Éternelle jeunesse de Lectures Françaises

Lectures Françaises, c’est un peu comme les vieilles connaissances familiales. On ne sait plus très bien à quand elles remontent mais on a l’impression qu’elles ont toujours fait partie de la famille. Ainsi, lorsque j’étais adolescent, je militais déjà frénétiquement en apposant de petits autocollants « Votez Le Pen » sur la porte du bureau du directeur des études – un salésien fanatique – pour le faire volontairement enrager car nous étions dans les lendemains de l’élection présidentielle de François Mitterrand et une grande partie du clergé du collège privé sous contrat dans lequel je faisais des études improbables, sinon la totalité, avait trahi sa vocation et se vantait, déjà, de concubiner avec la gauche la plus sectaire.

Mais, au-delà des provocations de potaches, nous sentions, avec un ami très cher, le besoin de nous former à la politique et notre belle revue qui circulait de mains en mains – empruntée ou subtilisée à un lectorat plus adulte – nous offrait l’occasion de découvrir les arcanes de la politique française. Nous étions admiratifs de tant de science, de révélations et d’informations sur les dessous du marigot dans la droite lignée des travaux d’Henry Coston dont nous avions déjà lu quel­ques ouvrages. Nous nous demandions surtout qui étaient ces rédacteurs inconnus qui officiaient pour la revue et dont les pseudos sentaient bon le complot.

Au vu de la qualité des articles et des révélations inédites qu’ils contenaient et qu’on ne trouvait évidemment pas dans la grosse presse « mainstream », nous supputions quelque infiltration d’iceux dans les allées du pouvoir ou des confidences faites par des taupes placées près des grands de ce monde, car enfin, un tel professionnalisme, un tel sérieux ne pouvaient être le fait que d’un long travail d’investigation et d’entrisme. Ayant eu pour projet de profondément renouveler la doctrine du nationalisme en vue d’une prise de pouvoir insurrectionnelle, cet ami eut l’idée de fonder un mouvement politique promis à un brillant avenir, le NFJN, bien connu des initiés comme les Nouvelles Forces des Jeunesses Nationalistes, à moins que ce ne soit le Nouveau Front, je ne sais plus très bien… Le mouvement ne décollait pas malgré toute notre bonne volonté et notre enthousiasme et nous ne nous comptions que trois : le fondateur et président à vie (eh ! oui, cela était fort peu démocratique…), l’adjoint et le secrétaire, votre humble serviteur. Irrités par le manque d’attrait de nos condisciples et le peu de demandes d’adhésion – qui étaient proches de zéro, car nous écartions impitoyablement les candidatures fantaisistes, c’est-à-dire celles qui n’étaient pas strictement dans la ligne du parti ; ô fanatisme de la jeunesse ! – nous finîmes par nous rendre à l’évidence : il fallait dissoudre le mouvement, changer son nom et repartir sur de nouvelles bases car, sans aucun doute, notre projet, insuffisamment élaboré, ne pouvait être compris. Et ce fut donc la (re)naissance du FJNF, le Front des Jeunesses Nationalistes Françaises. C’était, à n’en point douter, un choix très audacieux et complètement original qui allait nous attirer immanquablement les masses !

Sur ces entrefaites je dus déménager, mais ma collaboration ne cessa pas, bien au contraire, car au lycée où je sévissais désormais, je fis la connaissance d’un nouveau camarade que je parvenais à intéresser au projet et qui nous rejoignit. Nous étions de nouveau trois – l’adjoint ayant, entre temps, été débarqué pour haute trahison – et nous pûmes mettre sur les rails une revue géniale, destinée à être diffusée au plus grand nombre et que notre président bien-aimé tapait sur une vieille machine à écrire après avoir reçu les articles que nous lui envoyions. Et quelle était notre source d’inspiration que nous n’hésitions pas à piller pour l’occasion – mais c’était pour la bonne cause – en plagiant plus ou moins adroitement certains de ses articles ? Je vous le donne en mille… Hélas ! La diffusion ne dépassa pas le cercle familial qui – avec commisération et tendresse – et surtout avec un sourire apitoyé, faisait un effort apparent pour se farcir la lecture de ce pensum avant de lui faire un sort définitif dans les poubelles – au propre comme au figuré – de l’Histoire. Misère de l’écrivain incompris…

Fort heureusement, notre président avait eu la brillante idée de transformer en cagnotte ce qui aurait dû être le montant de la cotisation mensuelle que nous avions prévue pour les futurs militants inscrits au parti. Comme nous n’étions toujours désespérément que trois, nous n’eûmes aucun scrupule à nous reverser nos propres adhésions, ce qui nous permit de compléter notre culture politique par l’achat de bons livres que nous commandions chez un libraire confidentiel – du moins était-ce ainsi que nous le voyions – car nulle part ailleurs on ne trouvait de tels ouvrages, et c’est ainsi que Chiré fit bientôt partie de notre univers de jeunes nationalistes exaltés. Le temps passa et nous sépara, les études supérieures, puis la vie professionnelle, l’armée… Bref, le mouvement périclita et se saborda sans avoir en aucune manière influencé en quoi que ce soit la vie politique française, sans avoir fait le moindre adepte, sans avoir gagné à la cause le moindre lectorat, et bien sûr, sans avoir pris le pouvoir.

J’avais, entre temps, effectué de médiocres essais militants dans quelque parti ultra, sans grands résultats non plus, il faut bien l’avouer. Misère de l’ « extrême droite » française bien loin de l’âge d’or d’avant-guerre. Enfin… Désillusions ! Des illusions ? Voire… Car entre temps, mon vénéré père, renouant avec la foi de sa jeunesse et excédé par les dérives postconciliaires ainsi que par la médiocrité de la caste politique avait carrément viré « facho », au grand dam de ses frères et sœurs, bons bourgeois conservateurs, de cette droite molle qui passe son temps à faire le lit de la gauche. Et comme il était gros consommateur de livres, il se mit à commander à tour de bras chez Chiré ce qu’il ne trouvait pas ailleurs.

Comment avait-il eu connaissance de la maison et de ses fameux catalogues ? Je ne sais plus, mais j’aime à croire que je n’y étais pas tout à fait étranger. Quoiqu’il en soit, il finit par s’abonner à la revue et je pus à nouveau, chaque mois, me délecter du contenu. La boucle était bouclée ! Cependant, le meilleur était à venir. Après avoir bien servi mon pays pendant de longues années et vécu en célibataire endurci, je décidai qu’il convenait de me marier. Je jette un voile pudique et discret sur cette quête de l’épouse idéale puisqu’en l’occurrence c’est moi qui fut repêché ! L’important, et que le lecteur doit comprendre, c’est qu’elle avait elle-même travaillé à Chiré et qu’elle se proposait de m’accompagner aux Journées Chouannes afin de me présenter à l’équipe en vue d’une collaboration future. Et ainsi fut fait.

Plus de trente ans après mon entrée en politique, je découvrais enfin de l’intérieur le monde étrange et secret de Lectures Françaises ! La Providence a parfois de ces coups de pouce… J’y rencontrai une petite équipe dynamique et sympathique qui n’avait pas ses entrées dans les couloirs de l’Assemblée nationale, qui ne faisait pas d’entrisme, qui n’avait pas infiltré de taupe dans les arcanes du pouvoir, mais qui faisait juste un sérieux travail de recherche et d’archiviste en décortiquant méticuleusement et en analysant à la loupe tout ce qui peut s’écrire dans la presse nationale et internationale. Gros travail d’investigation, lui-même appuyé sur une vaste culture, voilà le quotidien des rédacteurs de Chiré, pour la plupart bénévoles.

Alors, amis lecteurs, vous qui avez la critique prompte et facile, vous avez maintenant le témoignage d’un des vôtres passé de l’autre côté du miroir et qui peut vous dire que l’élaboration d’un seul numéro de Lectures Françaises demande beaucoup de temps, beaucoup de patience et beaucoup d’efforts. Et la meilleure façon pour vous de nous récompenser de notre travail de bénédictins, c’est encore de vous réabonner ou d’abonner de nouveaux lecteurs afin que vive Lectures Françaises. Longue vie à elle !

Éternelle jeunesse de Lectures FrançaisesNDLR. Nous rappelons que notre collaborateur Claude Beauléon est l’auteur, aux Éditions de Chiré, d’une brochure intitulée À propos de l’islam. Quelques éléments de discernement, qui regroupe les trois parties de l’étude qu’il a publiée dans nos numéros 694 à 696 (février à avril 2015), qui présente le vrai visage de l’islam, non pas celui que certains media complaisants et hommes politiques cherchent à nous présenter, mais l’islam véritable, tel qu’il est enseigné, pratiqué, cru par les musulmans eux-mêmes.

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