Éditorial, mai 2017 : Un chef pour la France ?

23 avril 2017, le verdict vient de tomber : ne restent plus en lice, au soir du premier tour, que deux « heureux » élus, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Jusqu’à la veille du scrutin, les pronostics sont restés, nous a-t-on dit… fluctuants et indécis, laissant les électeurs dans l’incertitude, l’hésitation, le doute, la perplexité ou l’indétermination, tant la pression médiatique, tonitruante caisse de résonance des instituts de sondages, avait accompli très docilement son œuvre de manipulation destinée à orienter les votes comme il lui convient, le jour fatidique.

Dans un tel contexte, le résultat obtenu n’est pas une surprise : tout était pratiquement décidé d’avance. Les commentaires prononcés dès dimanche soir à partir de 20 heures étaient affligeants de conformisme et de « bourrage de crânes » ; il n’a pas fallu attendre plus d’une heure pour entendre, les uns après les autres (sur tout l’éventail de l’échiquier politique, de Hamon jusqu’à Fillon et combien d’autres…), tous ces beaux messieurs (qui s’entredéchiraient, se houspillaient, s’insultaient parfois, il y a quelques semaines et même quelques jours encore !) se prononcer « solennellement » (presque « la main sur le cœur » !) en une prise de position unanime pour ne donner, à l’unisson, qu’un seul mot d’ordre (on nous leurre, une fois de plus, avec l’expression convenue de « consigne de vote ») : « Tous derrière Macron », non pas dans un soutien d’adhésion à un quelconque programme de gouvernement, mais parce qu’il est d’une extrême urgence de « sauver la démocratie » et pour cette mission vitale pour la France, la seule attitude convenable est de faire barrage à l’affreux, l’horrible, l’infréquentable Front national (ce que nous disions déjà dans l’éditorial de notre précédent numéro) !

Éditorial, mai 2017 : Un chef pour la France ?
Les fondements philosophiques de la démocratie moderne

N’allez pas penser un instant, en lisant ces lignes, que nous apportons le moindre soutien à Mme Le Pen. Mais nous pouvons au moins nous satisfaire de rappeler que les préventions que nous n’avons cessé de publier dans notre revue depuis tant et tant de mois trouvent là leur illustration incontestable. On peut conserver le droit légitime de nous demander en quoi peut être utile une telle mascarade qui porte le nom de « suffrage universel », puisque quoi qu’il arrive, les règles sont faussées, les dés sont pipés et les cartes biseautées. L’évidence nous aveugle de son éblouissante lumière : peu importe la souveraineté populaire puisque celle-ci est systématiquement et délibérément bafouée et piétinée par ceux qui s’en disent les défenseurs (relire à ce propos le très lucide entretien avec Maxence Hecquard paru dans notre précédent numéro à propos de son livre Les Fondements philosophiques de la démocratie moderne).

Pour ce qu’il est convenu de dénommer les « dirigeants », la réponse est limpide : il n’est besoin ni de la souveraineté populaire, ni de l’assentiment du peuple, puisqu’en chaque circonstance, on lui retire la liberté de s’exprimer en toute objectivité.

A la date où nous écrivons (24 avril 2017), il reste un second tour pour « élire » le « grand » vainqueur. Nous ne nous faisons aucune illusion : celui-ci est d’ores et déjà tout désigné et nous ne sommes pas dupes, il est inutile de le nommer, il ne faut pas être « grand clerc » pour connaître dès aujourd’hui lequel sera adoubé ! Et dire qu’après cela, il y en a toujours qui clament « vive la démocratie » !

NB. Ces propos ont été rédigés « à chaud » dès le soir du premier tour. Leur conclusion pourrait ne pas correspondre au résultat du second tour (mais cela nous étonnerait fort) car le bon à tirer de ce numéro a été remis à notre imprimeur entre les deux tours.

Jérôme SEGUIN

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