Réflexions sur l’immigration et la démographie

Réflexions sur l’immigration et la démographie

Immigrés, migrants, Grand Remplacement : les termes ne manquent pas pour désigner le « phénomène migratoire » qui affecte la plupart des pays développés et principalement les nations européennes. Nous allons tenter d’en examiner les causes. Je dis « les causes » et non « la cause » car les grands phénomènes de l’Histoire sont complexes et ne sauraient s’expliquer par une seule raison. On trouve des causes principales et des causes secondaires, certaines relèvent de la volonté des hommes et d’autres de la nature des choses.

Quand on parle aujourd’hui de démographie, on cite des statistiques sans tenir le moindre compte des données morales, sociales, économiques et politiques qui peuvent aider à l’explication des phénomènes. C’est ainsi que dans l’analyse des mouvements migratoires contemporains on n’entend pas parler de l’oliganthropie, dépeuplement subi, accepté et parfois même voulu qui a frappé des sociétés à travers l’histoire, sévit en France depuis le XIXe siècle et s’attaque à l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le dépeuplement naturel

La population croît et décroît de manière naturelle. Les guerres longues et sanglantes, les épidémies dépeuplent les pays en s’ajoutant à la mortalité naturelle.

Nous connaissons la « peste » d’Athènes qui sévit en Grèce entre 430 et 426 av. J. C. et ajouta aux horreurs de la Guerre du Péloponnèse qui dressait les cités les unes contre les autres autour d’Athènes et de Sparte. On appelle pestes les grandes épidémies de l’Antiquité sans connaître la nature exacte des maladies contagieuses dont il s’agissait. Il en va de même pour la « peste antonine » que les légionnaires romains rapportèrent de Mésopotamie dans une guerre opposant l’Empire aux Parthes et qui sévit entre 165 et 190 de notre ère, détruisant jusqu’à 35 % de la population dans les provinces les plus touchées. Sur le plan démographique, l’Empire romain ne se remit jamais de cette épidémie. La première véritable peste stricto sensu que nous connaissons en Occident apparut en Egypte en 541 sous le règne de l’empereur Justinien. Elle sévit d’une manière plus ou moins forte pendant près de deux siècles. La plus célèbre des épidémies fut la Peste noire apportée d’Orient par des marins génois et qui se déclara à Marseille en 1341. Elle tua en quatre ans une trentaine de millions d’Européens. La dernière grande manifestation du fléau est l’épidémie de Marseille en 1720 qui fit plus de cent mille victimes en Provence. Rappelons le dévouement exemplaire de l’évêque de Marseille, Mgr de Belsunce, qui apporta aux populations un réconfort matériel et spirituel.

Un survol de la démographie en Europe
Réflexions sur l’immigration et la démographie
Thomas Malthus (1766-1834).

Louis XIV régnait sur vingt millions de Français. Le royaume compte, à la veille de la Révolution, 28 millions d’habitants. C’est le pays le plus peuplé d’Europe. Mais après les guerres de la Révolution et de l’Empire, la déchristianisation et le code civil porteront un coup fatal à la fécondité de la famille française. Les Pères de l’Église avaient déjà constaté que là où la chasteté est le plus honorée, là aussi se trouve la plus forte natalité. Dès le milieu du XVIIIe siècle les idées de Malthus, qui craignait une surpopulation dangereuse pour l’humanité, avait eu, en France, une incidence sur la démographie. L’interdiction de tester librement sera la cause, dans les milieux bourgeois, de l’idéal du fils unique qui recueille l’intégralité de la succession. On parle de la stérilité des classes riches en général, mais, en fait, la petite aisance se montra plus inquiète que la grande fortune.

Et dans le phénomène de la révolution industrielle l’État républicain ne fera rien, au XIXe siècle, pour améliorer le sort des familles ouvrières.

En 1914 la France est la plus inféconde des nations européennes et à la veille d’une dépopulation. Les naissances dépassaient de trop peu les décès et certaines années, comme 1890, connaissaient un solde négatif. Il y avait 36 millions de Français en 1871, 39,5 en 1914. Dans le même temps l’Allemagne était passée de 41 à 68 millions. Un démographe a pu écrire : « Quand une nation grandissante en coudoie une plus clairsemée, formant centre de dépression, il se produit un courant d’air, vulgairement appelé invasion, phénomène pendant lequel la loi et la morale sont provisoirement mises de côté, car la politique des races est impitoyable ». La IIIe République prend enfin quelques mesures : de même qu’elle tente, par la loi de trois ans, de compenser la supériorité d’effectifs de l’Allemagne, elle adopte le 14 juillet 1913 une loi sur l’assistance aux familles nombreuses. Mais il est bien tard.

La stagnation démographique continuera après la guerre de 14-18 et on arrivera à une véritable dépopulation en 1936, 37, 38, un phénomène à verser au dossier de la plus grande catastrophe de notre histoire. Le divorce et l’avortement concourent à la dénatalité. On oublie trop souvent que 1913 a connu près de 500 000 avortements ! Après la guerre de 14-18 et à nouveau en 1939 on a parlé d’un recours à l’immigration pour combler les vides de la population française. Dans son livre L’État et la natalité, le marquis de Roux parle de l’immigration italienne et polonaise en France après la Grande Guerre : « … si notre naturalisation était progressive et savait faire des sujets français à une génération, des citoyens français à la seconde, l’immigration aurait même des avantages. Mais faute de ces précautions dont aucune ne paraît prise, de notables parties de la France risquent d’autant plus d’être dénationalisées que les immigrés ont une natalité supérieure à la nôtre. » Soulignons que l’auteur parle d’une immigration catholique qui peut se prêter à une véritable assimilation par étapes si des mesures de prudence sont prises. On court sinon le risque de voir des territoires français échapper à la souveraineté nationale. Rappelons que le texte date de 1918 !

Après un sursaut qui suit la fin de la guerre, l’Europe entière, à l’imitation de la France, s’enfonce dans le refus de la natalité : la contraception, l’avortement, le désir d’avoir ses aises, l’individualisme, la licence, l’angoisse de l’avenir, tout concourt à la dénatalité. Et le concile Vatican II entraîne, par son relativisme, une négligence généralisée des valeurs chrétiennes. « La statistique du XXe siècle vérifiera très exactement la vieille parole de saint Ambroise », écrit le marquis de Roux : « Là où le zèle de la virginité est plus grand, plus grand aussi est le nombre des hommes ». Bossuet avait écrit dans son catéchisme du diocèse de Meaux (1687). « Dites-nous quel mal il faut éviter dans l’usage du mariage ? – C’est de refuser injustement le devoir conjugal ; c’est d’éviter d’avoir des enfants, ce qui est un crime abominable ».

Si les cataclysmes naturels, les épidémies et les guerres provoquent des coupes claires dans l’humanité, il existe donc un mal plus insidieux qui fait stagner puis régresser les populations. Il s’agit de l’oliganthropie, terme d’origine grecque formé du nom anthropos, être humain et de l’adjectif oligos, peu nombreux. Le phénomène consiste en un repliement conscient ou inconscient d’une société sur elle-même, d’un refus de transmettre la vie et d’accepter les charges familiales. On note cette attitude dans les époques de décadence des civilisations, dans la Grèce après Alexandre, dans l’Empire romain dès le 1er siècle de notre ère, dans l’Europe de la seconde moitié du XXe siècle. On constate, au contraire, la fécondité des peuples victorieux et confiants en eux-mêmes, comme l’Allemagne après Sedan ou le japon vainqueur de la Russie en 1905.

Réflexions sur l’immigration et la démographie
Albert Thibaudet (1874-1936).

Lisons un texte consacré à l’oliganthropie. Après la Grande Guerre, Albert Thibaudet, critique littéraire et essayiste (1874-1936), se pencha avec inquiétude sur le déclin de la France et l’analysa avec finesse. Il avait emporté comme livres à la guerre Thucydide, Virgile et Montaigne. C’est Thucydide qui lui inspire une réflexion sur l’avenir de notre civilisation :

« Successive ou subite, venue de la peste, de la longue guerre ou du massacre, l’oliganthropie n’est pas toujours incurable. Des peuples ont subi sans périr des saignées aussi cruelles. Il n’y a que l’espace d’une vie d’homme entre la France de Jeanne d’Arc, dépeuplée par la peste noire et la guerre, et la France de Louis XII débordante de population et de richesse, frémissante d’énergie inemployée. La guerre de Trente ans, en dévastant l’Allemagne, ne l’a point jetée dans une oliganthropie sans remède, et si un peuple dans l’histoire avait dû singulièrement périr de cette maladie, n’eût-ce pas été le peuple arménien, saigné aux quatre veines depuis les temps des Assyriens et réparant toujours la race par l’inlassable énergie de son sang ?

Mais peut-être faut-il, pour que l’oliganthropie soit mortelle, deux conditions, dont une seule était réalisée dans cette France, dans cette Allemagne, dans cette Arménie, mais dont nulle n’a manqué à la Grèce du IIIe siècle qui précède le Christ, ni à la Rome du IIIe siècle qui le suit. Il faut qu’au dépeuplement imposé par la destinée se joigne le dépeuplement voulu par l’homme, qu’au dépeuplement qui fauche les générations vivantes se joigne celui qui refuse l’être à la poussée réparatrice, à la génération future. De sorte qu’il est rigoureusement vrai de dire qu’un peuple ne meurt que lorsqu’il le veut. La Grèce du IIIe siècle… produit, avec les Praxitèle et les Scopas, les suprêmes sculpteurs de l’individu, les Épicure et les Zénon. Et ceux-là, en modelant la figure parfaite du sage, lui enseignent l’inutilité, la vanité, le danger d’une famille qui brouillerait les traits de la pure œuvre d’art. Et Rome s’affaisse de même quand une conspiration générale et tacite se forme pour éviter les mêmes charges. Le vide alors agit comme un appel d’air sur les masses extérieures, celles des Macédoniens en Grèce et des Germains sur Rome, qui s’y engouffrent et font tout écrouler. Les massacres de la grande guerre, les épidémies et la faim ont fait subir à l’Europe des pertes d’hommes relativement aussi considérables que celles qui épuisèrent la Grèce.

La guerre du Péloponnèse inaugure la maladie qui tuera le monde antique (la seule d’ailleurs qui puisse tuer vraiment un monde, un peuple, une cité), l’oliganthropie, Athènes et Sparte, qui périront par une oliganthropie successive, endureront peu à peu le sort qu’elles ont fait subir en bloc, en une de ces nuits d’horreur troyenne qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle, à Mélos et à Égine, à Messène et à Platées. A ces pertes d’hommes s’est ajoutée chez les survivants une perte d’énergie vitale. Et la perte d’hommes, la perte d’énergie sont suivies, ainsi que le corps par l’ombre, par des prodromes d’oliganthropie volontaire, une francisation (en un singulier sens) de l’Europe. Comme l’analogie porte alors sur des quantités mesurables, comme les causes des événements historiques envisagées ici sont quantitatives, les ressemblances peuvent être serrées de plus près, il est permis de conclure d’une époque à l’autre avec plus de vraisemblance, et de garder, en refermant Thucydide, certaine angoisse. Certes il serait bien aventureux, sur des indices peut-être temporaires et locaux, de croire à l’imminence générale de cette oliganthropie volontaire, d’accueillir les exemples grecs et romains plutôt qu’européens et chrétiens. Mais si par malheur ce revenant est en route, c’est un vieux rythme de la nature que l’histoire de l’antiquité nous aide à reconnaître et à classer » (Albert Thibaudet, La Campagne avec Thucydide, 1922).

Jusqu’au IVe siècle, les invasions barbares n’avaient été que des opérations de pillage. Après avoir tué, brûlé, volé, les barbares retournaient dans leurs forêts ou leurs steppes avec des esclaves et du butin. L’existence de vastes provinces presque dépeuplées explique les grandes invasions du Ve siècle et l’immigration de masse que nous commençons à connaître en Europe. Au IVe siècle, l’armée romaine est constituée de mercenaires barbares formés, encadrés et commandés par des officiers de l’Empire. Au Ve siècle, avec l’empereur Théodose, on en arrive à recruter des tribus commandées par leurs chefs naturels. L’Empire abdique militairement. Nous ne sommes pas loin de cette situation. Mais les Barbares, alors, admiraient l’Empire qu’ils malmenaient, sa civilisation leur en imposait, ils rêvaient d’en devenir des citoyens. Le grand remplacement actuel est lié non seulement à une baisse de la population mais aussi à une crise intellectuelle et morale de la civilisation européenne. Immigrants et autochtones partagent la même aversion des valeurs ancestrales de nos nations. Et l’essor de l’Islam, fruit de la décolonisation, est un instrument au service de tous ceux qui veulent voir disparaître avec le christianisme toute la culture occidentale.

La solution est politique et morale

Ce n’est pas une société de retraités jouisseurs et agnostiques qui préservera la France et l’Europe de l’immigration.

« Quand l’État ruine la famille, disait Bonald, la famille se venge en ruinant l’État ». Il faut restaurer un État sain. Il faut une vigoureuse natalité, mais elle serait vaine si les familles nombreuses n’éduquaient pas leurs enfants comme il convient de le faire. Et si vous redoutez la prolifération des mosquées, remplissez les églises !

Gérard BEDEL

Réflexions sur l’immigration et la démographie
La désinformation autour de l’immigration
Réflexions sur l’immigration et la démographie
Face à la bombe migratoire, existe-t-il une réponse ?
Réflexions sur l’immigration et la démographie
Les migrations en Europe – Les réalités du présent. Les défis du futur

Conseils de lecture :

2 COMMENTAIRES

Laisser un commentaire