Le tout-en-ligne d’information d’Edwy Plenel, fortement marqué à gauche, n’hésite pas à investir dans d’autres médias indépendants. Sans viser le profit, assure Mediapart.

Lu pour vous dans Présent.

En toute discrétion, Mediapart vient d’injecter 50 000 euros dans le nouveau site régional d’investigation, Mediacités. Créé début 2017 par des journalistes des suppléments locaux de L’Express, dont le rédacteur en chef Jacques Trentesaux, IC tout-en-ligne se veut l’antithèse de la presse régionale. Pas de publicité, d’annonces légales et d’articles complaisants, sont les maîtres mots de Mediacités.
Le média s’est déjà implanté à Lille, Lyon, Toulouse et, depuis la rentrée, à Nantes. Payant (50 euros par an), il vise 2 500 abonnés fin 2017 et 15 000 à l’horizon de trois ans. Car Mediacités ambitionne de couvrir les dix principales agglomérations françaises à l’horizon de 18 mois. Un déploiement qu’il faut financer même si le réseau sera réduit au minimum — un ou deux rédacteurs par bureau régional. Dans ce cadre, Mediapart a souscrit à l’augmentation de capital en cours qui doit en principe rapporter 350 000 euros au total dans les caisses de Mediacités, lancé avec une somme identique via les fonds propres de ses fondateurs. Une fois cette levée de fonds achevée, 30 % des actions de Mediacités seront détenues par des actionnaires extérieurs, Mediapart, mais aussi le groupe Indigo Publications, spécialisé dans l’information confidentielle en Afrique et en France.
À la rentrée de septembre, Mediapart avait déjà injecté quelques dizaines de milliers d’euros dans le tout-en-ligne Marsactu, basé dans la cité phocéenne. Également tourné vers l’investigation, le site a redémarré il y a un an après avoir été liquidé, sous l’ère de son précédent éditeur. Un collectif de journalistes est désormais à la barre de Marsactu et tente de ne pas trébucher à nouveau. Ces deux investissements de Plenel dans l’Hexagone font suite à une première mise de fonds de 200 000 euros, en Espagne, dans le site proche du parti d’extrême gauche Podemos, Infolibre. Si officiellement Mediapart n’agit que pour aider d’autres médias indépendants de gauche (Infolibre), ou non (Marsactu, Mediacités), ses choix sont raisonnés et loin d’être désintéressés.
Le réseau multirégional en train d’être constitué par Trentesaux pourrait se révéler à terme une bonne affaire. De façon plus modeste, Marsactu devrait dégager de premiers bénéfices en 2018. Edwy Plenel a beau être un ancien trotskyste, il sait compter. Sa propre expérience lui sert d’exemple. Fondé en 2007 par l’ancien directeur de la rédaction du Monde et deux autres journalistes marqués à gauche, François Bonnet et Laurent Mauduit, Mediapart est devenu en moins de dix ans une redoutable cash machine. Le tout-en-ligne, qui s’appuie sur environ 120 000 abonnés, a réalisé plus de 11 millions d’euros de chiffre d’affaires et près de deux millions d’euros de résultat net en 2016. Ses performances devraient être encore meilleures cette année.

Charles Mansel

Présent n°8984 du 10 novembre 2017

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