Jean-Pax Méfret « Nous avons besoin de la foi »

Jean-Pax Méfret a chanté l’Algérie, l’Indochine, la France… et maintenant les chrétiens d’Orient. Un nouveau CD qu’il est venu présenter à Radio Courtoisie.

Lu pour vous dans A l’écoute de Radio Courtoisie.

Votre œuvre suit l’histoire et c’est aux chrétiens d’Orient que vous avez cette fois prêté votre voix pour deux titres. L’un s’appelle « Noun », l’autre « La force ». Pourquoi ces chansons ?

« Noun » évidemment, parle et s’adresse aux chrétiens d’Orient, à ces chrétiens de Syrie qui souffrent le martyre. C’était naturel pour moi de chanter pour eux, de chanter mon admiration. Le titre est « Noun » car c’est ce signe que l’Etat islamique peignait sur les maisons chrétiennes, le « n » arabe qui désigne les nazaréens, c’est-à-dire les chrétiens. Le signe qui les a obligé à fuir pour ne pas mourir.
J’étais allé, l’été dernier, la chanter une première fois à Fréjus, à l’invitation de SOS Chrétiens d’Orient. J’ai été extrêmement touché par les récits de ces jeunes gens courageux qui partent soulager autant que possible ces populations qui souffrent…
« La force » est une sorte de cri vers le Ciel, que pourraient reprendre ces chrétiens persécutés : « Donne-moi la force ». mais c’est finalement une prière que peuvent faire tous les chrétiens du monde. Cette chanson est pour nous aussi, occidentaux. Nous avons tous besoin de cette force.

Il y a eu, dans vos chansons, des références religieuses, mais c’est la première fois que vous chantez réellement votre foi, non ?

La foi m’a toujours accompagné, toute ma vie. Je crois que c’est quelque chose dont nous avons réellement tous besoin. J’ai été pensionnaire chez les maristes. J’ai passé mon enfance et le début de mon adolescence à servir la messe, j’ai également été scout. Cette fois a grandi doucement, en même temps que moi et cela a finalement été une bonne préparation à ma vie d’aventures. C’est une force dont toute vie —puisque chaque vie est finalement une aventure — a besoin je crois.

Vous êtes le « chanteur d’Occident » comme vous l’avez vous-même chanté d’ailleurs. Vous avez multiplié les chansons sur des pans entiers de l’Histoire douloureuse… Pourquoi ces chansons ?

La chanson est une arme. J’avais cet amour de la musique et j’avais envie de raconter ce que j’avais vu, les injustices dont j’avais été témoin… rendre aussi, peut-être, justice à ceux qui ont été oubliés dans l’Histoire. Une chanson n’est pas rien, elle est un témoignage aussi. Je vais être concret. Je suis parti en reportage à Berlin deux mois avant la chute du mur et je faisais partie d’un groupe de journalistes qui a pu passer à l’Est cette fois-ci. Nous sommes arrivés et avons constaté que des étudiants étaient assis en petits groupes, sur les places, à la lueur de bougies. Ils chantaient et un journaliste est venu me voir pour me dire que certains étaient en train de chanter ma chanson, « professeur Muller ». Ils l’avaient traduite et la chantaient, sans savoir évidemment que j’étais là. J’étais particulièrement ému et ce jour-là, j’ai compris la force d’une chanson.

Vous avez des chansons parfois mystérieuses. «Le drapeau taché du sang d’Hernandez» par exemple. Ou encore, «il avait dans les yeux 35 millions d’étoiles»…

C’est phrases sont mystérieuses, mais  leur signification ne l’est pas du tout ! Hernandez a été le premier mort de la semaine des barricades à Alger. Le 24 janvier 1960, cette population qui ne comprenait pas ce qui était en train de se passer avec le retournement de De Gaulle s’est insurgée. Pour la première fois, les gardes mobiles ont tiré sur la foule. Ce jour là, c’est un immigré espagnol, Hernandez, qui est tombé le premier. On a trempé le drapeau français dans son sang, et on l’a dressé sur les barricades…
La deuxième phrase à laquelle vous faites allusion parle en réalité de saint Jean-Paul II. C’est de lui dont je parle dans cette chanson, les 35 millions d’étoiles étant les Polonais !

Une dernière question très indiscrète… Votre prénom, c’est un pseudo ?

Pas du tout, c’est bien mon prénom ! Je m’appelle même Jean-Pax, Marie, Ange, une sorte de prédestination pour revenir à votre première question ! Je finirai sur la foi justement, qui a été une force indispensable. J’ai passé ma vie à couvrir des conflits et des guerres, car on envoie rarement un reporter parler de la paix. J’ai essentiellement des souvenirs douloureux, parce que j’ai toujours été extrêmement touché par la souffrance des enfants. Mais c’est aussi ma vie qui a été parfois difficile, notamment en raison de la fin de l’Algérie justement.
Je suis rentré d’Algérie dans des conditions particulièrement dures : j’étais le plus jeune détenu de l’Algérie française. Je suis rentré dans un avion militaire, enchaîné à des officiers eux aussi arrêtés. Nous avons atterris à Villacoublay avant d’être emmenés à la prison de la Santé… J’avais alors 16 ans, j’étais donc mineur et les lois furent totalement bafouées…
Ma mère venait à pied pour économiser le peu d’argent qu’elle recevait, nous nous faisions régulièrement insulter dans les rues… Cette période a marqué ma vie au fer rouge, mais j’ai continué à aimer la France. Sans doute parce qu’elle me dépasse, et que j’avais ce trésor de la foi.

A l’écoute de Radio Courtoisie n°37 de novembre 2017 à janvier 2018.

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