Les dossiers de l’outre-mer

Comme il l’avait annoncé, le président Macron, puis son Premier ministre, ont rendu visite cet automne aux différentes régions d’outre-mer. Les dossiers sensibles se sont accumulés depuis des années. Certains n’hésitent pas à parler de « bombes à retardement ». Certes on peut regretter la départementalisation « non préparée » de Mayotte en 2011.

Pour frapper les esprits, les gouvernements avaient promis beaucoup avec la loi « pour l’égalité réelle des outre-mer », le 28 octobre 2017. Elle devrait passer par des étapes, de cinq ans, dix ans, quinze ans, en fonction des moyens et des besoins des territoires. Durant sa campagne électorale, Macron a déclaré ne plus vouloir de ces « plans de convergence ». Car il a fallu faire face aux crises sociales en rafales qui ont entraîné des engagements lourds pour essayer de faire face aux immigrations massives et à l’insécurité permanente à Mayotte et en Guyane.

Lors de sa visite, le président a bien affirmé que « l’État tiendra sa parole » (sur les promesses du gouvernement Hollande), soit 1,08 milliard d’euros pour un plan d’urgence. Mais n’a pas parlé des demandes d’un « collectif » qui réclamait, en plus, 2,1 milliards d’euros ! Il a été question de stratégies d’intégration régionale de développement durable. Des mots pour l’instant. Ce qui va peser c’est que la France sera le seul pays européen présent dans la région Pacifique, avec la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et la Nouvelle-Calédonie.

Ce dernier dossier a dû être précisé. Le 2 novembre, s’est réuni à Matignon le Comité des signataires, l’instance qui suit l’accord de Nouméa signé en 1998. Il prévoyait un référendum sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle Calédonie au plus tard en novembre 2018. Les tensions sont grandes. Le comité s’est donc réuni durant dix heures sous l’égide du Premier ministre. Il est parvenu à un premier accord entre indépendantistes et non-indépendantistes sur la liste électorale spéciale qui pourra participer à cette consultation référendaire. Les participants s’en sont félicités.

Il faut savoir que depuis quinze ans, les relations politiques du territoire sont troublées par cette affaire de la liste électorale spéciale. Car il y a trois listes : une liste dite générale (pour les élections nationales françaises) ; une liste provinciale (pour élire les membres des assemblées de province) et la liste spéciale (pour la consultation référendaire). Il y a des conditions particulières de durée de présence et d’autres critères. Ce qui contribue à la confusion des chiffres. On a compté 160 000 électeurs sur la liste spéciale, mais en recoupant avec d’autres listes, il est apparu que les électeurs kanaks non-inscrits étaient un certain nombre. On constata de semblables oublis pour les non-indépendantistes. Après des discussions, le Premier ministre est intervenu pour obtenir un accord. Son rôle a d’ailleurs été unanimement souligné par toutes les délégations. Il a fallu « procéder de manière exceptionnelle »… à l’inscription d’office de certaines personnes. Le gouvernement travaille déjà sur un projet de loi organique pour traduire cet accord politique.

Les élus de l’archipel ont répété leur désarroi devant « l’explosion de la délinquance des mineurs… très majoritairement kanaks » : vols, violences, cambriolages, ivrognerie régulière consommation de cannabis… Jusqu’en 2012, la Nouvelle-Calédonie a connu un développement économique et social très fort, grâce à l’industrie du nickel, suivi par une urbanisation rapide et le « déferlement d’Internet et des bouquets satellites. Pour la société traditionnelle kanake, le choc a été violent » (Cl. Wéry, in Le Monde, 04/11/2017). Le tout accompagné d’un gros échec scolaire des jeunes et la « déliquescence des familles ».

Qui peut croire que des scrutins ou des discours vont, par miracle, modifier les comportements ? Début octobre, Annick Girardin, ministre des Outre-mer depuis quelques mois [1], a lancé rapidement des « assises des outre-mer » devant déboucher sur un « Livre bleu outre-mer » d’ici sept mois. Pour l’axe directeur, le ministre a repris le jargon imprécis des annonces gouvernementales : « … socle des politiques publiques du quinquennat tournées vers le développement des territoires ultra-marins ». Ce qui indique que tout reste à faire. Pour la situation des territoires d’outre-mer, elle devrait lire de près les rapports des préfets et des polices locales. Sans ignorer le rôle essentiel que joue le nickel. Le territoire recèle les plus importantes ressources mondiales en nickel avec les Philippines et l’Indonésie dont 55 % des minerais les plus riches en teneur. Dans les années 2010, il y a eu un effondrement du précieux minerai. L’État français dut intervenir. Et les observateurs avisés conseillent aux opérateurs de s’entendre face au commerce mondial et de ne pas jouer « perso ». Mais aussi de ne pas faire dépendre l’économie calédonienne d’un système « aussi spéculatif et cyclique ». ♦

Michel LEBLANC

[1] – Annick Girardin, née en 1964, a commencé en politique à Saint-Pierre et Miquelon. (outre-mer) Membre du Parti radical de gauche, elle a fait partie deux fois d’un gouvernement socialiste : en 2014 comme Secrétaire d’État chargée du Développement et de la Francophonie, puis (dans Valls 2) comme ministre de la Fonction publique.

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