Les conflits d’intérêts dans les industries agroalimentaires

Les conflits d’intérêts dans les industries agroalimentaires

C’est un sujet dont les aboutissants touchent à l’énorme question de la nutrition de la planète face aux techniques chimiques des trusts américains. A très brève échéance se pose la nécessité de nourrir une population de neuf milliards d’humains, ce qui implique des meilleures semences, des champs plus nombreux, mieux cultivés tout en veillant à la qualité des produits et en tenant compte des conseils sanitaires. Vu les milliards de dollars ou d’euros que génèrent ces activités, les appétits financiers et stratégiques sont gigantesques. L’eau et la nourriture risquent d’être bientôt des causes de guerre.

Ces préoccupations nous ont été enseignées par des esprits non conformistes tels Henri-Charles Geffroy, fondateur de La Vie claire, un journal mais aussi une chaîne de produits biologiques [1], soutenu par Henry Coston et bien d’autres chercheurs non-conformistes. Nous retiendrons pour l’instant deux scandales touchant aux questions alimentaires : celui de l’étiquetage en France et celui, mondial, des OGM.

Depuis dix ans, l’industrie agroalimentaire refuse la mise en place de logos de couleurs, inspirés des feux de circulations qui indiquent si les produits sont trop salés, trop sucrés, trop gras. Ce qui pourrait freiner la poussée des maladies cardiovasculaires, de l’obésité (qui touche 7 % des Français), du diabète. La raison du refus : une éventuelle « stigmatisation » par la couleur rouge et, il faut le dire, un aspect trop directif envers les clients dont le choix semble fortement orienté.

Quand, en 2006, la Commission européenne lance l’idée, la Confédération européenne des industries alimentaires et de la boisson, se mobilise et fait une campagne de presse : elle veut imposer ses propres logos et pour cela, a dépensé un milliard d’euros. En 2011, le principe d’un étiquetage obligatoire est rejeté. Les États membres restent libres de proposer un étiquetage facultatif. Le ministre de la Santé reprend l’idée et demande à des chercheurs un projet de cinq couleurs. En 2014, elles sont indiquées dans la loi santé mais étant facultatives, elles sont rejetées par les industriels.

Connivence et partie prenante

L’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) qui représente 1600 entreprises de toutes tailles, distribue aux députés des exemples d’amendements rédigés par des experts juridiques, puis la grande distribution s’en mêle. Carrefour propose son propre étiquetage. Le temps passe. On discute sur les comparaisons des systèmes. Deux comités sont nommés. Déjà apparaissent des conflits d’intérêts. Mme Touraine, ministre de la Santé, nomme, à la tête du comité de pilotage, le plus haut fonctionnaire de son ministère, directeur général de la Santé, Benoît Vallet, aux côtés de Christian Babusiaux, président de chambre honoraire à la Cour des comptes.

Or ce dernier est également le président du Fonds français pour l’alimentation et la santé, une sorte de groupe de pression réunissant des scientifiques et des acteurs économiques, les industriels de l’agroalimentaire. Dans les comités on retrouve des scientifiques nommés par les mêmes personnes. Certains démissionnent. Chacun se bloque dans ses positions. Sur les dix experts restant, six collaborent avec la grande distribution et l’agroalimentaire. Danone et Nestlé ont des liens avec quatre des experts… Bref on en arrive à ce que l’étude sur le terrain soit confiée à ceux qui sont partie prenante ! Pratique ancienne dénoncée en leur temps par MM. Geffroy, Coston, Schwab…

Ces questions de conflits d’intérêts se retrouvent aussi dans les articles, attestations et connivences portant sur les Organismes génétiquement modifiés (OGM) qui ont pris une dimension mondiale. Une étude d’une équipe de chercheurs de l’INRA, parue le 15 décembre 2016 dans la revue scientifique PLOS ONE, conclut que 40 % des articles sur les OGM présentent des conflits d’intérêts. Pour ce travail, les chercheurs ont « épluché » 672 articles publiés entre 1991 et 2015 traitant de l’efficacité (et la durabilité de celle-ci) de certains OGM [2].

On constate que les scientifiques ayant des conflits d’intérêts, sont en rapport – soit comme employés des groupes, soit par un financement de leurs travaux – avec les grands groupes de l’agroalimentaire : Monsanto, lié à Bayer, le suisse Syngenta, la firme américaine Dow AgroSciences qui fusionne avec DupontPioneer, soit des groupes représentant « aujourd’hui 60 % du marché des semences » (Le Monde, 20/12/2016). Robin Mesnage qui a publié une étude poussée dans la revue Scientific Reports (19/12/2016), révèle qu’une bonne partie des analyses sur les OGM sont superficielles. « Les conséquences potentielles sur la santé restent incertaines. Cependant ce qui est certain, c’est que la création des OGM est faite à l’aveugle ». Il réclame que soit établie une « meilleure évaluation des effets non désirés des modifications génétiques ». Ce qui est la moindre des précautions.

Michel LEBLANC

[1] – Voir la brochure écrite par sa fille, Marie-Lise Geffroy, Henri Charles Geffroy et la Vie claire. Son action pour la vie (Autoédition, 1995).

[2] – Certains OGM produisent les protéines d’une bactérie. Les plantes qui la contiennent, toxiques contre des insectes, sont utilisées dans la culture du maïs, du coton, du soja.

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