Comment empêcher l’alternance ?

Comment empêcher l’alternance ?

L’Affaire, ou les affaires Fillon, semblaient, en quelques jours, avoir anéanti la mise sur orbite présidentielle de l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Pour une fois que la « droite » avait choisi un conservateur, catholique « pratiquant », s’appuyant sur les Français « périphériques », différents des bobos des grandes villes comme des coteries de gauche et qui affirmait une détermination d’airain pour redresser le pays, une dizaine de jours ont suffi, pour faire douter de sa probité, y compris pour ses « chers amis » parlementaires, qui s’affolèrent aussitôt devant l’effroyable perspective de ne pas retrouver leur siège aux prochaines  élections législatives.

Il n’a pas échappé aux observateurs que les plus rapides à avoir réclamé un plan B pour proposer un autre chef de file pour la présidentielle, étaient des proches de la Maçonnerie, des centristes, sans oublier quelques sarkozystes (MM. Fenech, Muselier…). Tout comme leurs petits camarades devenus « fans » de Macron, le sauveur du PS ou des juppéistes en recyclage. Recherchaient-ils vraiment l’alternance nécessaire au redressement du pays ou de participer au pouvoir ? Leurs cogitations furent douchées le 6 février quand François Fillon, dans une conférence de presse, vint présenter ses excuses pour avoir employé des membres de sa famille comme assistants… avant de dénoncer la chasse à l’homme qui avait saisi bien des journalistes transformés en inquisiteurs. Il annonça qu’il reprenait sa campagne électorale… mais sans freiner l’hallali qui a continué jusqu’à…

Un siècle de campagnes « morales »
Comment empêcher l’alternance ?
Le Canard enchaîné en 1915

Pour qui connaît un peu l’histoire contemporaine de la presse, cette « affaire Fillon » a rappelé d’autres campagnes, parfois proches de la délation, menées par certains magazines dont l’hebdomadaire Le Canard enchaîné. Ce journal de gauche, fondé en 1915 par Maurice Maréchal, trouva vite un public. Il eut des journalistes et dessinateurs de talent « pas tous marxistes mais tous de gauche » qui proposaient sous une forme humoristique, leurs visions des événements. Une vision, proche des anarchistes, qui réussit à exercer très vite « sur la politique de ce pays, l’influence la plus profonde et la plus durable, qui a fait ou défait le plus de réputations » (Pierre-Antoine Cousteau). Depuis la Ve République, en les ridiculisant, il a contribué à attaquer les politiciens au pouvoir et les affairistes dont ils étaient complices. Grâce à des fonctionnaires militants, bien placés (aux Impôts, à la Chancellerie, à la Mairie de Paris, telle ou telle loge…), des rédacteurs du Canard étaient renseignés sur des anomalies ou des enquêtes secrètes sur les patrimoines et relations touchant les familles huppées ou politiques. Bien entendu avec une attention particulière pour les personnages classés à « droite ». Rappelons rapidement les conséquences des « campagnes moralisatrices » auxquelles participa Le Canard et qui ont souvent « accompagné », depuis une génération, la préparation d’élections présidentielles ou autres.

Une technique bien rodée

Novembre 1971 : Jacques Chaban-Delmas étant Premier ministre, fut publié le montant fort bas de ses impôts. Entre 1967 et 1970, à la suite d’une mesure votée en 1965, tout à fait légale, il ne paya pas d’impôts sur le revenu de 1967 à 1970. Seulement, les conséquences dans l’opinion, furent très mauvaises pour le Bordelais qui voulait se présenter aux élections.

Comment empêcher l’alternance ?
Valéry Giscard d’Estaing en 1978.

En 1974, ce fut Valéry Giscard d’Estaing qui devint président de la République. En octobre 1979, il ne cacha pas vouloir se représenter. Un article de l’hebdomadaire fit savoir que six ans avant, alors qu’il était ministre des Finances, Giscard d’Estaing aurait reçu en cadeau, de la part de Bokassa, une petite plaquette de diamants. Le Canard fut au premier rang. Le Monde où la rédaction détestait Giscard, reprit les accu­sations. Tous les media répétèrent la même version. On parla d’un million de diamants. En 1981, les diamants furent vendus 111 547 francs. Mitterrand fut élu.

En juin 1995, Alain Juppé, Premier ministre, dut affronter les grèves les plus importantes depuis 1968. Le Canard révéla que M. Juppé bénéficiait depuis cinq ans d’un logement, propriété de la ville de Paris, pour un loyer avantageux. De plus son fils aurait bénéficié d’un petit logement. Ils déménagèrent.

En 2005, fut à nouveau visé par le journal, un autre « bébé Chirac » : Hervé Gaymard, ministre de l’Économie. On lui reprochait l’usage d’un vaste appartement – lui et son épouse avaient huit enfants – au loyer payé par l’État. Puis fut publié son patrimoine. Sous les attaques, il céda et démissionna de son poste.

En 2011, Le Canard poursuivit ses croisades de la bien-pensance. Cette fois contre Michèle Alliot-Marie, ministre et son mari Patrick Ollier. Ils avaient passé les congés de fin d’année en Tunisie en bénéficiant des largesses habituelles de la famille Ben Ali. Il faut se rappeler à quel niveau d’hystérie se trouvaient les media en très grande partie de gauche qui alors soutenaient les révolutions baptisées « printemps arabes » qui, en Tunisie, chassèrent Ben Ali pour donner le pouvoir aux Frères musulmans. Le ministre fut poussé à la démission. Nous ne pleurons pas sur les discon­venues de politiciens gaullistes imprudents, trop sûrs de possibles « protections ». N’oublions pas que la politique c’est la guerre.

Cible identifiée

Cette fois encore, contre M. Fillon, nous retrouvons les mêmes schémas et relais, les mêmes cadences de révélations. Mais infiniment renforcés par les moyens numériques. En quelques années, les « réseaux sociaux », les nouveaux téléphones, l’information en continu et autres tablettes, ont permis une diffusion et des contacts fulgurants. S’est mêlé au jeu le site Mediapart, lui aussi très à gauche et militant. D’une « affaire », les deux filières officielles de la « doxa républicaine » – Le Canard enchaîné et Mediapart –, en font six ou plus en distillant des rumeurs. Il est vrai que depuis l’affaire Cahuzac, ont été créées deux structures judiciaires aux pouvoirs presqu’illimités : la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (octobre 2013) et le Parquet national financier, en décembre 2013. En tout elles disposent d’un copieux budget de plus de 4 millions d’euros plus 3 autres millions pour le fonctionnement. On peut constater qu’à leur tête, ont été nommés – par l’exécutif ! – deux magistrats aux choix ouvertement de gauche, Jean-Louis Nadal à la Haute autorité et, pour le PNF, Eliane Houlette. On comprend que certains de leurs collègues magistrats puissent les considérer comme un « cabinet noir légal » au service de l’exécutif. Le plus étonnant est que des magistrats aient repris immédiatement les allégations – entièrement à charge – lancées par les media sans tenir apparemment compte du statut et des fonctions des collaborateurs parlementaires.

Donc François Fillon a été accusé par les inquisiteurs de la presse d’avoir choisi son épouse comme assistante parlementaire même si elle n’en avait pas le statut (?) et de l’avoir rémunérée. Tous les parlementaires peuvent bénéficier de cette subvention et en faire ce qu’ils veulent. Les assistants qui reçoivent l’argent doivent naturellement le signaler au fisc. Avec des déclarations sans doute trop vagues au début, le candidat de la « droite » a donné prise au harcèlement des meutes médiatiques. La danse du scalp n’a pas tardé. Pour impressionner les Français, les media ont donné les sommes perçues en additionnant les salaires bruts sur plusieurs années (15 !). On put voir, sur les écrans, des présentateurs de journaux télévisés, payés entre 7 000 et plus de 15 000 euros par mois, s’indigner des émoluments d’un assistant de F. Fillon.

Conséquences possibles et recherchées

Oui la gauche a bien manœuvré. Si elle parvient à évincer M. Fillon, elle risque de se retrouver au pouvoir avec Macron un « fils spirituel de Hollande » (selon ce dernier), qui ose se présenter comme « anti-système », alors qu’il est la bouée de sauvetage du système et que Hollande pensait à lui pour construire une nouvelle structure. Il ne s’agit pas d’élucubrations sans fondement. Nos lecteurs savent que lors de ses confidences à deux journalistes du Monde, Hollande avait lancé : « Il faut un acte de liquidation. Il faut un hara-kiri. Il faut liquider le PS pour créer un Parti du Progrès ».

Depuis qu’Emmanuel Macron s’est lancé, le parti verra peut-être le jour après les élections. Même la grosse presse a remarqué que les plus proches conseillers du capitaine de pédalo, avaient rejoint le fondateur d’En Marche ! : Pisani-Ferry, Ségolène Royal, Jean-Pierre Mignard, Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Élysée. Ce fut également avec la bénédiction des derniers hollandais que M. Macron fit son voyage au Liban pour « lever des fonds ».

Mais l’important n’est pas dans ces misérables cuisines entre traîtres et révolutionnaires en peau de lapin. Ce n’est pas non plus la personne de François Fillon dont les positions ont souvent navré les nationaux-catholiques. Les coteries médiatico-mondialistes ont compris que son programme prenait dans les principaux domaines, le contrepied de leurs rêveries libertaires et globalisantes. Sur le plan économique et social mais aussi dans le domaine des Affaires étrangères. Il leur devenait intolérable. L’élan qui poussa une large majorité de votants à le désigner comme chef de file tenait d’abord à ce projet de redressement. Au moment où nous rédigeons, semblerait se dégonfler la rumeur de la mise hors-jeu « républicaine » de Marine Le Pen, envisagée elle aussi pour des questions d’assistants parlementaires et celle de M. Fillon. Les media « corrects » ont habilement œuvré pour imposer leur plan : éliminer la droite parlementaire « molle » au premier tour puis le Front national au second. Si cela se réalise, les Français connaîtront à nouveau l’abomination de la désolation.

Pierre ROMAIN

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