Marc Rousset : «Adieu l’argent-roi !»

Entretien avec Marc Rousset à propos de son livre «Adieu l’Argent-roi ! Place aux Héros européens ! Critique de la civilisation de l’Argent et Apologie de l’héroïsme», paru aux Editions Godefroy de Bouillon.

Lu pour vous dans Renaissance des Hommes et des Idées

Nous avons posé quelques questions à M. Marc Rousset, ancien élève d’H.E.C., docteur ès Sciences économiques, MBA Columbia University, AMP Harvard Business School, directeur général dans les groupes multinationaux, écrivain et membre du Cercle Renaissance, concernant son dernier ouvrage paru en septembre 2016 aux Editions Godefroy de Bouillon : «Adieu l’Argent-roi ! Place aux Héros européens ! Critique de la civilisation de l’Argent et Apologie de l’héroïsme».

Renaissance : Marc Rousset, vous avez écrit un ouvrage de référence original sur l’antinomie entre l’argent et l’héroïsme. Quel a été le point de départ de votre réflexion ?
Marc Rousset : Ce livre d’essence littéraire avec des milliers d’anecdotes, de faits historiques et de citations, qui m’a occupé pendant 11 ans, est la continuité, un aboutissement de ma pensée géopolitique. Il est la suite, à un siècle de distance, de «Händler und Helden» (Commerçants et Héros) écrit à Leipzig en 1915, mais jamais traduit en français, par le sociologue allemand Werner Sombart, à la lumière des réflexions sur l’héroïsme grec du regretté Dominique Venner.
Michel Lhomme dans une recension m’a fait l’honneur de comparer l’ouvrage au « Déclin de l’Occident » d’Oswald Spengler. Si j’écris, comme telle est mon intention, les deux autres tomes suivants de 500 pages sur ce sujet, ce compliment prémonitoire sera alors peut être en partie justifié ?

Quelle est la place de l’héroïsme dans le monde contemporain ?
L’héroïsme n’est plus une valeur directrice dans l’imaginaire européen alors que pendant quinze siècles, la pire des choses en Europe était de «préférer la vie à l’honneur et pour garder la vie de perdre la raison de vivre». Nous vivons à l’époque de la civilisation individualiste de l’argent, de la civilisation hédoniste matérialiste sans idéal, sans âme, sans courage, sans héroïsme.
Selon le philosophe allemand Peter Sloterdijk, la France, comme la plupart des autres pays européens, a cru bon après Mai 1968 de « sortir de l’héroïsme par le consumérisme ». Nous vivons en fait dans un monde de anti-héros, c’est à dire celui des hommes lâches, vils, désabusés, laxistes, intéressés, cupides, le monde de Ferdinand Bardamu dans «Voyage au Bout de la Nuit», de «Bel-Ami» de Maupassant, du héros de Houellebecq dans «Soumission».

En quoi l’oligarchie de l’argent s’est-elle substituée à l’aristocratie européenne ?
Aujourd’hui la seule discrimination tolérée entre les hommes est celle de l’argent. Toutes autres formes de discrimination nationale, ethnique, religieuse, culturelle sont devenues illégitimes.
Le carriérisme sans âme et la consommation matérialiste effrénée en guise de bonheur ont remplacé dans l’esprit de nos contemporains l’idéal, la vocation, le sens de la transcendance et du sacré, le courage, le goût de l’effort, du dépassement, du don de soi, de donner un sens plus élevé à son existence. Aujourd’hui il importe avant tout pour les élites de se servir et non plus de servir.

Pourquoi l’héroïsme implique-t-il le risque du sacrifice de sa vie ?
Certains hommes aiment la gloire et des raisons de vivre plus que la vie. L’homme ne peut accepter de donner sa vie que pour sa famille, une collectivité, une nation, une culture, une civilisation, une foi, une croyance. On ne meurt pas pour une société individualiste et matérialiste qui n’a rien d’autre à offrir à sa jeunesse que le sexe et l’argent.

Que faut-il faire, selon vous, face à notre décadence civilisationnelle?
L’esprit est plus fort que la matière: c’est parce qu’elle l’a oublié que la civilisation européenne est sur le déclin. L’Europe du XXIe siècle retrouvera son âme ou disparaîtra ; pour y parvenir et permettre le renouveau de la civilisation européenne, un seul moyen : une révolution conservatrice des mentalités, des valeurs et de l’éducation. Selon Rémi Brague «La France et l’Europe doivent réarmer moralement».
Tout au long du XXe siècle, les Européens n’ont cessé de répéter aux Américains que l’argent n’était pas tout. C’est maintenant au Vieux Continent de retrouver ses valeurs structurantes fondamentales et de mettre son ancien conseil en pratique.

Dans la conclusion de votre ouvrage, face à la tyrannie actuelle du bonheur matérialiste, vous insistez sur la nécessité pour l’homme européen de donner un sens à sa vie, d’être un citoyen responsable, d’être un héros de tous les jours.
En fait, ce n’est pas l’argent qui doit être combattu, mais la cupidité et la consommation matérialiste sans fin vide de sens.
Selon Antoine de Saint Exupéry « le bonheur est une récompense et non un but ». Etre heureux ne signifie pas être riche, « avoir plus », et posséder. L’argent est nécessaire et il faut chercher à en posséder un minimum pour assurer la sécurité de sa famille, mais il ne suffit pas à remplir une vie. Ce n’est pas l’argent , mais « être plus », le sens que l’on donne à sa vie qui rend heureux.

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