Nouvelle crise financière en vue ?

« Nouvelle crise financière en vue », selon Wolfgang Schauble, ex-ministre allemand des finances, dans un entretien au Financial Times du 9 octobre 2017.

Lu pour vous dans Synthèse nationale.

La croissance française de l’ordre de 1.8% annuel reste convenable alors que la production industrielle ne retrouve toujours pas ses niveaux des années 2000, tandis que le sentiment qui se dégage du climat des affaires est positif presque aussi bon que celui qui prévalait au cours des années 90 et 2000. Le taux de chômage baisse légèrement à 9,8% contre un plus haut à 10,5% en 2015 loin des 7% de 2008, malheureusement. Seule la consommation des ménages continue de progresser d’année en année…

La conjoncture espagnole est l’une des meilleures en Europe. Avec un taux de croissance de près de 3.2%, le gouvernement de Rajoy reprend son souffle face au diktat imposé par la Commission Européenne en matière de consolidation budgétaire. Cependant, la crise catalane pourrait freiner cette croissance, l’incertitude n’étant jamais bonne en matière d’investissement. En outre, une indépendance de la Catalogne pourrait s’avérer néfaste pour Madrid, bien que les conséquences financières et économiques soient difficilement mesurables.

Quant à l’Italie, la situation de ses banques se stabilise, l’assureur Generali contrôle la situation de sa filiale allemande en difficulté, tandis que le PNB progresse sensiblement de 1.5%. Cependant le taux de chômage de 11% ne doit pas faire faire oublier celui des jeunes à 35% ! En outre, le déficit public restera supérieur à 120% jusqu’en 2020 au moins, tandis que le secteur bancaire fait face à près de 15% de créances douteuses (près de 350 milliards d’euros) sur ses en-cours de crédits.

L’économie britannique reste contrastée. En effet, les possibles conséquences du Brexit sont difficiles à mesurer. Certes, un visa pour les étrangers sera probablement la règle à l’avenir, mais une modification substantielle des échanges commerciaux, industriels et financiers semble très peu probable. Par contre la contribution significative de la Grande-Bretagne au budget de l’Europe va peser sur les membres, mais en contrepartie l’aide de 4 milliards d’euros de la PAC aux agriculteurs britanniques ne sera plus disponible.

Globalement en termes financiers par rapport à l’Europe, le Royaume-Uni sortirait gagnant. La livre à chuté de près de 15% (avec un plus bas de 25%) depuis le référendum creusant son déficit commercial tandis que les touristes sont venus en plus grand nombre. La croissance en légère baisse à 1,8% ne devrait pas s’accroître en 2018, tandis que le chômage poursuit sa baisse à 4,3%.

De l’autre côté de la planète, la Chine moteur de la croissance mondiale montre des signes de ralentissement et des nuages s’amoncellent à l’horizon : dettes publique et privée colossales, près de 250% du PNB, bulle spéculative immobilière, corruption permanente, pouvoir tyrannique concentrationnaire (20 millions d’êtres humains dans les laogaïs – camps de rééducation -) autant de freins à une croissance saine et durable. En outre, un resserrement du crédit bancaire devrait entraîner un ralentissement d’ici la fin de l’année. Mais les réformes souhaitées par le pouvoir central, en particulier, celles d’un yuan totalement convertible sans contrôle des changes, l’accès à des plateformes d’échanges financiers et monétaires, et un volet « protection sociale » renforcé, vont dans le sens d’une meilleure harmonisation des politiques économiques à l’échelle mondiale.

Aux États-Unis la politique monétaire, aux mains de la FED, se voudrait plus rigoureuse. Malheureusement, les bourses d’actions battent records sur records, à 23 000 points au Dow Jones le 18 octobre. Une hausse des taux d’intérêt pourrait enrayer cette envolée et provoquer une baisse durable voire prononcée des marchés. Une des conséquences serait un sentiment de pessimisme, néfaste pour les affaires. C’est la raison pour laquelle, non seulement la FED se montre pusillanime en matière de politique monétaire, mais en plus, la banque centrale américaine soutient artificiellement la hausse des marchés boursiers, via la planche à billets.

Notons que cette stratégie correspond également à celle utilisée par la BCE en Europe et depuis plus longtemps encore (dès 1990) par la banque centrale du Japon. Cependant, un nombre croissant d’observateurs et de participants aux marchés tirent la sonnette d’alarme en évaluant avec effroi que la prochaine crise sera plus forte que la précédente, mais pour le moment, leurs analyses ne se vérifient pas. Un jour sans doute… Car aux États-Unis, les chiffres économiques vont dans le sens d’un ralentissement de l’activité : augmentation du taux de défaut sur les emprunts des étudiants, les crédits automobiles ont baissé de près de 20% en 2017, les créances douteuses sur les emprunts immobiliers augmentent à nouveau.

Mais le taux de chômage est au plus bas sur 15 ans à 4,2%, le prix de l’immobilier dans les 20 plus grandes villes a augmenté de 5% en 2017, les commandes à l’industrie se stabilisent en 2017 tandis que l’inflation reste faible à 1,2% le plus haut sur 2 ans. Le secteur bancaire, quant à lui, résiste mais les performances ne sont plus celles qu’elles étaient avant 2008 : les opérations pour compte propre sont interdites, le « market making » est insignifiant mais surtout, comme au Japon ou dans la zone euro, les taux d’intérêt trop faibles ne permettent plus aux banques d’exercer leur principal métier : la transformation des dépôts, soit prêter de l’argent à long terme et se financer à court terme.

Tant que les taux long ne seront pas beaucoup plus hauts, les banques ne seront pas en mesure structurellement de s’appuyer sur des bases solides. Le salut bancaire passe par un écart (« spread ») entre les taux longs et les taux courts de plusieurs pourcents. Le renforcement des fonds propres bancaires et les solutions inadéquates ne sont que de maigres palliatifs face à deux risques majeurs : l’effet de levier (ratio capitaux propres sur le montant des actifs) et la concentration des portefeuilles d’investissements dont le corollaire est le risque de liquidité dans le cas de vente d’actifs.

Pieter KERSTENS

Synthèse nationale n°47 – automne 2017

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