Le ton monte entre Londres et Moscou

L’expulsion de 23 membres du personnel diplomatique russe soupçonnés d’être des espions sous couverture, aucun ministre ou secrétaire d’Etat et aucun membre de la famille royale à la coupe du monde de football qui va avoir lieu en Russie. Intensification des contrôles des voyageurs et des marchandises en provenance ou à destination de la Russie, gel des actifs russes considérés comme pouvant être utilisés pour menacer des personnes résidant au Royaume-Uni, suspension des rencontres intergouvernementales entre la Russie et le Royaume-Uni, et peut-être bientôt le retrait de la licence britannique de la télévision publique russe en langue anglaise Russia Today. Telle est la série de mesures de rétorsion annoncée par Theresa May après la tentative d’assassinat de l’ancien officier du GRU Sergueï Skripal et de sa fille Loulia à Salisbury.

Lu pour vous dans Présent.

L’ancien agent double arrêté par le FSB russe en 2004 et libéré en 2010 dans le cadre d’un échange d’espions aurait été, selon les Britanniques, empoisonné le 4 mars avec un agent innervant mis au point en URSS : le Novitchok.
Pour le Premier ministre britannique, la culpabilité des services russes est quasi certaine, et Londres a convoqué mercredi une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU pour y présenter ses accusations et demander l’intervention, dans l’enquête, de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Lundi, Theresa May avait déclaré que la tentative d’assassinat (l’ancien espion et sa fille étaient toujours hospitalisés dans un état grave jeudi matin) avait dû être autorisée par le gouvernement russe ou alors Moscou avait permis que l’agent innervant tombe entre de mauvaises mains. Moscou nie toute implication et demande que des échantillons du gaz utilisé lui soient présentés afin de pouvoir participer à l’enquête avec les Britanniques.

D’autres morts suspectes

Cette demande a été répétée mercredi par l’ambassadeur russe auprès des Nations unies. Si les spécialistes britanniques sont certains qu’il s’agit du Novitchok, c’est qu’ils en connaissent la formule et possèdent des échantillons de référence, a soutenu Vassily Nebenzia. En d’autres termes, les Britanniques sont capables d’en fabriquer, et l’utilisation de Novitchok serait, selon les Russes, une provocation. « Cela profite-t-il à la Russie à la veille des élections russes et de la Coupe du monde ? », a fait remarquer l’ambassadeur en ajoutant qu’il connaissait beaucoup de pays qui pourraient tirer profit de ces accusations.
Le leader travailliste Jeremy Corbyn a suscité l’ire de certains de ses pairs mardi à la Chambre des communes en suggérant que Moscou n’était effectivement peut-être pas derrière la tentative d’assassinat. Mais il faut dire que les Britanniques sont passablement échaudés dans ce domaine. La culpabilité du FSB russe dans l’assassinat au polonium 210 en 2006 de son ancien officier Alexandre Litvinenko ne fait aucun doute aux yeux des Britanniques, même si les Russes ont toujours rejeté toute responsabilité. Il y a encore eu en 2013, après d’autres morts suspectes, le « suicide » de l’oligarque russe Boris Berezovski qui avait trouvé refuge en Grande-Bretagne, et maintenant la mort lundi dernier dans des circonstances inexpliquées à Londres de Nicolaï Glouchkov. Glouchkov avait été un très proche collaborateur de Berezovski et il affirmait que Vladimir Poutine avait ordonné son assassinat maquillé en suicide.

Olivier Bault.

Présent n°9072 du 16 mars 2018.

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