Patrick Le Diffon, maire (LR) de Ploërmel — et conseiller régional de Bretagne — il est bien décidé à préserver l’œuvre de Zurab Tseretli et à la garder dans sa commune. S’il prend acte de la décision du Conseil d’État, il étudie déjà les solutions permettant de concilier le respect de la loi et son maintien en ville, que réclament ses administrés.

Lu pour vous dans Minute.

« Minute » : Monsieur le maire, l’arche et la croix qui accompagnent la statue sont-elles partie intégrante de l’œuvre du sculpteur Zurab Tseretli ?

Patrick Le Diffon : Oui. J’interroge d’ailleurs actuellement cet artiste russe pour lui demander s’il m’autorise, s’il est impossible de faire autrement, à enlever la croix pour respecter l’injonction du Conseil D’État. Il pourrait me poursuivre si je mutilais son œuvre sans son autorisation, puisqu’il en garde la propriété intellectuelle : l’œuvre d’art est une et indivisible.

Puisque c’est le caractère public de l’emplacement de cette œuvre qui est en cause, ne pourriez-vous tourner cette difficulté en vendant cet espace à une association privée ?

Une procédure déjà en cours pourrait, en effet, y aboutir. Inaugurée en décembre 2006, place Jean Paul II, la statue est érigée sur un parking public, lui-même créé à l’emplacement de l’ancienne cour du couvent du Sacré-Cœur. Celui-ci, qui était devenu un collège et un pensionnat de jeunes filles, a appartenu à la communauté des sœurs de Ploërmel jusqu’à la fin des années 1990.
À cette époque, la commune s’en est portée acquéreur avec le projet d’y aménager un centre culturel, qui s’est avéré finalement trop onéreux.
Or, en mars 2006, un incendie a dévasté l’ancien couvent et la commune n’a pas la capacité financière de le restaurer elle-même, mais nous pouvons le sauver en « saucissonnant » les bâtiments.
Une partie d’entre eux, ravagés par le feu, sera rasée et nous cherchons un porteur de projet privé susceptible de réhabiliter les moins abîmés pour en faire des immeubles.
Dans cette optique, le parking serait privatisé – et l’œuvre de Tseretli ne se trouverait donc plus sur un espace public. Mais aurons-nous le temps de réaliser cette opération immobilière ?

Comment les Ploërmelais réagissent-ils à la polémique en cours ? A l’origine du conflit, deux habitants de votre ville seulement ont porté plainte…

Deux personnes contestent depuis l’origine l’installation de ce monument, mais elles ont bénéficié du soutien de la fédération morbihannaise de la Libre Pensée. Pourquoi ces personnes, qui faisaient alors partie de l’opposition, n’ont-elles pas opposé de contestation majeure au projet pendant la délibération du conseil municipal, ou au début des travaux, lors de la pose du socle de la statue ?
Quant aux Ploërmelais, que j’entends s’exprimer dans la rue, au marché ou sur la place Jean Paul II, ils ne comprennent pas que l’on revienne sur ce sujet douze ans après l’installation de la statue du pape, qui fait aujourd’hui pleinement partie des monuments de Ploërmel.
Pour ma part, j’appelle à l’apaisement. Jean Paul II était un homme de paix, qui n’aurait pas aimé que les extrémistes – de part et d’autre – réveillent les guerres de religion autour de son effigie.

Que vous inspire la démarche du premier ministre polonais, qui propose de «récupérer» la statue ?

Ploërmel est jumelée avec une ville polonaise (Kolbuszowa, Ndlr). Depuis la pose de cette statue du pape Jean Paul II, leur compatriote, les Polonais s’y sont toujours montrés attachés. Un maire polonais m’avait déjà proposé, en m’assurant de son soutien, d’accueillir la statue chez lui si nous ne pouvions pas la conserver. Je crois que c’est dans cet esprit qu’il faut recevoir la proposition du premier ministre polonais, dont la réaction ne me surprend pas.
Le 30 octobre, j’ai aussi reçu un appel d’un représentant de l’ambassade de Pologne, qui me témoignait lui aussi son soutien pour garder cette œuvre en place. Je l’ai remercié et lui ai répondu que la Pologne avait peu de chances de récupérer la statue, que j’ai bon espoir de maintenir intacte à Ploërmel !

Propos recueillis par Eric Letty

Minute n°2845 du 1er novembre 2017

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Cet article a 2 commentaires

  1. Noël Stassinet

    On peut s’asseoir sur une décision du Conseil d’Etat car cela a déjà eu lieu : A Gesté, en 2013, le Conseil d’Etat avait interdit la démolition de l’église, de même que la DRAC et le Tribunal administratif. Le Maire, premier magistrat, Jean-Pierre léger est passé outre et l’église a été détruite sous le regard impassible des gendarmes vis à vis d’un délinquant ! Aucune poursuite n’a été engagée contre cet individu ! Alors le maire de Ploërmel n’a qu’à en faire autant!
    Noël Stassinet

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