Edouard Philippe souhaite mettre un terme au statut des cheminots pour les salariés qui arriveront, dans un futur lointain, à la SNCF : «Aux nouvelles générations, aux apprentis, à tous ceux qui veulent s’engager à la SNCF, nous disons qu’ils bénéficieront des conditions de travail de tous les Français, celles du Code du travail.» A la simple évocation de cette timide réformette, les syndicats sont vents debout et nous promettent le fer et le feu. Qu’en est-il au juste ?

Lu pour vous dans Rivarol.

La SNCF –  Société nationale des chemins de fer français –  est né par la volonté de Léon Blum, le 31 août 1937. Sous sa houlette, le Front Populaire nationalise par décret les cinq compagnies de chemin de fer existantes. Après la défaite des forces de l’Axe (tandis que les “résistants” fusillent à tout-va, plongeant notre pays dans un bain de sang) le pouvoir gaullo-communiste renforce encore le caractère marxiste de la structure SNCF, et accorde à la CGT une mainmise de fait sur l’ensemble des personnels et sur le recrutement. Depuis cette date, la CGT et l’ultra-gauchiste Sud Rail exercent un chantage quasi permanent sur les gouvernements successifs, brandissant la menace d’une paralysie totale du pays à la moindre velléité de toucher à ces “acquis” qui sont en réalité de la prébende payée par l’impôt et la course à l’emprunt public.

Statuts et privilèges

Quels sont les avantages pour le moins discutables des cheminots ? C’est ce que nous allons découvrir, mais premier coup de théâtre, il faut savoir que tous les employés ou presque, soit 92 % des effectifs de la SNCF (environ 150 000 salariés), bénéficient du statut dit du “cheminot”, y compris le scribouillard travaillant 32 heures par semaine dans son bureau. Quand les syndicalistes évoquent la gorge serrée les conditions de travail soi-disant pénibles, ils mentent effrontément, puisque une infime partie du personnel est “roulant”, et la majorité (neuf salariés sur dix, donc) travaille en poste fixe comme tout un chacun.

Deuxième injustice par rapport au reste des salariés français : les “cheminots” (en réalité quasiment tout le monde) sont à l’abri du licenciement économique. Le statut prévoit seulement trois cas de départ, à savoir la démission, la retraite ou la radiation pour faute grave — qui en pratique n’est presque jamais appliquée, sauf à commettre un acte délictueux relevant du pénal. Inutile de dire qu’avec une telle protection de droit divin, tous les paresseux de naissance développent un ensemble de techniques variées pour tirer au flanc — on notera par exemple un taux de maladie doublé par rapport aux moyennes nationales — l’épidémie qui sévit années après années à la SNCF, et en ravage les rangs, relève d’un mystère digne des Pyramides.

Troisième avantage : un régime spécial de retraite, mitonné aux petits oignons. La retraite des cheminots est calculée sur le salaire des six derniers mois, au lieu des 25 meilleures années pour le régime général. La pension de retraite des cheminots est par conséquent supérieure à la moyenne française : en moyenne à 1 940 euros brut contre 1760 euros brut pour les salariés du privé au régime général. Ce montant est majoré de 10 % pour les parents de trois enfants, puis de 5 % supplémentaires par enfant à partir du quatrième.

Quatrième disparité : l’avancement de carrière est automatique. Un agent SNCF gravit l’échelon supérieur tous les trois ans, quelle que soit son activité réelle, et voit son salaire apprécié mathématiquement. En outre, le salaire moyen d’un salarié SNCF est de 3 090 euros brut, ce qui est loin de l’image de damné de la terre que dispensent la CGT et Sud Rail.

Cinquième avantage : des congés très supérieurs au privé. L’ensemble des salariés est soumis aux 35 heures et dispose de 28 jours de congés annuels, soit trois jours de plus que les cinq semaines légales (avec l’usage du samedi et des dimanches qui ne sont pas comptés). Les salariés de l’administration disposent, en plus, de 10 jours de RTT, les conducteurs et contrôleurs de train de 22 jours et les agents qui travaillent de nuit disposent de 28 jours de RTT. Bref, on n’est pas loin de deux mois pleins de congés pour beaucoup — sans parler de pseudo-journée de formation, ou des fameuses journées de récupération dès lors qu’on est “roulant”.

On ajoutera au tableau que des milliers de logements sont mis à la disposition des agents SNCF, dont une majeure partie à loyers réduits — ce qui revient à un salaire supplémentaire déguisé. Par ailleurs, les billets de train sont gratuits pour chaque agent ; leurs conjoints et enfants de moins de 21 ans bénéficient de 16 billets gratuits par an. Les ascendants — parents et grands-parents — ainsi que ceux de leurs conjoints, ont droit à quatre voyages gratuits par an. Pour une famille de 2 adultes et 2 enfants dont le père travaille au chemin de fer donc, pas moins de 8 personnes voyagent à l’œil, d’où ce constat : selon la Cour des Comptes, plus d’un million de personnes voyagent à prix réduits en France, mais seulement 15 % d’entre elles sont des salariés directs de la SNCF en activité.

On le constate, la dictature qu’exerce la SNCF sur les comptes publics, sur l’infortuné contribuable, et sur le reste de la société qui travaille, au nom d’un prétendu « Service Public » (qu’il est interdit de remettre en cause malgré ses dysfonctionnements, et qui ne souffre d’aucune critique) semble difficile à soutenir sur le plan intellectuel.

La SNCF coûte plus de 1 000 euros par an à chaque contribuable soumis à l’impôt sur le revenu, et l’entreprise touche plus de 7 milliards d’euros de subventions publiques par an. D’après une étude interne, son fonctionnement coûte au moins 30 % plus cher que ses concurrents européens…

Jean BEAUMONT.

Rivarol n°3321 du 14 mars 2018.

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