Entretien avec Jean-Pax Méfret «Donne-moi la force…»

Jean-Pax Méfret, chante la cause de ses frères chrétiens d’Orient dans son dernier disque « Noun, La Force »

Lu pour vous dans Présent

Les réactions de ceux qui ont la joie de rencontrer Jean-Pax Méfret prouvent que ses succès sont encore dans les cœurs de tous ses auditeurs, jeunes (ce qui est remarquable) ou moins jeunes.

— Certains artistes (écrivains, chanteurs…) se veulent engagés, d’autres au contraire préferent « l’Art pour l’Art ». Où vous situez-vous ?

— Quant à moi, je ne vois pas de contradiction entre art et engagement. Je suis engagé dans mes écrits et dans ma vie. J’assume ce que je dis, ce que je fais, ce que je pense.

— Vous avez toujours voulu chanter — et donc défendre — des causes qui n’avaient pas le soutien des grands médias : Dien Bien Phu, votre Algérie (« un pays qui n’existe plus »), le printemps de Prague… C’est donc tout naturellement que vous avez été porté vers le drame que vivent aujourd’hui les chrétiens d’Orient ?

— Je connais l’histoire des chrétiens d’Orient depuis bien longtemps, étant allé souvent en reportage au Liban ou en Irak. J’ai vraiment pris conscience de l’intensité de ce drame à l’occasion du concert que j’ai donné à Fréjus l’été dernier, à la demande de l’association SOS-Chrétiens d’Orient. J’ai alors écrit pour eux ma chanson Noun, puis j’ai pensé aller plus loin pour sensibiliser l’opinion, si j’avais une petite audience, pour toucher des auditeurs et les amener à prendre conscience de ce drame.

Catholique, j’ai fait toute ma scolarité chez les maristes, en Algérie, et mes parents connaissaient de nombreux Pères blancs. J’ai donc moi-même vécu dans une atmosphère de foi et de défense d’une religion menacée, dans un pays où l’islam était majoritaire.

— Quel rôle peut jouer la chanson selon vous ? Est-ce une manière de faire passer des idées près des jeunes de façon directe ?

— Bien sûr, beaucoup plus encore aujourd’hui qu’hier. On n’apprend pas tout, mais on prend conscience de certains problèmes en écoutant des chansons. De jeunes auditeurs me disent qu’ils ont découvert l’existence du goulag ou du mur de Berlin en écoutant mes disques. Mes auditeurs sont comme les lecteurs de Tintin, leur âge va de 7 à 77 ans et même au-delà. J’étais l’autre jour dans une école de Versailles où les jeunes filles de 12 et 13 ans connaissaient par cœur mes chansons.

Une chanson peut toucher d’un coup 1 000 personnes ; pour un livre, c’est plus difficile.

— Vous êtes aussi journaliste reporter, écrivain, poète, puisque vous êtes l’auteur de vos textes… Quelle place a tenu la chanson dans votre vie ?

— J’ai vécu du journalisme durant 35 ans. La chanson m’a créé plus de problèmes que de plaisir, par moments, car j’ai été stigmatisé pour certains de mes textes, contre le communisme par exemple. Mais la chanson a toujours accompagné ma vie.

La première fois que j’ai chanté un texte de moi, c’était dans une petite fête misérable de Noël, avec des pieds-noirs, à Rouen. Nous n’y étions qu’une poignée, dans le froid. J’ai chanté pour eux deux chansons, accompagné par des jeunes à la guitare. Mais c’est quand je suis arrivé à Paris que je me suis lancé vraiment et que j’ai sorti des disques. J’ai obtenu le grand prix de l’émission « Age tendre et tête de bois », dans les années 1960, pour une chanson intitulée La Prière, où je disais le désarroi d’un adolescent qui découvre une statue de la Vierge sur une route de Corse. J’ai financé moi-même mon premier disque, Le Chanteur d’Occident, avec Feliciano sur la deuxième face. Il a eu un succès étonnant. Beaucoup de mes chansons trouvent leur thème dans des faits divers que j’ai couverts en tant que journaliste.

Votre précédent disque, sorti chez Clovis sous l’égide de l’abbé Celier, m’a beaucoup marquée. Vous y célébriez la geste des chouans et des Vendéens. C’est donc un thème qui vous tient à cœur lui aussi ?

— Oui, beaucoup ! J’ai voulu les honorer. Les guerres de Vendée, on n’en parlera jamais assez. J’ai tenu à saluer ces courageux combattants. Je joins d’ailleurs un récit à mes chansons, comme je fais souvent : c’est là le côté didactique du journaliste qui reparaît. Je me suis d’ailleurs défini sur la couverture comme « Vendéen de cœur, chouan de caractère ».

— Dans vos deux derniers disques, vous faites montre d’une préoccupation religieuse forte. Estimez-vous que celle-ci s’est toujours trouvée présente en filigrane dans votre œuvre, ou s’agit-il d’un élément relativement nouveau ?

— Cet élément m’a toujours accompagné, toute ma vie. Grâce à ma mère, nous avions toujours dans la famille une petite médaille dans la doublure de la veste. J’ai été scout aussi, j’ai donc connu toute une éducation qui a bien évidemment laissé des traces. Je l’ai chantée quand l’occasion s’y prêtait. Je songe à la chanson Professeur Muller quand, au beau milieu, retentit le cantique « Chez nous soyez Reine »… Je crois bien que, dans tous mes disques, se trouve une chanson qui se rattache à la foi.

Je vais vous livrer un souvenir marquant : j’étais en prison à Rouen le 6 juillet 1962, jour de l’exécution de Degueldre. L’officier délégué des prisonniers est venu me trouver et m’a dit « Tu chantes, toi ? On va demander à l’aumônier s’il veut bien faire quelque chose. » L’aumônier de la prison a juste accepté que nous nous réunissions dans la chapelle, où j’ai chanté le De Profundis.

Votre chanson Noun montre un grand sens de l’image chez le poète que vous êtes. S’agit-il d’une réminiscence, vous êtes-vous rendu récemment dans l’un de ces pays martyrs d’Orient, ou d’une prescience ?

— J’ai mené énormément de reportages et j’ai passé ma vie sur des zones d’opérations — on ne parlait pas encore à l’époque de « reporters de guerre », ce terme qui m’amuse un peu car on se demande ce qu’ils font quand il n’y a pas de guerres… Cette image correspond à des choses vues, au Salvador par exemple, car en Amérique centrale j’ai aussi ressenti cela fortement : j’y ai rencontré des gens abandonnés qui n’avaient plus que le refuge de la prière.

— Votre chanson La Force est une prière précisément, particulièrement adaptée à ce temps de Pâques. Ne constitue-t-elle pas une sorte d’aboutissement de toute votre œuvre ?

— Oui et non, puisque je demande la force de continuer, d’aller plus loin…

— Je n’ai pas dit « fin », je veux dire une sorte de sommet…

— Ça, parfaitement ! Cette chanson m’a vraiment habité. Elle a aussi, je crois, une grande puissance mélodique, les musiciens l’ont trouvée très forte sur le plan musical.

— Comptez-vous reprendre les concerts ?

— Oui, les concerts vont reprendre et les disques se poursuivre. Les mois qui viennent vont être bien remplis, je nourris de nombreux projets, notamment un album avec une douzaine de nouvelles chansons.

— Quels en seront les thèmes ?

— J’évoquerai l’univers familial, les adolescents, les femmes seules… Un regard sur le monde actuel.

Propos recueillis par Anne Le Pape.

Noun, La Force. Jean-Pax Méfret. France productions Diffusia. 20 euros.

Force
Table ronde avec Henri-Christian Giraud et Jean-Pax Méfret, dirigée par Claude Beauléon, sur l’Algérie et l’anti-gaullisme.

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