Le conseil de surveillance du Groupe Le Monde s’est réuni le 5 octobre pour choisir un successeur à son président Pierre Bergé décédé le 8 septembre. Il s’agit de Jean-Louis Beffa, âgé de 76 ans, ancien président de Saint-Gobain et membre du conseil de surveillance du Monde depuis 1994. Il est très impliqué dans de nombreux réseaux d’influence : Le Siècle [1], Fondation Saint-Simon, Club des Cent, Entreprise et Cité, Table ronde européenne, Institut de l’entreprise, Club franco-américain des grands patrons

À cette occasion fut évoquée la situation du Groupe Le Monde. Fin 2016, il a enregistré, pour la deuxième année consécutive, un résultat d’exploitation consolidé positif de 6,9 millions d’euros. Rappelons que ce journal avait frisé l’effondrement dans les années 2007-2008. Il a été sauvé avec l’arrivée, comme actionnaires principaux de MM. Bergé, Niel, Pigasse. Ils n’ont cessé d’abonder les fonds. De 2010 à 2016, ils ont injecté pas moins de 110 millions d’euros, et début août dernier, ils ont souscrit à une augmentation du capital de 30 millions d’euros. Comme prévu par P. Bergé, MM. Niel et Pigasse se sont partagé à égalité les parts que le défunt détenait dans Le Monde Libre (le « holding » détenant la majorité du capital, constitué en 2010).

Des critiques réactionnaires nous diront qu’avec l’aide continue de milliardaires, il est plus facile de faire paraître un journal que lorsque l’on attend avec inquiétude les seuls réabonnements de lecteurs. Le Groupe a insisté – Le Monde raffole, on le sait, de donner des leçons de morale – dans sa communication pour mettre en avant, les accords signés qui pérennisent les droits du Pôle indépendance qui rassemble les journalistes, personnels, fondateurs, lecteurs du Groupe Le Monde. Ils ne déprendront pas du capital et deviennent statutaires et inaliénables. Les rédactions verront leur indépendance garantie par une charte éthique, déontologie et blablabla…

Il sera intéressant de voir ce que va donner réellement la « déconnexion des droits politiques et moraux des journalistes de l’évolution du capital ». Il est clairement dit que les actionnaires majoritaires « apportent les moyens du développement économique ». Il est vrai qu’à la différence de la majorité des journaux ou hebdomadaires, qui – autant pour leur trésorerie précaire que pour séduire un lectorat de moins en moins « liseur » –, font dans l’information à l’emporte-pièce, à bas prix. Le Monde, ces dernières années, a proposé des articles variés, souvent fouillés, si l’on écarte les éditoriaux « politiques » d’une partialité doucereuse horripilante. Beaucoup d’observateurs ayant constaté depuis deux ans la frénésie d’enquêtes nouvelles du quotidien, l’ont attribuée à une participation à la campagne électorale. En faveur de Macron estiment certains, ce que nie le quotidien du soir.  Présenté comme idéal, le fonctionnement du Monde repose sur un partage des tâches qui relève du conte bisounours : d’un côté, les gentils capitalistes donnent les millions et les non moins gentils journalistes, recrutés sur des critères philosophiques ou idéologiques bien « dans le vent », resteraient « indépendants ».

Dans son numéro du 7 octobre dernier, le nouveau président a précisé les différents canaux financiers du journal outre les actionnaires prioritaires : les achats des lecteurs, au numéro ou en abonnements, sur papier ou en numérique ; la publicité ; des activités « hors media » (conférences…) ; les aides de l’État qui existent depuis l’après-guerre : des tarifs postaux dérogatoires, des exonérations fiscales (taux de TVA à 2,1 %) ; aide aux ventes à l’étranger, au portage, au développement (le numérique). En 2016, le montant des aides publiques était de 2,6 millions d’euros.

PS. Lectures Françaises – faut-il le préciser ? – n’est pas un mensuel alimenté par des millionnaires en mal d’originalités, ni par des partis politiques pensant imposer leurs vues. La revue se bat pour aider un peu nos compatriotes à y voir clair. Pour survivre elle doit donc se développer et seuls nos lecteurs peuvent nous aider. Merci.

[1] – Voir l’ouvrage d’Emmanuel Ratier : Au cœur du pouvoir. Enquête sur le club le plus puissant de France (Éditions Facta, 2015 pour la dernière mise à jour).

Michel LEBLANC

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