Premiers pas du ministre de l’Éducation dite nationale

Pour qui ne s’arrête pas à la fumée de l’actualité immédiate, médiatique, consumériste, pour qui tente de se projeter au-delà d’un quinquennat en pensant aux jeunes générations, il est clair que la tâche d’un ministre de l’Éducation relève des travaux d’Hercule, à côté desquels les déclarations élyséennes semblent reprendre les discours ubuesques du maire de Champignac. Pour essayer d’analyser honnêtement le nouveau titulaire du poste, il était nécessaire d’attendre la rentrée et les premières décisions. L’Éducation nationale étant une sorte d’État dans l’État, il me semble de bon aloi d’y nommer quelqu’un qui en connaît toutes les ramifications, couloirs, placards ainsi que les mœurs des tribus qui y vivent.

Jean-Michel Blanquer est né en 1964 à Paris, y a grandi, y a fait ses études dans les bonnes écoles et universités. Les titres ? Il les a tous : maîtrise de philosophie, DES d’études politiques à Sciences Po, doctorat et agrégation de droit public [1]. Être un « intellectuel brillant », un « enseignant-chercheur », n’implique pas de soi être un ministre courageux. Or devant ce qu’est notre école, le courage est primordial. M. Blanquer a déjà mis les mains dans le cambouis : recteur en Guyane en 2004, directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien (en 2006), recteur de Créteil puis directeur général de l’Enseignement scolaire auprès de Luc Chatel (2009). Et là, devant l’incapacité complète du ministre (ancien DRH de L’Oréal), son numéro deux prit les commandes de la boutique.

Aux dires de ceux qui ont travaillé avec lui, il est libéral, audacieux, pragmatique ; il autorise les expériences qui peuvent marcher. En Guyane, il a lancé un Observatoire de la non-scolarisation puis est allé un peu partout sur place rencontrer les populations et les enseignants des zones reculées. De cette expérience, il tire des convictions. D’abord l’utilité de l’autonomie des établissements. Il poussera l’idée à Créteil et rapidement soutiendra des expériences : micro-lycées pour les « décrocheurs », emploi du temps « à l’allemande », l’internat d’excellence… Ces tentatives cherchant à « extraire une poignée d’élèves méritants de leur milieu d’origine », ou à « repérer » les élèves « à risques » dès la grande section de maternelle (Le Monde, 11-12/06/2017) ont donné de bons résultats et braqué à gauche (FSU, FCPE, CGT) sous prétexte de provocation contre l’égalité ! Le ministre a cependant soutenu les expériences tentées en maternelle et se fondant sur les méthodes se rattachant aux neurosciences. Enfin, il fut directeur général de l’Essec, une des plus importantes écoles de management françaises de 2013 à 2017.

Dès sa nomination, Jean-Michel Blanquer s’est employé à rassurer. Il a donné des entretiens à différents journaux et magazines pour se faire connaître et essayer de dissiper les craintes de la clique de gauche qui considérait depuis des décennies, qu’elle était prédestinée à diriger le ministère de l’Éducation jusqu’à la consommation des siècles. Parmi les réformes, il a confirmé celle des classes de CP à douze élèves dans les écoles des zones REP (réseaux d’éducation prioritaire renforcés) visant « les 100 % de réussite à l’issue du cours préparatoire, considéré, à juste titre, comme le départ le plus crucial. Il souligne qu’il faudra évaluer la réforme et, si besoin, évoluer. Il n’ignore pas les problèmes du manque de locaux pour ces classes à douze ; pour les rythmes scolaires, même empirisme : libres choix, concertations locales. Pour le collège, à plusieurs reprises, le ministre a affirmé son soutien aux classes bilangues, les sections européennes, l’option latin, grec (?)…

Ce qui ne l’empêche pas de tomber dans les poncifs : il nous faut, a-t-il dit, « concilier la tradition et la modernité, l’exigence et la bienveillance… synthèse française »… Ne nous leurrons pas, comme tous les ans, le ministre doit rassurer en lénifiant. Nous verrons à la Toussaint ce qui a été mis en place. Sa position est difficile à tenir : il cherche à rectifier les âneries « pédagogistes » imposées par les amis politiques de Mme Najat Vallaud-Belkacem, sans vraiment le dire. Déjà les sociologues de l’éducation, genre Meirieu, qui ont fait de l’école leur laboratoire révolutionnaire, crient au « détricotage » de leurs dangereuses lubies tout en y voyant une attaque frontale de l’école publique. Après les grèves, attendons-nous à des campagnes de la presse de gauche cherchant à dénoncer les quelques déclarations ministérielles de bon sens, ayant séduit les réactionnaires et des professeurs lucides : « le pédagogisme doit désormais relever du monde d’hier », « le discours égalitariste est destructeur », en histoire… « une approche chronologique est nécessaire… au moins jusqu’à la fin du collège »… bene, recte et ensuite ?

Oui, c’est bien beau mais il reste à réformer les formations des professeurs. N’oublions pas que de 1990 à 2013 – soit presqu’une génération –, ces formations des professeurs stagiaires ont été entièrement basées sur la primauté de la pédagogie accompagnée d’une bonne dose d’égalitarisme. Si nous ajoutons la pression des Instituts universitaires de la formation des maîtres, nous arrivons à la triste constatation de baisses de niveaux sévères (en lecture, vocabulaire, grammaire, compréhension des textes).

Pierre Romain

[1] – À Sciences Po, M. Blanquer s’est lié d’amitié avec François Baroin et garde une grande admiration pour le père de celui-ci, Michel Baroin (mort en 1987), patron de la Fnac, Grand Maître du GODF et ami intime de Jacques Chirac… Blanquer lui a consacré un livre (Michel Baroin : les secrets d’une influence, Éd. Plon, 1992). Bien qu’il ait lui-même hésité un instant sur un changement de parti, François Baroin (LR) aurait regretté le ralliement de son ami Blanquer à Macron.

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