Le Cardinal Pie – Sa vie – Son action religieuse et sociale

Un fameux antilibéral comme il en manque de nos jours. Il a fait de son action religieuse et sociale le centre de son épiscopat, et nous lui devons aujourd’hui une partie de la fidélité à la Foi. Découvrez ce grand personnage oublié des bibliothèques municipales :

Le Cardinal Pie – Sa vie – Son action religieuse et sociale

Voilà vingt-trois ans que le cardinal Pie est mort. Que d’événements depuis cette époque !  Quelle marche en avant, si l’on peut nommer marche en avant ce qui est, en réalité, un progrès dans le mal ! À mesure que leurs adversaires se sont affermis au pouvoir, et que les victoires successives de l’erreur, en augmentant l’audace de ses apôtres, ont presque paru assurer son triomphe, les catholiques de France ont senti faiblir leur confiance dans leur propre cause, dans leurs droits et dans les doctrines dont ces droits ne sont que l’application sociale. Les voilà maintenant réduits, après des échecs répétés, à se contenter d’un modeste coin du droit commun, que l’on s’apprête à leur refuser.

C’est une dure nécessité qu’il leur faut subir.

Dans la crainte d’irriter des ennemis, redoutables surtout par la peur qu’ils inspirent à des timides, beaucoup évitent de proclamer les droits de la vérité, parce qu’elle est la vérité, et ceux du catholicisme, parce qu’il est la seule religion véritable. Cette timidité, dont les causes sont malheureusement trop évidentes, dégénère vite en habitude. Quand les esprits l’ont contractée, de quel effort pratique sont-ils capables ? Fatalement les convictions se dissolvent ; l’éclat de la vérité pâlit ; les principes fondamentaux, sur lesquels repose la société chrétienne, tombent étouffés dans le silence.

Au sein des inquiétudes que soulève un pareil état de choses, peut-on fixer les regards sur un meilleur modèle que le cardinal Pie ? Il fut le héraut de la vérité catholique, le témoin incorruptible des droits de Jésus-Christ et de son Église. Personne n’a su assigner, avec plus de sûreté et de courageuse constance, aux maux dont souffrent la religion et la patrie, leur cause véritable : l’apostasie sociale de la France. L’autorité que lui donnaient une connaissance approfondie de la doctrine chrétienne et un sentiment très net des pures traditions nationales, le mettait à même d’indiquer à ce grand mal son unique remède : le retour de la société à la foi des vieux âges.

Puisse ce travail provoquer chez ses lecteurs le désir de connaître par eux-mêmes les enseignements de l’évêque de Poitiers. Les oeuvres de ce maître demandent plus qu’une lecture ; il faut les étudier. Elles ont, dans sa belle vie, écrite par Mgr Baunard, un commentaire éloquent et indispensable.

Paris, en la fête de saint Martin, 1902. […]

Le discours prononcé par Montalembert devant la Chambre des pairs, après la défaite du Sunderbund, avait conquis tous les suffrages. Le vicaire général de Chartres, qui cependant l’admirait, ne put s’empêcher d’exprimer ses réserves à un ami. « C’est un des plus beaux succès oratoires des fastes parlementaires. Pourquoi faut-il que, en matière politique, ce malheureux grand homme pèche par la base ? Il le faut dire tout bas, à regret : nos défenseurs eux-mêmes ne nous préparent que des embarras. » Il regrettait vivement de voir un certain nombre de catholiques, entraînés par des intentions plus droites que leurs principes, chercher dans la charte et l’insaisissable droit commun le point d’appui de leurs légitimes revendications, au lieu de réclamer avec franchise, force et opiniâtreté le libre exercice d’un droit qui leur vient de Dieu et de la vérité. Les doctrines et les institutions d’un régime qui s’en allait ressemblaient à un terrain miné, prêt à disparaître sous les pieds des imprudents qui le choisissaient pour s’y établir. « Tout le personnel légal du pays est aux abois, écrivait l’abbé Pie avant la Révolution de 1848. La politique n’a plus confiance en elle-même. Nos magistrats et fonctionnaires parlent avec mépris du pouvoir qu’ils servent. Au sortir de cette crise, s’ils se rejettent vers nous, il est important qu’ils nous trouvent purs de tout contact avec eux, avec leur charte, avec leur liberté, toutes choses qu’ils s’étonnent à juste titre de nous voir invoquer avec tant d’aplomb, parce qu’ils savent bien que ce sont des mots ennemis pour nous. »

Tout cela est très juste. Mais comment éviter cet écueil, quand on est sans doctrine et sans principes politiques, abandonné sans boussole aux balancements d’un opportunisme soi-disant catholique, quand on a devant soi des hommes tels que Guizot, Thiers et autres partisans de la liberté ? Ces libéraux inspiraient à l’abbé Pie une antipathie profonde : il voyait en eux les hommes de cette Révolution, qu’il savait « satanique dans son essence ». Pouvait-il ne pas juger avec sévérité l’attitude des imprudents qui leur tendaient la main ou acceptaient la leur ? Ce « parti néo-catholique libéral, disait-il, est un enfant de la Révolution ». Le talent, la sincérité et la vertu de ceux qui le composent ne les protégera pas contre la fatale logique des choses ; ils seront les victimes de leurs illusions et de leurs erreurs. Cette tactique est le grand écueil contre lequel se heurtent et parfois se brisent les hommes, préoccupés par le désir d’un succès immédiat. Le théologien de Chartres voyait de plus haut et plus loin ; il voyait aussi plus juste.

L’apostasie sociale de la France, consommée durant la période révolutionnaire, lui semblait la cause principale, unique, des maux sur lesquels nous gémissons, parce qu’elle a jeté le pays hors de sa voie. » […]

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