Recension du roman historique passionnant de Marieke Aucante sur un prêtre réfractaire déporté pendant la Révolution française. Un retour sur l’un des épisodes les plus tragiques et les plus honteux de notre histoire, quand les prêtres catholiques étaient ouvertement persécutés, chassés, déportés et parfois même assassinés.

Lu pour vous dans La Lettre de vérité pour la Vendée

Comment, sous la Révolution, le Père Augustin réussit-il à réchapper d’une déportation? Un beau roman historique, basé sur des faits réels, dont on ne sort pas indemne.
Dans la rade de l’Île d’Aix, en face de La Rochelle, sur deux bâtiments — sortes de « bastilles flottantes » —, plus de sept cents prêtres, dont certains étaient d’ailleurs assermentés, furent regroupés à la fin de l’année 1793, en pleine Terreur, pour y être torturés et exterminés, dans l’une des premières explosions de fureur et de folie modernes. Un grand historien l’a dit: la Révolution française en deux mois fit autant de victimes que tous les anciens régimes en mille ans.
C’est sur cette histoire bien oubliée, ou volontairement mise sous le boisseau parce qu’elle gêne, que s’est penchée Marieke Aucante, pour en faire un roman. Grand reporter pour France Télévision, et auteur déjà d’une quinzaine d’ouvrages, elle raconte comment elle est tombée par hasard sur le sujet en visitant une église de l’île d’Aix où seul un sombre marbre rappelait le martyre de ces hommes de Dieu. Et ce n’est pas seulement la tragédie de l’époque qui la touche alors, mais sa résonance avec l’intolérance toujours plus actuelle des gouvernements français vis-à-vis des religions, et particulièrement de l’Église catholique : «Les années que nous vivons aujourd’hui ont de vagues ressemblances avec la période prérévolutionnaire. Années rongées par des guerres de mots, plus sanglantes que les guerres physiques, plus perverses, moins nobles. J’entends aujourd’hui des phrases, prononcées déjà en 1789 à propos de la religion, sur la pauvreté, sur l’espérance d’un monde meilleur».
Les chiffres de cette déportation — annonciatrice mutatis mutandis de celles qui ensanglantèrent le XXe siècle — sont terrifiants : deux cent soixante-trois prêtres et religieux ont été confinés sur le Washington, et cent trente-huit y sont morts ; cinq cents autres ont été embarqués sur les Deux Associés, et trois cent quatre-vingt-dix-sept y sont décédés. Parmi toutes ces victimes, le pape Jean-Paul II en béatifia soixante-quatre le 1er octobre 1995. On n’est pas loin des pratiques des camps de la mort, même si cette volonté exterminatrice reste «artisanale ». La chute de Robespierre permettra d’ailleurs, quelques mois plus tard, l’élargissement des survivants. Mais pour ne pas se limiter à une seule dénonciation de ces crimes révolutionnaires contre la conscience et la foi, Marieke Aucante a fait jouer son talent de conteuse : elle entre dans la tête et dans la peau d’Augustin, l’un des prêtres qui en réchappèrent. Elle suit, de sa plume légère et claire, son humble existence, depuis sa naissance paysanne dans un pays du Limousin, où son amitié enfantine avec le rejeton du seigneur local lui permet de suivre la formation vers cette prêtrise à laquelle il s’est toujours senti appelé. Puis vient le temps de son ministère obscur et touchant dans la campagne, son entrée dans l’enfer révolutionnaire et sa déportation vers les atroces pontons. Comment il le vécut, comment il y souffrit, et comment, dans sa survie, il pardonna, c’est tout ce que l’on découvrira, si l’on accepte de pénétrer à la suite de l’auteur dans ce monde qui paraît si lointain et fait pourtant encore nos mœurs et notre histoire, de cette Révolution où l’horreur des instincts humains trahit bien vite le «beau mouvement de 89» qu’évoquait Bernanos. Un Bernanos qui est d’ailleurs, bien entendu, l’un des inspirateurs de la vie de ce «curé de campagne», si commun sous l’Ancien Régime. Ça n’est donc pas seulement la souffrance que met en scène Marieke Aucante, mais encore les difficultés et les joies spirituelles de ces lieux simples et de ces êtres purs, pris dans une bourrasque qu’ils n’avaient pas vu venir.

Jacques de Guillebon

La Lettre de vérité pour la Vendée n°50, mai 2017

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