La notion classique de « bien commun« , qui devrait être le fondement non négociable de toute doctrine et de tout régime politique, a été effacée au profit de la notion révolutionnaire de « défense des intérêts généraux ». Deux approches philosophiques inconciliables et dont les différences sont lourdes de conséquences.

Lu pour vous dans l’Action française 2000

Le régime politique n’est lui-même qu’un instrument au service de la réalisation du bien commun, le régime monarchique n’étant qu’un des moyens théoriques dont on dispose.

Le concept de bien commun est fondamentalement anti-libéral puisqu’il postule un au-delà des intérêts particuliers, et parce qu’il ne peut être atteint spontanément par le corps social. Il doit être servi, il lui faut un serviteur. Le Roi, par la source de sa légitimité (sa naissance) peut être ce serviteur dévoué au Bien commun puisqu’il est délié de toute obligation envers n’importe quel intérêt particulier. Car le bien commun est à la fois le bien des parties, de ceux qui constituent la société, et le bien du tout, la société elle-même. Position politique classique, alors que les modernes, socialistes ou libéraux, pensent plutôt intérêt général. Si la société est un organisme vivant, inscrit dans un ordre cosmique qui ne dépend pas des hommes, la volonté des personnes consiste à s’inscrire dans un cadre qui leur préexiste (y compris les institutions) et non pas à le créer ; et les différents membres de la société doivent être nécessaires et complémentaires pour que le corps social puisse exister. Mais les modernes en viennent à concevoir l’ordre social comme un contrat : tous les hommes disposant des mêmes droits, intrinsèques à leur humanité, ils peuvent mettre en commun ce dont ils disposent de manière identique, pour constituer la puissance publique. Le tout est alors la somme des parties… avec une primauté du tout qui peut aller jusqu’à écraser les parties (Rousseau, le socialisme), ou une primauté des parties (libéralisme). Ce n’est qu’une différence de degré autour d’un même constat : il n’y a pas de bien commun, il y a ou les intérêts des parties, ou l’intérêt général. L’exercice de la souveraineté, que nous souhaitons récupérer, n’a d’ailleurs de sens que s’il s’agit de restaurer cet ordre organique.

DOUBLE MALÉFIQUE
Le régime politique n’est lui-même qu’un instrument au service de la réalisation du bien commun, le régime monarchique n’étant qu’un des moyens théoriques dont on dispose. Monarchie contre tyrannie, aristocratie contre oligarchie, poli-teïa contre démocratie (ou ochlocratie), plusieurs régimes peuvent, par le gouvernement d’un seul ou de plusieurs, se donner comme finalité le bien commun chacun ayant son double maléfique, dégénéré, comme dirait Aristote : comme la démocratie, qui a comme finalité de réaliser l’intérêt du plus grand nombre par le plus grand nombre. Ce sont les circonstances de temps, de lieu (d’étendue du territoire), de population, qui permettent de déterminer le bon régime — légitime à proportion qu’il a comme finalité ce bien commun, qu’il réalise le bien commun (et non pas légitime à cause de sa source, son origine, de son mode de désignation).

MODERNITÉ LIQUIDE
À cet égard, il est incontestable que la monarchie française a servi le bien commun. Et dans les conditions qui sont les nôtres aujourd’hui de modernité liquide, de fin de la transmission, de délitement du lien social, avec la communautarisation et le multiculturalisme, de déracinement de la population, un même régime politique, qui assurerait par sa continuité un enracinement dans l’histoire et permettrait de mettre le pouvoir politique au service de la cohésion nationale et en dehors des conflits d’intérêts, serait encore au service du bien commun. Aux yeux de l’Action française, face aux effets dévastateurs de la République, les Français sont appelés à un saut : maintenir ce qui est bon dans la République ne peut suffire à assurer le bien commun. Maintenant que le pays réel n’est plus traditionnel au sens maurrassien du terme, la proposition monarchique n’est plus une simple réponse technique aux technocrates optimistes mais une réponse légitime face au péril civilisationnel. Le recours au Prince est un recours à la puissance de la transmission contre la dilution, au-delà de l’efficacité relative des différents régimes. Cela seul redonnerait à la communauté nationale une conscience d’elle-même.

Philippe Mesnar

L’Action française 2000 n° 2955 Du 18 au 31 mai 2017

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