Comment un saint punissait les enfants

L’expérience d’un saint. Loin de toute la pédagogie freudienne actuelle, déresponsabilisante et frustrante pour des jeunes, voici un savoir en matière d’éducation qui va « décaper » les mauvaises habitudes que beaucoup de parents prennent rapidement, dès l’apparition du premier « non », de leur bambin.

Comment un saint punissait les enfants

« Punir un enfant ! Grave problème ! Responsabilité délicate entre toutes ! Comment s’y prendre pour infliger un châtiment ? Quel moment choisir ? Quel ton adopter ? Quelle espèce de punition préférer ? Quel dosage apporter à l’application ? Telles sont les principales questions soulevées par ce droit, qui souvent, s’impose comme un devoir. Quel maître, quel chef, quels père ou mère de famille, quel éducateur ne se les sont posées, et n’ont essayé de les résoudre, les uns au petit bonheur, en n’écoutant que les tendances de leur individu, molles et relâchées ici, dictatoriales et violentes là, les autres en réfléchissant sur le problème et en prenant conseil de la foi, de la raison et de l’expérience ? […]

« Parmi les conseils que donne saint Paul aux pères de familles chrétiennes d’Éphèse, il y a celui-ci : « Nolite provocare filios ad iram : n’agacez pas vos fils, ne les excitez pas, ne les exaspérez pas. » On devine par quoi : par des exigences aussi futiles qu’incessantes, aussi excessives que tatillonnes, qui mettent en boule cette jeunesse, étouffent sa spontanéité, tarissent sa joie de vivre.

«Au contact de ces mentors trop vigilants, l’existence devient quelque chose d’impossible et le vrai travail d’éducation ne se fait pas. Le moindre malheur qui puisse arriver à ces pères c’est de faire de leurs fils des timides, des trembleurs, des hypocrites : mais souvent, passant d’un excès à l’autre, ces natures ultra-bridées secouent le joug et se jettent dans la révolte. Saint Jean Bosco partageait pleinement cette opinion de saint Paul. Il demandait au règlement, à la discipline, au silence le minimum de contrainte, accordant à ses garçons le maximum de liberté compatible avec la marche harmonieuse d’une maison. Sa pédagogie savait, par moments, fermer un œil, et même deux, se tamponner une oreille, et même deux. Il ne demandait pas tout, pour être sûr d’obtenir l’essentiel. Le mot de « gamineries » revenait fréquemment à ses lèvres et sous sa plume, qualifiant des écarts où « il n’y avait pas de quoi fouetter un chat ». Il tenait à ce que la jeunesse s’épanouit vigoureusement, voire tapageusement, et il est de lui ce mot qui renferme un programme : « Criez, chantez, dansez, si bon vous semble : l’important est que vous n’offensiez pas Dieu. Tout de même, n’abimez pas trop mes murs. »  […]

« À quel moment faut-il punir ? Pour le préciser, le bon saint énonce une double règle, infiniment précieuse. « Punissez le plus tard possible et après avoir tâté de tous les autres moyens. » Sa pensée est formelle sur ce point : « J’ai rarement vu, écrit-il, un châtiment improvisé, ou infligé sans avoir, au préalable, tâté de tous les autres moyens, atteindre son but. » Souvent, ajoute-t-il, en invoquant son expérience, souvent au cours de ma carrière, j’ai rencontré des esprits indociles, têtus, rebelles à toute suggestion du bien, et que je croyais ne plus pouvoir prendre que par la sévérité : et pourtant j’ai fini par en avoir raison rien que par la charité.

Vous demandez quels sont ces autres moyens capables d’atteindre la fin sans passer par la punition ? Le saint vous en indique quelques-uns : les avertissements répétés, la prière, le conseil indirect (éloge en conversation de la vertu offensée, tableau du malheur de ceux qui n’écoutent ni la raison, ni la conscience), l’intervention des supérieurs ou des amis mieux écoutés, le retrait de tout signe extérieur d’amitié. De ce dernier moyen, il dit : « Que de fois, dans ma vie d’éducateur, il m’a fait atteindre ma fin ! » Mais il peut se faire que l’enfant résiste à toutes ces charitables habiletés, et que la punition s’impose : alors le saint nous apporte une seconde règle : « Choisissez pour punir l’instant le plus favorable qui ne sera jamais celui de la colère pour le maître, ni celui de la faute pour le coupable. »

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