Un Vinci hors de prix

450 millions de dollars (soit 382 millions d’euros) pour un tableau ! La somme est astronomique, démentielle même ! C’était il y a quelques jours au cours d’une vente organisée par Christie’s à New York. Il était estimé à 100 millions de dollars par la maison de ventes aux enchères.

Lu pour vous dans Présent.

Pour quoi ? Un tableau de Léonard de Vinci. Un portrait du Christ en majesté, longtemps considéré comme une copie ancienne du maître. Il y a quelques années, des recherches minutieuses ont abouti à la sentence tant espérée : c’est bien un tableau de Léonard.
La nouvelle laisse un goût mitigé dans la bouche. La saveur y est, pour sûr, mais la digestion un peu lourde.
Bien entendu, on ne peut que se réjouir de voir une œuvre de Léonard de Vinci atteindre des sommets — et non pas celle d’un pseudoplasticien branché et sans talent qui hante la FIAC — tant les peintures de l’artiste et savant universel sont bien celles d’un génie hors norme. Ce type était vraiment exceptionnel ! Transformant en or tout ce qu’il touchait, on lui doit des productions intellectuelles et techniques hors pair et d’une diversité à donner le tournis : peinture, anatomie, architecture, musique, philosophie, écriture, poésie, urbanisme, ingénierie de l’armement, aéronautique, même si on a parfois amplifié à outrance les innovations réelles du maître. Relisez ses carnets, édités chez Gallimard en deux tomes, et vous serez étonnés par le côté très «pratique» du personnage : il, était curieux de tout, des phénomènes les plus extraordinaires aux objets et faits du quotidien. Tout l’intéressait. C’était un intellectuel, la tête dans les étoiles et les pieds dans le réel.
Ce que n’est pas ce montant : 450 millions de dollars. On veut bien croire que le génie n’a pas de prix, mais tout de même, là on perd la tête. L’art est devenu un actif et un placement comme un autre : j’achète un château, une start-up, de belles voitures, des actions, des lingots, des parts dans un fonds d’investissement, une veste de Claude François… et un tableau de Léonard de Vinci. Qui va me rapporter beaucoup. Le marché de l’art n’a jamais si bien porté son nom… Non pas qu’il faille regretter que les productions du génie humain aient une valeur marchande, mais que ces valeurs soient folles et déconnectées du réel — un peu comme ces sportifs payés des millions d’euros — car rapportant beaucoup plus à leur propriétaire.
On connaît l’identité de l’acquéreur : il s’agit de deux fonds d’investissement réunis pour l’occasion. On imagine aisé-ment que ce n’est pas par philanthropie ou par amour de l’art que le tableau a été acquis. Non, il faut que cela crache du dividende. C’est ainsi que le tableau devrait être loué, à prix d’or, à diverses institutions culturelles, dont certaines se sont déjà manifestées, notamment en Asie et chez les Bédouins. Avec une communication bien ficelée, cela devrait faire un tabac : pensez-donc, le tableau le plus cher du monde !
Le plus cocasse serait de se rendre compte, maintenant, qu’en fait, c’est vraiment une copie…

François Brégaint

Présent n°8994 du 24 novembre 2017

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