L’antiracisme s’abat sur l’armée française

Oubliée, la démission du général de Villiers ; oubliés, les 850 millions d’euros de budget supprimés par Emmanuel Macron ; oubliés, les hélicoptères en panne, les matériels défectueux, etc. Désormais, le ministère de la Défense a mieux à faire : câliner la diversité ! Dans la vie, il y a des priorités. Il y avait «le racisme expliqué à ma fille », il y a désormais «l’antiracisme imposé à mes soldats».

Lu pour vous dans Minute

Scène banale dans une entreprise banale. A la machine à café d’une entreprise, trois personnes discutent. Deux hommes blancs et… une jeune femme bronzée. L’un des hommes dit aux autres : « Tu sais qu’il doit passer chef d’équipe. Tout le monde sait qu’il est homo. A mon avis, ça ne va pas être simple. » Réponse immédiate et indignée de la jeune beurette : «Pourquoi tu dis ça ?»
La scène est fictive. Les personnages également. Il s’agit d’un jeu vidéo. Un jeu vidéo sérieux; un « serious game », comme on dit dans le milieu. Son nom annonce la couleur, sans mauvais jeu de mots : « Vivre ensemble la diversité ». Comme le dit le spot de présentation, il s’agit de «votre outil de sensibilisation au service de la diversité et du travailler ensemble». Tout un programme. Un programme qui sera désormais appliqué dans les ministères, puisque la Direction générale de l’administration et de la fonction publique, la DGAFP — le service RH des agents de l’Etat, en quelque sorte — vient d’en acheter les licences d’utilisation. Et les prochains fonctionnaires à profiter des bienfaits de ce « serious game » de formation à la lutte contre les discriminations, ce sont les militaires !

AU COMMENCEMENT ÉTAIENT… LES GUIGNOLS DE L’INFO !

On vous l’assure, c’est désormais officiel : ce « serious game » antiraciste fait partie des formations proposées (imposées ?) aux personnels du ministère des Armées. A ce jour, le service communication des armées n’a pas été en mesure de nous dire combien d’entre eux allaient en profiter. Des centaines ?
Sans aucun doute… Des milliers ? Pourquoi pas… Le « bourrage de crâne », c’est encore mieux en temps de paix (relative). Ainsi, pendant que leurs frères d’armes seront sous les 45° et plus du soleil malien, des militaires seront, eux, devant un ordinateur, apprenant que la discrimination, c’est le mal, le tout grâce à un jeu vidéo ! On croit rêver ; ce n’est que la triste réalité…
A l’origine, ce jeu a été créé pour la SNCF et la RATP par la société Deasign et le cabinet Altidem. Deasign est une société de jeux vidéo. ll y a 20 ans, son patron, Jean-Noël Portugal, créait le jeu vidéo des Guignols de l’info ; c’est vous dire… Quant à Altidem, il s’agit d’un cabinet de ressources humaines « exclusivement dédié à la prévention des discriminations en entreprise » ! Avec ce jeu, en décembre 2016, la SNCF et la RATP ont reçu le prix Formation-tutorat aux « Trophées de la diversité ».
Les « Trophées de la diversité » est une manifestation qui récompense « les entreprises et organisations qui initient et déploient des démarches innovantes au niveau RH et inscrivant la diversité/inclusion au cœur de leur développement économique et de leur pilotage managérial ». Le festival de Cannes des entreprises qui pensent bien, en quelque sorte… Ce grand raout est organisé chaque année depuis dix ans par le cabinet Diversity conseil RH (sic!) Autant dire qu’à « Minute », majoritairement peuplé de « mâles blancs » — ça nous fait un point commun avec «Libération»… — nous n’avons jamais candidaté…
A cette époque, la SNCF présentait ainsi son nouvel «outil de formation innovant et interactif» : «A travers sept séquences correspondant à autant de critères de discrimination (genre, convictions religieuses, origine, orientation sexuelle, handicap, âge et appartenance syndicale), l’outil propose au salarié de s’entraîner à mettre en œuvre, dans des situations proches de celles qu’il peut rencontrer au travail, les bonnes attitudes en matière de prévention de la discrimination. Au fil de l’expérience, le participant, incarné par un avatar, se retrouve dans la peau de la personne discriminée et de celui qui discrimine.»

UN BUSINESS À FAIRE PÉTER LE CHIFFRE D’AFFAIRES

Ainsi, le joueur est donc confronté à différentes situations fictives. Le but : tester ses réactions et vérifier qu’il ne discrimine pas. En bref, comment réagir à propos du refus d’une promotion à un Arabe ou face à une moquerie homophobe, sexiste ou anti-vieux entendue en réunion ; comment ne pas discriminer un candidat « parce qu’il a mentionné qu’il habitait dans une banlieue sensible », etc. Des situations à peine orientées qui poussent à des réponses conformes.
L’entreprise Deasign explique ainsi que cette formation permet ainsi de « changer de perspective, facteur clé de la prise de conscience et du changement comportemental » et de « pratiquer l’inclusion, facteur clé du management de la diversité et de la performance des entreprises». Grâce à ce jeu, « l’apprenant » pourra donc «manager la diversité avec plus de discernement » !
Mieux encore, cela permet, selon Ald-tidem, co-créateur du jeu, « d’analyser l’impact de ses propres représentations sur ses décisions et d’identifier ses stéréotypes pour mieux s’en défaire » ! Une sorte de rééducation mentale, en version soft et bien-pensante. Et pour être sûr qu’aucun stéréotype ne vous échappe, un « expert de la diversité » est prêt à accompagner les joueurs avec pédagogie. Si cet expert «pointe ce qui relève chez le joueur du jugement stéréotypé, il ne limite pas ses remarques à l’aspect légal. Il le conseille aussi sur sa manière d’argumenter et lui donne des conseils ».
Autant dire que ce jeu est d’une rare utilité pour les militaires français ! Pour un officier de Légion ou un sous-officier parachutiste, « le management de la diversité » sera, on s’en doute, un atout tactique essentiel face à des djihadistes. Ces derniers n’ont, il est vrai, qu’une notion assez vague de la lutte contre les discriminations et de l’égalité femme/homme. Imposer cela aux armées relève donc de l’idéologie la plus folle… ou du délire !
Quoi qu’il en soit, fort de cette récompense aux « trophées de la diversité », ce serious game « Vivre ensemble la diversité» est donc commercialisé. Il a notamment été acheté par EDF, qui propose depuis le début de l’année à ses « salarié-e-s de vivre l’expérience de la différence », notamment via ce « serious game ». Pour Deasign, l’opération est plutôt rentable. L’entreprise — qui commercialise une dizaine de jeux vidéo de formation— vise le doublement de son chiffre d’affaires pour 2019 : de 2,5 millions d’euros à 5 millions. L’antiracisme, ça reste un sacré business !

UN CONTRÔLE TECHNIQUE VALABLE QUATRE ANS

Qu’importe le coût, quand on veut, on peut… Et si le ministère des Armées forme son personnel avec ce « serious game », c’est qu’il a un objectif bien précis. Et quel objectif : l’obtention du label «égalité et diversité » !
Dans un courriel interne que nous avons pu consulter, le fonctionnaire en charge du projet explique à un futur bénéficiaire de cette formation « Vivre ensemble la diversité » que sa «démarche participera à l’appréciation de l’organisme certificateur pour accorder au ministère la labellisation égalité-diversité » ! Et de préciser qu’il s’agit d’« une certification qui garantit que les pratiques du ministère des Armées en matière de ressources humaines sont conformes aux règles en vigueur concernant l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la non-discrimination » ! Tout un programme…
Un programme qui n’a rien de neuf. Ces certifications «égalité femme-homme» et «diversité» existent depuis 2004 pour la première et 2008 pour la seconde. Désormais, elles possèdent un cahier des charges commun et sont attribuées par la très officielle Association française de normalisation, l’Afnor. Autrement dit, tout cela est du plus grand sérieux. Ce label, c’est un peu le contrôle technique antiraciste. Un contrôle technique valable quatre ans.
Chaque candidat est donc prié de remplir un certain nombre de critères, comme la « mise en oeuvre d’une politique en matière de prévention des discriminations et de promotion de la diversité et/ou d’égalité et de mixité professionnelle », la création d’une cellule d’écoute pour recueillir les témoignages des discriminés, l’organisation de formations à ce sujet, la « prise en compte de la politique de diversité et/ou d’égalité et de mixité professionnelle dans la gestion des ressources humaines et clans la gouvernante de l’organisme », etc.

« VOUS AVEZ DEMANDÉ LA DICOD, NE QUITTEZ PAS… »

En mars 2015, Manuel Valls, alors premier ministre, a demandé à ses ministres de travailler à leur obtention pour chacune de leur administration Cela faisait partie du plan « La République en actes ». Comme quoi, avant d’être « en marche », la République était en actes… Chacun fut donc prié de faire le nécessaire pour être labellisé avant fin 2016. Un haut fonctionnaire à l’égalité des droits (sic !) a donc été nommé dans chaque ministère. Pour les armées, il s’agit de l’énarque Anne-Sophie Avé, la DRH du ministère depuis 2015 et ancienne conseillère sociale de Jean-Yves Le Drian. Elle est assistée d’un chargé de mission tout spécialement mandaté sur ces questions.
Nous avons donc contacté ce chargé de mission pour en savoir un peu plus sur ce dossier ; lui demander, par exemple, combien coûte ce genre de gadget pour imposer la diversité à tous les échelons, à quoi il sert vraiment, etc.
Au téléphone, Pierre Arnaud — c’est son nom — était enthousiaste : «On a commencé il y a un an pour être prêts enfin d’année !» Le label diversité, «je pourrais et j’aimerais en parler pendant des heures». Mais, il ne le fera pas. « je ne suis pas habilité à répondre aux journalistes », nous expliqua-t-il sincèrement désolé, avant de nous renvoyer vers le service communication du ministère, la Dicod, la Délégation à l’information et à la communication de la Défense. La Dicod, hélas, n’a pas été en mesure de nous répondre. D’abord, le chargé de communication qui suit le dossier était absent. Ensuite, quelques jours plus tard, notre aimable demande était « toujours en cours d’examen »…
Tous les militaires — de toutes les armes — que nous avons interrogés sont tombés des nues quand nous leur avons appris l’existence de cette formation d’un nouveau genre. L’un d’eux nous a d’ailleurs opposé l’article 2 du code d’honneur du légionnaire : « Chaque légionnaire est ton frère d’armes, quelle que soit sa nationalité, sa race ou sa religion. Tu lui manifestes toujours la solidarité étroite qui doit unir les membres d’une même famille. »
Au combat, c’est certainement beaucoup plus efficace qu’un label ou qu’un jeu vidéo.

Jean Masson

Minute n°2834 du 9 août 2017

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