Si aucune majorité stable ne s’est dégagée des élections italiennes, elles ont donné deux grands vainqueurs : la Lega de Matteo Salvini et le Mouvement 5 Etoiles. C’en est fini des vieux d’âge (Berlusconi) ou d’esprit (Relui). Et la question migratoire structure le débat politique.

Lu pour vous dans Minute.

Le quotidien « Libération » peut être rassuré : les fascistes n’ont pas pris le pouvoir en Italie. Samedi, veille de scrutin, « Libé » avait sonné le tocsin auprès de son lectorat résiduel en affichant une botte toute noire d’où sortait un bras tendu en une d’un numéro où manquait juste le CD d’« Avanti o popolo, alla riscossa » et autres chants antifascistes. En Italie, où la parole est bien plus libre qu’en France et les élections aussi, les authentiques fascistes ont pu se compter : ils avaient leurs listes. Ils en avaient même deux, celle de Casapound et celle de Forza Nuova. La première a recueilli 0,9 % des suffrages, la seconde 0,4 %, ce qui porte le nombre de fascistes dans toute la péninsule à 400 000 individus… sur 42 millions de votants.
Même Alessandra Mussolini, la petite-fille du Duce, engagée en politique depuis le début des années 1990 et élue au Parlement européen en 2014 sous les couleurs de Forza Italia, le parti de Berlusconi, n’est plus fasciste, à moins d’avoir une conception très extensive de celui-ci : elle siège à Bruxelles au sein du PPE, le Parti populaire européen, premier parti de l’Assemblée européenne qui comprend notamment les élus français des Républicains et les Allemands de la CDU d’Angela Merkel ! « Le fascisme ne passera pas ! », non pas parce que les antifascistes l’auront stoppé — ce qu’ils avaient été bien incapables de faire lorsqu’il était vivace —, mais parce qu’il n’existe plus que dans le triste imaginaire de la gauche française.

L’homme fort de la droite s’appelle Salvini

A tout seigneur tout honneur : à ces élections, il y a un grand perdant, Matteo Renzi. Le Florentin qui avait été durant près de trois ans président du Conseil est mort à 53 ans faute d’avoir su convaincre les Italiens du bien-fondé de ses réformes libérales et d’avoir godillé à vue, notamment après les élections municipales du printemps dernier qui avaient constitué un premier coup de semonce, sur la question ô combien sensible de l’immigration. Clairement, n’est pas Emmanuel Macron qui cherche à lui ressembler, et un slogan repris de l’un ne fait pas forcément le bonheur de l’autre. « En marche ! », clamait Renzi, espérant constituer avec le président français une majorité nouvelle au Parlement européen, qui se fera peut-être, mais sans lui. Avec 20 % environ des suffrages (*), le Parti démocratique a bu la tasse, et celle-ci a un goût d’autant plus amer que la réforme du mode de scrutin qui a abouti à son naufrage était de son fait !
Les vainqueurs sont au nombre de deux, pas un de plus. L’un se prénomme aussi Matteo, et c’est de Salvini (photo) qu’il s’agit. En quatre ans et après une ascension fulgurante, il aura réussi à transformer la Lega (ex-Lega Nord) en formation de gouvernement implantée sur l’ensemble du territoire italien et non plus sur ses seuls bastions de « Padanie », qu’elle a néanmoins réussi à conserver. D’« extrême droite », la Lega, qui est passée largement devant Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi, ou tout simplement… de droite ? Le parti de Salvini a fait campagne sur six thématiques (et non pas sur le seul thème de l’immigration comme on le dit en France) : « Les Italiens d’abord », « Stop invasion », mais aussi « Moins de laxisme, plus de justice », ainsi que « Les crèches gratuites », « Stop à la loi (libérale sur les retraites et les pensions) » et « Paix fiscale ». Autrement dit, si l’allié du Front national au Parlement européen fait du Le Pen, c’est plutôt du Le Pen époque Poujade !
A 44 ans, Matteo Salvini s’est tout simplement imposé comme le leader de la droite italienne au sein de la « coalition de centre droit » — oui, en Italie, on parle de coalition « de centre droit » ! —qui regroupait la Lega, Forza Italia de l’increvable Berlusconi dont on peut imaginer (et espérer) qu’il accomplissait là son dernier tour de piste et Fratelli d’Italia de Giorgi Meloni, parti issu de l’Alliance nationale elle-même issue du MSI, qui n’a pas réussi à décoller. Le prochain président du Conseil de droite dont se dotera l’Italie, ce sera sans nul doute lui, « Salvini Premier » (son slogan de campagne), même si ce n’est pas forcément pour tout de suite.

Une fois de plus, Philippot n’a rien compris

« Quel bordel », a titré le quotidien « Il Tempo », et ce bazar est dû à la fois au succès incontestable du Mouvement 5 Etoiles fondé par le comique Beppe Grillo, « croisement de Coluche et de Dieudonné », remis sur les rails, après une flopée de scandales, par son jeune patron Luigi di Maio (il est âgé de 31 ans), et à ce que l’on pourrait appeler le tripartisme si le pays n’était plutôt divisé en trois blocs — la coalition de centre droit, arrivée en tête, un parti, le Mouvement 5 Etoiles, solidement ancré à la deuxième place, et, loin derrière, la coalition de centre gauche dont le Parti démocratique est la principale composante —, ce qui rend l’Italie à peu près ingouvernable. Les résultats définitifs n’étaient d’ailleurs pas encore connus que l’on songeait déjà au temps qu’il faudrait pour ne pas pouvoir constituer de majorité… et pour organiser de nouvelles élections.
Parmi ceux qui ont tout compris de ce côté-ci des Alpes, on s’en voudrait de ne pas citer Florian Philippot, qui s’est réjoui au lendemain du scrutin du score du 5 Etoiles et de la Lega par ces mots : « Ça turbule et tant mieux ! Mais la vraie libération viendra de l’Italexit. » On ignore si l’UPR de François Asselineau s’est dotée d’une branche transalpine mais ce dont on est sûr, c’est que ni Salvini, ni di Maio, ne réclament de sortie de l’Union européenne — ni de l’euro —, leur succès ayant d’ailleurs été conforté par le fait que l’un comme l’autre avaient pris soin de lever toutes les incertitudes en ce domaine (Salvini réclamait simplement avec bon sens « moins de contraintes de l’Union européenne ») selon un schéma qui a également permis la victoire en Autriche, suivie de l’alliance de gouverné ment, de l’ÖVP de Sebastian Kurz et du FPO de Heinz-Christian Strache.
Et l’immigration ? Comme l’a relevé Emmanuel Macron, elle a été au cœur de la campagne électorale et a été un déterminant du vote des électeurs. Matteo Salvini avait promis de renvoyer 500 000 clandestins s’il était élu (100 000 par an durant les cinq années du mandat) et Luigi di Maio avait sérieusement tempéré les positions initiales de son parti selon ce pragmatisme qui caractérise les jeunes ambitieux… Même Matteo Renzi avait infléchi son discours sur l’immigration, mais il faut croire que les Italiens n’ont pas cru à la sincérité de celui qui, depuis 2013, avait laissé entrer près de 700 000 migrants pour la plupart issus
de l’Afrique sud-saharienne…

Lionel Humbert

(*) Les chiffres définitifs ne nous étaient pas encore connus au moment d’écrire ces lignes.

Minute n°2862 du 7 mars 2018.

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