint-Just

La récente éviction de Charles Maurras du catalogue des célébrations et commémorations établi par le Ministère de la culture pour l’année 20181 – sous la pression des habituels censeurs issus de la « communauté qui a beaucoup souffert », est-il besoin de le préciser, et au nom des valeurs républicaines – m’incite à me pencher sur cette fameuse question des valeurs de la République que l’on chante à tout bout de champ et que ses sectateurs récitent comme un mantra. Soit dit en passant, je n’ai pas été scandalisé plus que ça par la damnatio memoriae du maître de Martigues. La République est logique avec elle-même et elle ne va tout de même pas célébrer l’un de ses adversaires les plus acharnés. Je dirais même que j’y trouve motif à pavoiser et que, en quelque sorte, c’est un très bel hommage posthume par défaut, puisque même mort, le martigal leur fait encore peur ! Certes, il y a l’écrivain, mais Maurras est trop grand pour être mis sur le même plan, dans les commémorations, que le cabotin d’Ormesson décédé récemment.

Il ne se passe pas un jour dans ce pays sans que l’on entende parler de ces fameuses valeurs, que ce soit dans les media ou dans le monde politique, mais sans jamais que l’on nous explique franchement en quoi elles consistent. Il semblerait même que ces valeurs constituent l’essence, en quelque sorte, de la France, celle-ci étant confondue avec la République. Il n’y a bien qu’à la présidentielle où les candidats, je l’ai remarqué, ne l’invoquent plus et remettent à l’honneur dans leurs discours racoleurs le mot « France », comme si, sans le dire, bien évidemment, ils étaient parfaitement conscients de la différence entre les deux et du peu de rapport électoral que serait l’utilisation du mot « République ».

Pour ouvrir cette étude, une fois n’est pas coutume, je commencerai par la fin, c’est-à-dire les conséquences sur la société française de l’adoption de ces valeurs républicaines. Pour ce faire, je laisserai la parole presque entièrement, dans cette première partie, à un bon connaisseur du système républicain, de ses valeurs, de ses effets. Sans plus attendre, écoutons-le :

« La Démocratie aboutit à la tyrannie de la populace »

Mon cher baron, […] Vos appréhensions sur la possibilité d’une revanche de la France ne sont pas fondées. Elles ne le seraient que si cette nation était unie au dedans. Alors, vous avez raison, il ne faut pas se le dissimuler, cette puissance […] avec sa bravoure proverbiale et ses immenses ressources, serait redoutable pour nous si elle était unie. Mais elle ne l’est pas et ne peut, heureusement, pas l’être, l’esprit des français étant ce qu’il est […]. La France est partagée en bonapartistes, en orléanistes, en légitimistes et en républicains. C’est, pour nous, comme si elle était divisée en quatre états indépendants et même rivaux. Leur rivalité fait notre force et garantit notre sécurité. Il faut bien, il est vrai, qu’un parti finisse par l’emporter sur les autres. Heureusement pour nous, cela paraît devoir être le parti républicain. […] Donc, la république va s’implanter en France. Vous devez, par votre parole, par vos subventions à certains journaux démocratiques et par tous les moyens en votre pouvoir travailler secrètement à en amouracher les Français. Soutenez donc la République pour cinq raisons²:

  1. Parce que le gouvernement républicain est, par sa nature-même, un dissolvant, un principe de troubles, celui qui crée le plus de compétitions, le plus de prétendants au pouvoir ; en un mot, celui qui, n’en déplaise à Thiers, achève de diviser tout-à-fait les Français.
  2. Parce que la République, excellente en Amérique ou en Suisse, où elle a, pour elle, les mœurs et les traditions, est, en France, le parti des sots et des bavards, des brouillons et des voyous. Je ne parle pas des banqueroutiers, des repris de justice, et des gens tarés de toutes sortes. Si tous les républicains en France, ne sont pas de la canaille, toute la canaille est républicaine. La République est le gouvernement qui lui plaît le plus. Donc c’est le plus mauvais, et celui que nous devons souhaiter à la France.
  3. Parce que tant que la République durera, la confiance ne pourra renaître. […]
  4. Parce que le parti républicain est, en France, le moins patriote. Pendant le siège de Paris, les farouches républicains de Belleville, de Montmartre et de Ménilmontant ont été le type de la lâcheté tout en demandant à grands cris la guerre à outrance. Ils n’ont su que jeter leurs fusils dans les tranchées, hurler dans les clubs et souiller les églises de leurs ordures. […] Ce sont des républicains du 4 septembre qui ont eu l’attention, lorsque Paris était investi par les Prussiens, d’inaugurer la statue de Voltaire, chambellan de notre grand Frédéric, et qui avait félicité ce prince d’avoir battu les Français à Rosbach. On n’est pas plus plat, plus lâche ou plus bête. Quant à la Commune, son premier soin a été de faire insérer à son journal officiel la recommandation de ne rien faire, autour de Paris, qui pût nous déplaire. Elle a renversé la colonne Vendôme faite avec le bronze de nos canons. […]

Claude Beauléon

 

1 — NDLR : Cf. Lecture et Tradition, n° 82 (nouvelle série, février 2018), « Le Livre des Commémorations nationales 2018 » (par Jérôme Seguin)

2 – NDLR : Il s’agit d’un extrait assez long d’une lettre de Bismarck au comte von Harnim, son ministre plénipotentiaire à Paris en 1871-1874.

 Lire la suite dans notre numéro…

 

Petit manuel des valeurs et repères de la France
La France divisée contre elle-même
La mystique de la laïcité – Généalogie de la religion républicaine de Junius Frey à  Vincent Peillon

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