Résister à Google, Apple, Facebook et Cie (GAFAM)…

Au delà des GAFAM, des sociétés américaines, le procès instruit est celui d’un modèle de société.

Lu pour vous dans L’Action Française 2000.

Maurras parlait jadis des « quatre États confédérés » ; la situation s’est aggravée : ils sont désormais cinq et se font appeler GAFAM — Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. Ces multinationales exercent une domination sans partage sur le web : Google détient plus de 80 % des parts de marché sur les moteurs de recherche, Facebook concentre 77 % du trafic social mobile, un dollar sur deux dépensé en ligne transite par Amazon. Leur capitalisation boursière cumulée dépasse le PIB de la France et l’on peut affirmer que ces nouveaux leaders de l’économie mondiale ont beaucoup plus de pouvoir sur nos vies que nos gouvernements.

Données personnelles

Les Français passent en moyenne plus de quatre heures par jour sur leurs ordinateurs, téléphones et autres tablettes. Les jeunes générations sont encore plus touchées avec une moyenne de huit heures passées devant les écrans pour les seize à vingt-quatre ans, dont quatre heures sur leurs smartphones. Nous devenons entièrement dépendants de nos gadgets. Ces derniers deviennent comme un prolongement de nous-mêmes, un organe dont nous ne pouvons plus nous passer. Or contrairement à nos membres naturels, ces engins sont issus de firmes privées qui en tirent profit. La collecte de nos données personnelles permet de nous proposer des offres commerciales personnalisées afin de nous pousser à la consommation. Le biais dans les recherches Google ou dans les publications Facebook tend subrepticement à infléchir l’opinion, jusqu’à peser sur nos choix politiques. Les algorithmes et les objets connectés qui envahissent notre quotidien se substituent peu à peu à notre libre décision. Aussi les nouvelles technologies ne sont-elles pas un simple outil à notre disposition, car elles sont capables de modifier notre comportement et d’altérer notre conscience. Face à ce Moloch cybernétique, il nous faut résister. Des voix se font entendre, ici et là, pour protester. Des personnalités politiques se plaignent de ce que les GAFAM ne paient pas leurs impôts. Et Macron s’enhardit jusqu’à proposer une taxation européenne, s’en remettant encore une fois à l’Union européenne pour mieux camoufler son impuissance. Il est certes vrai qu’au mois de mai 2018, l’UE va mettre en place un nouveau règlement général sur la protection des données (RGPD) afin de préserver davantage la vie privée de l’utilisateur en rendant ses données personnelles moins aisément récupérables. Mais cette mesure risque surtout de perturber le fonctionnement des petites et moyennes entreprises, sans remettre en question l’empire des multinationales qui arriveront comme toujours à contourner la loi. Nos représentants peuvent s’inquiéter autant qu’ils veulent de cette « menace pour la démocratie », nous savons que la vraie menace est précisément cette démocratie qui n’a jamais été autre chose que le cache-sexe du règne de l’argent. L’indignation factice de nos politicards fantoches ne peut dissimuler que leur soumission inconditionnelle au capitalisme mondialisé, à la société du spectacle et au consumérisme est en fait le meilleur allié de la Silicon Valley.
Parmi les opposants, on compte également des ingénieurs, des informaticiens ou des entrepreneurs qui ont participé à ce système mais s’en sont repentis. Ils ont cru au potentiel émancipateur des nouvelles technologies et ils y croient encore mais regrettent que les GAFAM usent de leur monopole pour les détourner vers des fins condamnables. Ils tentent donc de lancer une contre-offensive, de contester l’hégémonie de la Californie en proposant des services concurrents. C’est le cas de certains moteurs de recherche, comme Qwant ou Ecosia, qui promettent de respecter la vie privée des internautes et ont le mérite de ne pas investir massivement dans le trans-humanisme.

GAFAM vs BATX

Mais la compétition est rude. Il est difficile pour ces petites entreprises de tirer leur épingle du jeu. Il en irait peut-être autrement si elles bénéficiaient d’une aide de l’État. C’est ce que nous voyons en Chine, où la censure d’Internet (sites interdits, recherches filtrées, etc.) tend à favoriser les firmes locales. Dans l’empire du Milieu, les GAFAM cèdent le pas à leurs homologues, les BATX : Baidu (moteur de recherche), Alibaba (commerce en ligne), Tencent (application de messagerie), Xiaomi (producteur de smartphones et autres objets connectés). Toutefois, quel intérêt de concurrencer la Silicon Valley si c’est pour l’imiter en tout point ?
De façon générale, on peut sérieusement douter d’une démarche qui prétend résoudre les problèmes de la technique par la technique, comme si cette dernière était neutre et que sa récupération par des puissances financières voraces n’était qu’un déplorable accident. La prolifération des écrans, rendant l’homme de plus en plus isolé et déraciné, abruti par le divertissement (1,5 milliards d’utilisateurs hypnotisés par Youtube au moins une heure par jour), avili par la pornographie (25 % des recherches Internet), produit en série des individus déstructurés, capricieux et narcissiques, qui forment une proie idéale pour le Marché. Les GAFAM ne sont donc pas le dévoiement de cet espace de libre expression, de ce paradis enchanté que devrait être Internet ; ils sont l’aboutissement logique et inéluctable de notre modernité techniciste.

Des réseaux asociaux

Stéphane Giocanti a écrit : « Le plus grand ennemi du «pays réel» n’est plus le pays légal (ou moins qu’auparavant), mais bien le monde virtuel. » Il ne faut donc pas défendre la démocratie contre la Silicon Valley, mais sauver la France de cette démocratie qui nous abandonne au totalitarisme du capital et de la technique, de l’or et du fer. Aussi le meilleur moyen de s’opposer aux GAFAM est-il de remettre radicalement en question notre modèle de société, de renoncer aux mirages des réseaux asociaux et de la connectivité planétaire pour renouer avec une échelle locale et humaine.

André Chenier

L’Action Française 2000 n° 2968 — Du 21 décembre 2017 au 3 janvier 2018

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