Quelle guerre mener contre le terrorisme ?

Quelle guerre mener contre le terrorisme ?

NDLR. Le 23 mars, s’est déroulé dans un supermarché de Trèbes (à l’est de Carcassonne) une prise d’otages par Radouane Lakdim, un Marocain « fiché S » depuis 2014, lié avec la mouvance salafiste, abattu dans l’après-midi par le GIGN. Le matin même, il avait volé par violence une voiture dont sur les deux occupants, l’un fut gravement blessé et l’autre tué, puis s’était attaqué à un petit groupe de CRS, blessant l’un d’entre eux avec une arme de poing. Il a également ouvert le feu dans le supermarché, tuant deux personnes, puis blessant, entre autres, un lieutenant-colonel de gendarmerie, Arnaud Beltrame, qui s’était substitué à un otage dans le supermarché et qui est mort des suites de ses blessures. À la date où nous écrivons ces lignes, notre numéro est en cours de « bouclage ». Nous reviendrons plus en détail dans notre prochain numéro sur cette affaire et sur les suites de l’enquête en cours.

En ce début d’année, il paraît judicieux de s’interroger sur l’état des lieux dans le domaine du terrorisme. Le 28 août 2017, Caroline Galacteros, journaliste qui anime sur le site du Point une chronique intitulée « État d’esprit, Esprit d’État », déclarait que c’était : « une guerre que nous ne voulons pas voir ». Puis elle ajoutait, avec bon sens : « Refusons cette coupable inhibition. Prenons nos responsabilités. La première d’entre elles est la lucidité : chaque attentat n’est pas l’expression d’une violence exceptionnelle, incompréhensible voire inévitable, mais scande une étape sanglante supplémentaire dans une guerre qui nous a été déclarée et que nous ne voulons pas voir. » Nous allons donc tenter de faire preuve d’un peu plus de réalisme que ceux qui s’évertuent à ne rien voir par lâcheté ou par souci du « politiquement correct ».

Nos gouvernements nous parlent ouvertement de guerre contre le terrorisme, nous répètent à l’envi que la menace est maximale et que des mesures de vigilance extrême sont prises pour éviter une prochaine effusion du sang innocent. Un corpus de lois d’exception a d’ailleurs été adopté par notre président, érigé en chef de guerre, en lieu et place de l’état d’urgence largement décrédibilisé par la faute de nos politiques tétanisés par leur « pas d’amalgame ».

Mais qu’en est-il de la réalité ? Elle se veut rassurante tant qu’il ne se passe rien, du moins en apparence. L’État Islamique semble avoir été vaincu dans la zone syro-irakienne. L’hydre de Lerne aurait-elle été terrassée par nos rodomontades, nos petites bougies, nos bouquets de fleurs, nos marches blanches et nos pancartes « Je suis Charlie, Nice, Anglais, Berlin… » ? Le danger est-il pour autant écarté ? Daesch n’ayant plus d’assise territoriale est-elle encore une menace sérieuse ? On se console en constatant qu’en 2017, le terrorisme a fait moins de morts qu’en 2016. Piètre consolation !!!

Une guerre, mais contre qui ?

Les responsables politiques parlent de guerre ou d’état de guerre. Or, quand on est en guerre, il convient de désigner clairement quel est notre adversaire ou, mieux encore, quel est notre ennemi. Il serait, en effet, hautement souhaitable qu’en temps de guerre on parle d’ennemi plutôt que d’adversaire. Un ennemi doit se vaincre en le neutralisant ou en l’éliminant à la différence d’un adversaire que l’on ne cherche pas à abattre mais seulement à dissuader ou à convaincre. Quand on est en guerre, on affronte donc un ennemi en vue de le vaincre par la force, manu militari, surtout lorsque celui-ci s’en prend aux intérêts les plus fondamentaux comme la sécurité des populations et des activités vitales du pays. L’emploi de la force proportionnée est alors légitimée par la nécessité d’éradiquer la menace que représente cet ennemi. Quand on est en guerre, ne pas désigner l’ennemi revient à nier la réalité d’un état de fait, et ne pas avoir d’ennemi c’est l’amorce de la défaite.

Peut-on alors prétendre que le terrorisme est notre ennemi ? Présenter le terrorisme comme l’ennemi à combattre est une erreur car le terrorisme n’est qu’un mode d’action parmi tant d’autres pour obtenir un effet tactique ou stratégique. C’est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt. On fausse le débat. Le terrorisme emploie des méthodes certes particulièrement révoltantes. Cependant, le véritable ennemi à éradiquer est l’homme et l’idéologie qui opèrent selon ces modes d’action terroristes et non le mode d’action lui-même. Par conséquent, tant que la cause ne sera pas traitée, il y aura toujours des actions terroristes. Il faut donc s’attaquer au terroriste et à son idéologie et, dans toute la mesure du possible, bien avant qu’il n’envisage d’entrer en action.

Alors, me direz-vous, pourquoi parle-t-on de guerre contre le terrorisme si le terrorisme n’est pas l’ennemi et n’est qu’un mode d’action ? Quand on parle de guerre, il faut que l’on soit agressé par un ennemi, sinon, il n’y a pas de guerre mais seulement des événements d’ordre public à juguler. Pour qu’il y ait guerre, identifier un mode d’action ne suffit pas si celui-ci n’est pas attribué à un ennemi clairement désigné. On reste alors dans le concept de théories fumeuses et irresponsables. C’est donc la première question à se poser. Une guerre ? Oui, indéniablement, mais contre qui ? Une fois déterminé ce point, il conviendrait de s’interroger sur la physionomie de cet ennemi, sa doctrine, sa stratégie, son fonctionnement, son recrutement, ses financements, ses centres de décisions et, enfin, ses modes d’actions qui peuvent alors se rattacher au spectre du terrorisme, mais pas seulement car le terrorisme en tant que tel ne débouche sur rien s’il n’est pas porteur d’un projet « politico-religieux » et s’il n’est pas relayé par un discours offensif. Lequel d’entre nos brillantissimes hommes politiques a fait cette simple analyse, en considérant l’ennemi, tel qu’il se manifeste depuis quelques années, puis en déclinant tous les aspects mentionnés ci-dessus ? Qui ? Personne car leur obsession viscérale est de s’évertuer à nier les évidences et à éviter les « amalgames » ce qui constitue déjà une capitulation avant même d’avoir combattu.

Général de division (2S) Jean-Louis Vergez

lire la suite dans notre numéro

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