Ivan Gobry, la sainteté intellectuelle

Bel hommage de l’abbé de Tanoüarn à Ivan Gobry.

Lu pour vous dans Monde & vie.

Ivan Gobry nous a quittés pour un monde meilleur le 3 août dernier, en pleine vacances d’été. Il est parti discrètement. Mais je crois que l’on doit saluer son départ, car un intellectuel de cette trempe, ce n’est pas si fréquent. Je peux témoigner que sa plus grande passion était la passion d’enseigner. J’ai personnellement reçu seulement quelques cours de lui. Ils ont changé mon approche de la philosophie et de la théologie. J’avais été formé dans les disciplines salutaires du thomisme le plus rigoureux. Et voilà qu’à l’Institut Universitaire Saint Pie X, où j’avais choisi de recevoir un tel enseignement, l’abbé Lorans nous présente ce professeur à l’Université de Reims, qui donnait aussi des cours à l’Institut catholique, où il avait soutenu sa thèse. Il suffisait au professeur Gobry de prendre la parole pour emporter, pour enthousiasmer son auditoire quel qu’il fût. Son enseignement avait quelque chose d’une prédication philosophique, en ce que ce n’était jamais l’étalage d’une science recherchée pour elle-même. Ses mots sonnaient comme autant de mises en cause personnelles, il se préoccupait toujours de la valeur de nos comportements, qui, seule, les justifie… Il n’y avait aucun moralisme là-dedans, mais seulement l’écho du précepte socratique : « Connais-toi toi-même ». Pour Ivan Gobry, une philosophie qui ne contribuait pas, de près ou de loin, à la connaissance de soi, c’est-à-dire à la prise de conscience de sa destinée éternelle, était une science vaine. Ainsi nous fit-il découvrir le noble Platon, sous son aspect le plus socratique. Il en faisait un véritable maître spirituel. Il était lui-même, s’effaçant derrière les auteurs qu’il présentait, une sorte de maître spirituel discret, donnant à ceux qui le lui demandait, sans jamais paraître importun.
Au cours de son existence, il a publié quelque 120 ouvrages, dont certains d’une ampleur considérable, comme son Histoire du monachisme en Occident. Son best-seller demeure sa Vie de saint François d’Assise qui atteint le tirage astronomique d’un million d’exemplaires vendus, dans presque toutes les langues du monde. L’écriture était pour lui le moyen de poursuivre son enseignement. Après une œuvre de philosophie, il se fit historien ecclésiastique, touchant à toutes les époques, mais se spécialisant dans l’époque médiévale, si florissante et si diverse du point de vue de l’histoire de l’Église. Je citerai parmi ses biographies un Luther, un Pie IX, mais aussi un Verlaine ou un Nietzsche.
Sa science et sa puissance intellectuelle ne doivent pas masquer sa générosité : père de 9 enfants, il adopta aussi deux Africains, deux Jacques, qui devinrent prêtres (l’un des deux est évêque au Togo). La sainteté intellectuelle qu’il a si ardemment cherchée ne lui faisait pas faire l’économie du don de soi, au contraire. Membre fondateur de Laissez-les vivre, dès 1972, défenseur de la tradition catholique, il a manifesté dans la vie une sorte d’héroïsme tranquille, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas commun chez les intellectuels. Sa formule clé ? « La personne suscite l’amour et l’amour suscite la personne ».

Abbé G. de Tanoüarn.

Monde & vie n°944 du 7 septembre 2017

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