Politiquement correct : et si la révolte venait des Etats-Unis ?

Qui l’eût cru ? Alors que le politiquement correct ne cesse de gagner du terrain aux Etats-Unis comme chez nous, voici que seize professeurs des universités les plus prestigieuses des Etats-Unis se rebiffent. Avec un sentiment d’urgence qui fait chaud au cœur. Ils veulent en finir avec le prêt-à-penser, le sectarisme qui règne en maître là, précisément, où l’on est censé apprendre à penser. Leur message tient en trois mots :
« Pensez par vous-même. » C’est sobre et direct. Et par les temps qui courent, c’est inouï.

Lu pour vous dans Minute.

Ils sont de Princeton, Harvard et Yale, trois universités de la célèbre « Ivy League » et peut-être les plus connus de ces huit établissements vénérables de la côte Est dont les bâtiments si classiques sont assez anciens pour que le lierre, l’« ivy », y pousse sur les murs. Trois universités qui ne brillent pas par l’anticonformisme — en tout cas jusqu’ici. Mais de même que trop d’impôt tue l’impôt, trop de politiquement correct finit par vriller les esprits et arrive un jour le moment de dire « non ». Ce moment est arrivé.
Tout est parti d’une initiative d’un professeur de droit respecté, quoique conservateur, Robert P. George. Âgé de 62 ans, bardé de distinctions, il enseigne la jurisprudence ainsi que les «institutions et idéaux américains» (ça ne s’invente pas !) à l’université de Princeton. Il voulait aller vite. A tout prix publier sa lettre et toucher le plus grand nombre possible d’étudiants à travers les Etats-Unis, et de préférence ceux qui vont, pour la première fois, mettre les pieds dans une université, afin de les encourager à l’indépendance d’esprit. Parce qu’aujourd’hui, il y faut du courage.
Pour cela, il n’a pas eu le temps de rassembler des milliers de signatures, encore que le Pr George n’aurait pas jugé cette ambition impossible : il fallait un accord rapide sur un texte qui ne serait pas amendé par des dizaines de personnes. Dans son réseau d’universitaires, il savait pouvoir toucher et convaincre des enseignants des plus respectés pour parler depuis les facultés les plus sélectives. La qualité prend ici le pas sur la quantité. Et les signataires sont de droite comme de gauche.

Le mot d’ordre : Pensez par vous-même »
Les trois mots : « Pensez par vous-même » (« Think for yourself »), reviennent comme un leitmotiv dans leur lettre qui réjouit essentiellement la droite, ce qui mérite d’être souligné. «Cela peut sembler facile. Mais vous allez découvrir — comme vous l’avez peut-être déjà découvert à l’école secondaire — que penser par vous-même peut représenter un défi. Cela demande toujours de l’autodiscipline, et aujourd’hui, peut exiger du courage», écrivent les signataires. Ils ne veulent plus que les étudiants soient de simples « chambres d’écho » de la pensée unique. Et de mettre en garde contre le fait de laisser « façonner son point de vue par l’opinion dominante sur le campus » : « Le danger auquel est aujourd’hui confronté n’importe quel étudiant — ou membre du corps professoral — est de tomber dans le vice du conformisme, de céder devant la pensée collective. »
Dénonçant ce que l’économiste libéral du XIXe siècle John Stuart Mill appelait « la tyrannie de l’opinion publique », voici donc qu’aux Etats-Unis des professeurs confirment que la pensée dissidente est aujourd’hui non seule-ment découragée, mais que les étudiants eux- mêmes sont incités à « supposer que les points de vue dominants sont si question » : « Puisque nul ne veut être, ni même être considéré comme un sectaire ou un hurluberlu, la manière facile, la voie du moindre effort consiste à s’aligner simplement sur les orthodoxies du campus », écrivent Robbie George et ses quinze cosignataires.
Dans un entretien avec Tucker Carlson sur la chaîne conservatrice (voire « néo-con ») Fox News, le Pr George prend d’ailleurs soin de noter que cette tyrannie de la pensée émane de la gauche. Et si lourdement que même des universitaires de cette tendance ne le supportent plus.

« Je sais reconnaître Big Brother quand je le vois »
Que la pensée dominante soit de gauche, cela est confirmé par Carlos Eire, professeur d’histoire et d’études religieuses à Yale. Il n’a pas hésité une seconde avant de signer cette lettre : « Je suis profondément inquiet de voir la montée de l’intolérance sur les campus universitaires, spécialement parce que cette intolérance ne vient que d’une seule direction : la gauche. Si vous êtes en désaccord avec elle, vous serez immédiatement stigmatisés comme étant maléfique et (ou) stupide. »
Eire sait de quoi il parle. Né à Cuba en 1950, il sait où mène l’interdiction de la pensée personnelle et de la liberté d’expression : « Je suis une victime du communisme, j’ai vécu dans un Etat totalitaire et je me suis enfui vers les Etats-Unis alors que j’étais encore enfant, sans mes parents, de manière à pouvoir penser librement tout seul et parler librement. J’ai déjà vécu en 1984, sous l’ceil toujours vigilant de Big Brother et de son ministère de la vérité, et je sais reconnaître Big Brother quand je le vois. Et aujourd’hui, il me fait une peur bleue à mesure que son pouvoir augmente. »
Comparer le poids du politiquement correct avec des tyrannies sanglantes, c’est fort. Et pourtant vrai : la seule chose qui change, c’est que la plus grande partie de la population et même ceux qui sont censés former les élites de demain y adhèrent sans discuter !
« Penser par soi-même veut dire remettre en question les idées dominantes, même lorsque les autres insistent pour qu’on les considère comme indiscutables. Cela veut dire décider de ce que l’on croit, non en se conformant à des opinions à la mode, mais en prenant la peine d’apprendre et d’évaluer honnêtement les arguments les plus forts que l’on avance des deux, voire de tous les côtés d’une question — y compris des arguments favorables à des positions que d’autres honnissent et veulent stigmatiser, et contre des positions que d’autres cherchent à immuniser par rapport à l’examen critique », rappellent donc les seize signataires.
« L’amour de la vérité et le désir de l’atteindre doit vous pousser à penser par vous-même, poursuivent-ils. L’objectif central d’une éducation universitaire est de rechercher la vérité, et d’apprendre les compétences et d’acquérir les vertus nécessaires pour devenir un chercheur de vérité pendant toute sa vie. L’ouverture d’esprit, la pensée critique et le débat sont indispensables pour découvrir la vérité. En outre, ils constituent nos meilleurs antidotes au sectarisme. »
Un véritable manifeste à faire lire à tous les étudiants et à tous leurs professeurs… des deux côtés de l’Atlantique.

Sus aux « bigots » : les sectaires et les intolérants
C’est par le mot « sectarisme » que George désigne les caciques de la pensée unique. En anglais, bigotry désigne en effet les sectaires, mais aussi les intolérants, les étroits d’esprit, ou, comme le dit un célèbre dictionnaire, celui qui est « obstinément ou de manière intolérante attaché à ses propres opinions et préjugés » rappellent les seize signataires. «Les seules personnes qui aient à craindre une recherche ouverte et un débat vigoureux sont les vrais sectaires, y compris ceux qui, sur les campus ou dans la société en général, cherchent à protéger l’hégémonie de leurs opinions en prétendant que le simple fait de les remettre en question constitue un sectarisme » : tels sont pris qui croyaient prendre, les vrais sectaires, à savoir les intolérants, les racistes, les extrémistes, les idéologues, et, osons le dire, les menteurs qui sont ceux qui tyrannisent aujourd’hui l’opinion.
Il ne s’agit pas tant d’un débat sur la libre pensée que d’une affirmation des droits de la vérité. Que le fait d’encourager des jeunes à ne pas seulement ingurgiter ce qu’on leur sert comme du « fast-food », du prêt-à-penser, mais à se faire « chercheurs de vérité » puisse paraître comme révolutionnaire en dit long sur les tares omniprésentes de notre temps de prétendue liberté. Mais c’est la révolution qui a décrété : «Pas de liberté pour les ennemis de la liberté.»
Robert George — qui vient du Parti démocrate mais a fait beaucoup de chemin depuis —rien est pas à son coup d’essai : en mars dernier, il avait cosigné avec l’universitaire Cornel West, très engagé à gauche et militant de la cause afro-américaine, une déclaration en faveur de la liberté d’expression, qui, elle, avait recueilli des milliers de signatures d’universitaires des Etats-Unis.
Il n’est pas besoin de chercher bien loin en quoi consiste cette pensée unique à laquelle les étudiants universitaires sont invités à résister. Elle est omniprésente. Elle concerne aussi bien l’attitude vis-à-vis de l’immigration ou de Donald Trump, le respect de «l’orientation sexuelle» ou de « l’identité de genre », l’acceptation de l’avortement— combien d’universités refusent aux « pro-vie » d’organiser des sociétés de débats ou des événements ? — et, bien sûr, l’affirmation du réchauffement climatique, et encore, d’origine anthropique s’il vous plaît. La liste n’est pas exhaustive.
L’idéologie du genre en particulier, qui aujourd’hui peut mettre des pâtissiers à l’amende s’ils refusent de faire un gâteau de mariage pour un coupe gay, et qui demain enverra les soignants en prison s’ils refusent d’utiliser des pronoms et des pronoms transgenre (comme le veut une loi en voie d’adoption en Californie), s’est répandue et imposée par le truchement des universités. Les jeunes qui s’y aventurent aujourd’hui, s’ils veulent répondre à l’appel de ces professeurs de l’Ivy League, vont se battre contre un vrai dragon.

Minute n°2837 du 6 septembre 2017

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