Il y a soixante ans, naissait Lectures Françaises

C’était au mois de mars 1957 : Henry Coston (ce pestiféré, ce « pelé », ce « galeux », qui passa cinq années dans les bagnes de la république, de 1945 à 1950, en raison de sa condamnation pour « intelligence avec l’ennemi »), aidé et assisté par Michel de Mauny et Pierre-Antoine Cousteau (indésirable, lui aussi, mais encore plus que Coston, puisqu’il fut condamné à mort !) prirent la décision de proposer une nouvelle publication à laquelle ils donnèrent le nom de Lectures Françaises (sous-titrée « Revue de la politique française »). Mais pourquoi une telle revue dans la France des « Trente glorieuses » qui vivait, malgré tout et en apparence, dans une ambiance de liberté (relative) de la presse et de liberté d’expression ? Tout bonnement car leurs expériences passées respectives, dans les milieux du journalisme, leur avaient permis d’affiner leurs jugements et d’aiguiser leurs perspicacités, dans le domaine de l’information et plus particulièrement en ce qui concernait les arcanes de la politique.

Pendant 20 ans, Henry Coston a dirigé et (en grande partie) rédigé la revue, avant d’en confier la gestion, l’administration et, peu à peu, la rédaction à Jean Auguy et DPF qui en a fait l’acquisition en 1977. Depuis cette date, nous poursuivons la tâche entreprise par notre aîné et continuons à la mener à bien, nous semble-t-il, puisqu’aujourd’hui elle est toujours dynamique et bien vivante. Et nous sommes assez satisfaits de rappeler que, parmi les publications de la presse dite d’ « opposition nationale », elle figure parmi les plus anciennes, puisque seules la précèdent Aspects de la France (titre modifié ensuite en Action française 2000) qui avait repris, en 1945, la suite de l’Action française de Charles Maurras (interdite en 1945) et Rivarol (et sa revue culturelle Écrits de Paris 1), né en 1951.

Depuis la création de DPF, en 1966, nous avons entretenu les meilleures relations avec Henry Coston, ce qui l’avait décidé, en 1977, à nous faire confiance et à nous proposer de prendre sa succession.

Nous estimons intéressant, surtout pour nos lecteurs qui n’ont pu connaître ces débuts, d’exposer une rétrospective de la vie et du développement de la revue au fil des années et des différentes étapes marquées par son fondateur et ses amis et rédacteurs.

Dès le premier numéro (mars 1957), le ton était donné par un article sans équivoque de Pierre-Antoine Cousteau qu’il avait intitulé Le pamphlet est à droite ! Nous pouvions y lire les quelques propos suivants :

Dès le premier numéro (mars 1957), le ton était donné par un article sans équivoque de Pierre-Antoine Cousteau qu’il avait intitulé Le pamphlet est à droite ! Nous pouvions y lire les quelques propos suivants :

« […] Les hommes de gauche, cramponnés à la machine gouvernementale, qui sont devenus les dispensateurs de l’injustice et les bénéficiaires des prébendes, n’ont point cessé de se penser « en tant » qu’hommes de gauche, ni renoncé, dans l’arbitraire, à leur vocabulaire tyrannicide, ni ne se sont résignés à cette évidence : il n’est de gouvernement que de droite, même s’il est exercé par la gauche. Aujourd’hui, les défenseurs brevetés des personnes humaines faméliques ont un petit ventre, des voitures à cocardes et des prétoriens à plumets qui présentent le sabre à leurs raouts. De sorte qu’à l’éternelle injustice de tout gouvernement s’ajoute le ridicule d’une hypocrisie qui n’avait encore jamais été poussée à une pareille perfection.

[…] La gauche, gavée, larmoie toujours sur l’infortuné destin des soushommes, elle flétrit toujours le despotisme. Mais comme elle passe à la caisse et comme c’est elle qui exerce le despotisme, ses grands mots fracassants, vidés de leurs substance, retombent flasques et dérisoires comme des outres crevées. Les intellectuels de la gauche ne sont plus aujourd’hui que des intellectuels repus et – bien souvent – des intellectuels-flics qui n’aboient un peu fort que lorsqu’on fait mine d’approcher leurs mangeoires. Ce ne sont point là les préalables de la réussite dans un genre qui s’accommode mal de l’insincérité ».

A la même époque (juillet 1958), P.-A. Cousteau publia un livre, sous le pseudonyme d’Alcibiade, La Presse d’opinion (numéro spécial de L’Écho de la Presse) dans lequel il présentait la nouvelle revue :

« … Parmi les revues non-conformistes, la plus originale, la plus intéressante, est – assez curieusement – celle qui se présente sous le plus petit volume : « Lectures Françaises », que dirige Henry Coston et dont P.-A. Cousteau rédige l’éditorial. C’est, selon le mot d’un des familiers de la maison, « une revue déshydratée » qui donne avec une subtile concision, énormément de nouvelles, qu’on ne trouve guère dans les feuilles opulentes et dont chacune mériterait de longs développements ».

Quelques années après l’acquisition par DPF, Lecture et Tradition publiait un numéro (n° 82, avrilmai 1980) titré sur Henry Coston, dont l’éditorialiste écrivait :

« Les très non-conformistes « Lectures Françaises » occupent une place importante dans la presse. Elle est probablement la plus pillée, bien que la moins citée, des publications politiques de notre époque ; pourtant ses informations sur les agissements des politiciens et de ceux qui les manoeuvrent sont stupéfiantes

[…] Elle est devenue la revue de documentation que suivent ceux qui, quelles que soient leurs convictions, veulent connaître les dessous de la politique et les coulisses de la presse ».

Mais auparavant, H. Coston avait souligné les mérites qu’il nous reconnaissait. Ainsi, dans le numéro spécial « 10e anniversaire » de Lecture et Tradition (paru en 1976), figurait son témoignage qu’il avait intitulé « L’arme politique numéro 1, c’est le livre », il disait :

« Aider Lecture et Tradition, la DPF et toute l’équipe de Chiré-en-Montreuil, c’est participer activement à la lutte des traditionalistes contre l’erreur, en ouvrant les yeux de ces trop nombreux Français abusés par une presse écrite ou parlée, asservie et lâche ».

(Ce texte, ainsi que les autres témoignages reçus, ont été repris en totalité dans notre Cahier de Chiré, n° 11, publié en 1996, pour notre 30e anniversaire).

Dans ces Cahiers de Chiré (dont le premier numéro est daté de 1986) sont parus d’importants autres textes d’H. Coston : Dans le numéro 2 (1987), figure La faiblesse des Français, c’est leur ignorance. Nous y relevons :

« Jamais les grandes dynasties bourgeoises n’ont été aussi puissantes et aussi riches qu’aujourd’hui. Quel que soit le système en vigueur : libéral de gauche, du centre ou de droite, socialiste avec ou sans la collaboration avec le parti communiste, elles sont parvenues à s’adapter aux circonstances ; elles ont su conserver les postes clés de notre politique et de notre économie. Quand elles ont paru céder, c’est tout bonnement que leur pouvoir s’exerçait par l’entremise de hauts fonctionnaires à leur dévotion, la plupart d’entre eux étant les fils, les neveux ou les gendres de leur fidéi-commissaires d’hier.

[…] Votre quotidien, votre grand hebdomadaire n’est pas libre. Certains sujets lui sont interdits (tandis que d’autres sont, souvent, imposés, en tous cas suggérés). Aussi, cache-t-il à ses lecteurs certains faits, s’abstient-il de commenter ou même de signaler certains événements qui vous ouvriraient les yeux. Dire la vérité, toute la vérité, ce serait se condamner à mort. Sans appel. Ne lui demandez pas d’être héroïque jusqu’au sacrifice suprême. Ni son propriétaire, ni ses animateurs, ni les journalistes qui le rédigent, ni les ouvriers qui le composent et l’impriment ne se feront « hara kiri » pour le seul plaisir de dire la vérité.

[…] S’il s’agit d’expliquer les raisons profondes de la crise qui secoue notre pays, donc de mettre en cause les forces obscures qui provoquent ou favorisent le malaise dont nous souffrons et qui menace notre civilisation, votre journal n’est pas libre. Car ces forces-là sont précisément celles qui, par leurs largesses publicitaires, permettent à votre journal de vivre et de prospérer.

[…] Votre grand quotidien, votre puissant magazine, qu’il se dise de « droite », de « gauche » ou du « centre », est donc tenu, s’il n’a pas le goût du suicide, à ne faire nulle peine, même légère, aux oligarchies financières qui lui versent régulièrement les millions ou les milliards indispensables à son existence. Il est même obligé, la plupart du temps, à faire leur politique, c’està- dire à prendre plus ou moins ouvertement la défense de leurs intérêts. Même contre vous, son fidèle lecteur ».

Dans sa conclusion, H. Coston terminait par ces mots :

« Ne laissez jamais passer l’occasion de dire et de répéter ces vérités élémentaires, qui doivent être comprises de tous et dites-vous bien que la meilleure arme dont vous disposez pour secouer la dictature que les oligarchies exercent sur les Français, c’est encore et toujours de les faire voir telles qu’elles sont à ceux qui n’en soupçonnent même pas l’existence. Ce qui fait la force de l’adversaire, ce n’est pas la faiblesse ou la pauvreté de la masse des Français, c’est leur ignorance ».

Le numéro 3 (1988) contient Heurs et malheurs de la Haute Banque Protestante. Il y expliquait que les banques protestantes liées entre elles par des alliances de familles et des ententes financières, formaient un groupe puissant. En raison de l’absence de concurrence catholique – l’Église défendait alors le prêt à intérêts – les banquiers protestants avaient, déjà sous l’Ancien Régime, une situation enviable et de ce fait ont largement influé sur les décisions des hommes politiques de notre pays.

 

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