Jean-Marie Le Pen a connu une semaine plus que chargée devant les tribunaux. Il était poursuivi par les lobbys d’invertis pour provocation à la haine ou à la violence envers les homosexuels, ainsi que pour injure publique, suite à des propos tenus en 2016 et 2017.

Lu pour vous dans Rivarol.

En mars 2016, dans son Journal de bord hebdomadaire, il avait fait un lien entre pédophilie et homosexualité, déclarant : « Je crois que la pédophilie, qui a trouvé ses lettres de noblesse […] dans l’exaltation de l’homosexualité, met en cause toutes les professions qui approchent l’enfance et la jeunesse ». Il récidivait en décembre de la même année avec cette considération : « Les homosexuels, c’est comme le sel dans la soupe: s’il n’y en a pas assez c’est un peu fade, s’il y en a trop c’est imbuvable ».

Et puis, en avril 2017, il critiquait la mise en scène des obsèques du policier tué dans un attentat jihadiste sur les Champs-Elysées, Xavier Jugelé, au cours desquelles son concubin s’était longuement exprimé, donnant sans la moindre pudeur des détails de leur vie intime. Le Pen avait déclaré : « Je pense que cette particularité familiale doit être tenue à l’écart de ce genre de cérémonie, qui gagnerait d’ailleurs à plus de discrétion ». Fureur de la confrérie. Le procès a été reporté au 13 juin.

Par ailleurs, la Cour de cassation examinait le 6 février le pourvoi du Menhir contre sa condamnation à 30 000 euros d’amende pour avoir réitéré ses propos sur le “détail” le 2 avril 2015 au micro de Bourdin sur BFMTV. Nous connaîtrons la décision de la plus haute juridiction d’ici quelques jours.

Et puis, le vendredi 9 février au matin, la cour d’appel de Versailles a rendu un arrêt qui confirme Jean-Marie Le Pen dans son titre et dans sa fonction de président d’honneur, avec toutes les prérogatives, qui y sont attachées et qui condamne plus fortement le Front national qu’en première instance. Le FN est ainsi condamné aux dépens (il devra donc payer intégralement les frais de justice du Menhir). Les dommages et intérêts alloués à Jean-Marie Le Pen passent de 15 000 à 25 000 euros et le montant des astreintes pour chaque refus de convocation du président d’honneur aux réunions des instances dirigeantes du FN passent de 2 000 à 5 000 euros.

Sachant que depuis sa suspension le 4 mai 2015, puis son exclusion le 20 août 2015, il y a eu des dizaines et des dizaines de réunions du bureau politique, du bureau exécutif (certaines officielles, d’autres clandestines) et de la commission nationale d’investitures, une réunion du comité central et plusieurs du conseil national, l’addition pourrait être très salée (de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’euros au moins !) pour un FN déjà criblé de dettes et proche, dit-on, de la cessation de paiement. Le FN a donc manifestement eu tort de faire appel, sa condamnation étant fortement alourdie. « Madame Le Pen est-elle solvable ? » s’est interrogé tout haut avec malice le conseiller du Menhir.

Fort de cette nouvelle victoire judiciaire, Jean-Marie Le Pen qui note qu’il a gagné tous les procès contre le parti de Marine Le Pen (cinq sur cinq !) a fait part de son intention de se rendre au XVIe congrès du Front national à Lille les 10 et 11 mars. Mais Marine Le Pen ne l’entend pas de cette oreille. Le secrétaire général Steeve Briois, à peine l’arrêt de la cour d’appel rendu, a déclaré sur BFMTV, manifestement sur ordre de la présidente, que les portes du congrès à Lille seraient fermées au président d’honneur.

Dans la matinée, prise d’affolement, la direction du FN a même publié, toutes affaires cessantes, un communiqué sur le site officiel du Front intitulé « la justice confirme que Jean-Marie le Pen n’aura pas le droit de participer au congrès de mars ». Pourtant à aucun moment, les magistrats ne disent cela. Au contraire ils réaffirment les prérogatives du président d’honneur du FN tout en jugeant légale son exclusion du mouvement. Jean-Marie Le Pen, étant membre de droit de toutes les instances dirigeantes du mouvement, on ne voit pas au nom de quoi il n’aurait pas le droit de venir au congrès qui doit de surcroît statuer sur la suppression de la fonction de président d’honneur.

La seule obsession de Marine Le Pen est clairement de supprimer cette fonction et de changer le nom du Front national (elle proposera à Lille aux adhérents un nouveau nom et le vote se fera après le changement des statuts par un vote postal ou électronique immédiatement après le congrès) pour rompre radicalement avec l’héritage politique et historique de son père. Elle accepte l’héritage patrimonial, matériel, financier de son géniteur mais pas son héritage politique et doctrinal, drôle de conception des choses et drôle de moralité !

Invité d’Europe 1 le 11 février, Marine Le Pen a parlé de son père en termes choisis. « Toutes ses provocations, comme j’ai eu l’occasion de le dire, visent à exister. Qu’il existe ! La page est tournée au Front national. ». Toujours à propos de son père, elle ajoute, après s’être laissée aller à un soupir très sonore et élégant, dans un français approximatif : « Je n’ai pas le sentiment d’avoir une épine dans le pied. Ou alors j’ai des cors qui se sont formés et je la sens plus trop. » Pas un mot non plus de sa part quant à la publication des mémoires de son père qui paraissent en librairie le 1er mars et qui relatent son enfance, sa jeunesse et sa vie d’homme et de militant politique jusqu’à la création du Front national en 1972.

Tout cela pour elle est un non-événement, tout cela ne l’intéresse pas ; elle craint seulement les interventions médiatiques du président d’honneur à cette occasion. On n’est même plus là dans le registre politique mais on verse carrément dans le psychiatrique, dans le clinique, dans le pathologique comme l’a dit lui-même le Menhir. Cette volonté farouche d’effacer son père, son œuvre, son histoire, ses idées, sa vie politique, son mouvement est stupéfiante. Il eût été tellement naturel que Le Pen, bientôt nonagénaire, pût dédicacer ses mémoires dans les allées du congrès et embrasser les militants d’un parti qu’il a fondé il y a près d’un demi-siècle et qu’il a dirigé près de quarante ans. Sa benjamine non seulement est dépourvue de toute gratitude et de toute piété filiale, non seulement elle est sans principe et sans honneur mais elle est surtout sans cœur !

Reste à savoir si Jean-Marie Le Pen se rendra réellement ou non au congrès lillois le samedi 10 mars. Son conseiller, Lorrain de Saint-Affrique, imagine déjà une arrivée grandiose du “président”, digne des obsèques de Johnny. Il déclare : « Nous avons un réseau de 300 bikers bretons prêts à lui faire escorte. Ça peut le faire pour saluer le retour à la démocratie au FN. » Quant à l’avocat de Jean-Marie Le Pen, le très talentueux Me Frédéric Joachim, il affirme que le Menhir, pour faire valoir ses droits, pourrait, le cas échéant, faire appel à la force publique, pour participer physiquement au congrès. Voilà en tout cas qui mettrait un peu de sel dans une assemblée qui s’annonce particulièrement fade et où Marine Le Pen est la seule candidate à sa succession, les autres candidatures ayant été invalidées avec mépris et sans autre forme de procès.

Robert SPIELER

Rivarol n°3317 du 14 février 2018

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