Lire Maurice Bonnet, c’est boire un vieil armagnac dans un salon aux lambris bien cirés, muni d’une lampe sur pied couverte d’un gros abat-jour en compagnie de ce qu’on appelait jadis un honnête homme. Maurice Bonnet nous parle dans un langage choisi, élégant, précis, tranquille, de la parole, de l’écriture, de la lecture. D’emblée, il nous annonce qu’il ne dira pas des choses fracassantes : « II y a, dit-il, à formuler des vérités connues et reconnues, un plaisir grave auquel je ne veux pas renoncer, comme à reprendre plusieurs fois des vins qui me plaisent.»

Lu pour vous dans Livr’arbitres

Maurice Bonnet fait penser à Montaigne qu’il avoue être son écrivain préféré et qu’il lit chaque jour. Comme Montaigne, il adore les citations, dont il dit que c’est tout un art : il faut savoir les placer, ne pas en abuser, « l’érudition doit se faire légère, plaisante. » Par exemple, il cite Rivarol : « Je viens de rencontrer Un Tel, nous avons échangé nos idées : je me sens tout bête. » Comme Montaigne, s’il a un plan général (je l’ai déjà dit : parler, écrire, lire), il avance pas à pas, musarde, digresse. Ce faisant, il donne d’heureux conseils, quand il dit notamment qu’un écrivain doit savoir trouver sa distance, ne pas songer à produire des pavés s’il est fait pour la brièveté et vice-versa ou que « c’est la plume à la main que l’on apprend à connaître l’idée, que peu à peu, elle se révèle à nous dans sa vérité, bien différente de ce que nous avions cru d’abord », ce qui revient à dire ce que disait Delacroix qu’on ne pense que les brosses à la main. Autre conseil : « On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire, mais parce qu’on a envie de dire quelque chose ». Comme Montaigne, il parle avec humilité à la première personne, s’appuie sur son expérience personnelle, ne joue pas au pontife qui assène des vérités qu’il croit catégoriques. Comme Montaigne, il pratique de préférence l’essai. Outre ceux de Montaigne, il aime ceux de Valéry. Le roman lui plaît moins, sauf si c’est Stendhal ou Proust qui l’écrit. Mais il aime la poésie et son long commentaire du Bateau ivre de Rimbaud est lumineux et succulent. De temps en temps, il fait une brève colère d’homme bien élevé à l’encontre de bavards politiques ou télévisuels qui « débitent de l’insignifiant avec une conviction affectée ou encore contre certains pédagogues qui considèrent que la calligraphie et l’orthographe sont une perte de temps « Opinion des plus sottes, inspirée par l’orgueil qui persuade le réformateur de l’excellence de sa réforme et lui fait ignorer les bienfaits de la situation qu’il ruine. » Montaigne conseillait d’étrangler celui qui voulait ajouter ou retrancher une corde à la lyre.

Bernard Leconte

Livr’arbitres n°23, été 2017

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